Assis sur un banc à la polyvalente, le visionnement d’un documentaire sur Terry Fox l’a impressionné. « Un jour, je traverserai le Canada moi aussi », avait-il réfléchi intérieurement. Un projet qu’il aura mijoté durant huit ans.

 Pourtant, Jean-Christophe Renaud n’aimait pas courir à cette époque.

 Puis, une fois rendu au cégep, les opportunités de pratiquer des sports d’équipe diminuaient, de sorte qu’il se retrouvait avec un surplus d’énergie. Pour combler le vide, la course à pied se présentait logiquement comme une belle alternative.

 Après avoir franchi trois kilomètres, il réalisait difficilement que le corps humain pouvait supporter une telle distance !

 En octobre dernier, il a complété la traversée du Canada à la course à pied !

 

Jean-Christophe Renaud, un coureur doté d'une force mentale exceptionnelle.

 

« Ce sport me fascine. Je m’impressionnais à mes débuts », explique le résident de Waterloo que nous avons rencontré dans son patelin.

 Sa participation au marathon de Montréal à 21 ans a toutefois calmé ses ardeurs, admettant que les 12 derniers kilomètres furent de la survie. « Disons que j’ai mangé une bonne claque ! » Un virage d’attitude s’est par la suite produit, préférant s’attarder sur sa vitesse plutôt que la distance.

 En 2013, il rencontre Christopher Gagné. Il l’a déjà dirigé au sein du club d’athlétisme où il enseigne. Alors âgé de 17 ans, il informe Jean-Christophe de son intention de vouloir faire comme Terry Fox. Impressionné de voir que ce dernier avait réussi cet exploit sur une seule jambe, il prenait cette intention très au sérieux.

 

Devant le monument dédié à Terry Fox, un souvenir impérissable pour Jean-Christophe.

 

Il faudra trois ans pour préparer le voyage. Le thème des saines habitudes de vie motivait les deux coureurs. « Mes parents furent des exemples à mes yeux. Actifs, impliqués, je sentais que je devais faire ma part. »

 On retrouvait du talent brut dans cette famille. Son frère et sa sœur excellaient, des élites confirmés. « Pour compenser, je devais travailler comme un malade. Je me retrouvais toujours loin d’eux. Cependant, la force du mental, je l’avais. À l’époque, ce constat me frustrait un peu mais aujourd’hui, j’ai fait la paix. Pas besoin d’être génétiquement bon pour ce genre de projet », explique Jean-Christophe, démontrant ainsi sa source initiale de motivation.

 Pour le périple, l’achat d’un motorisé devenait essentiel. « L’un de nos amis voulait s’en débarrasser. Nous lui avons donné un dépôt et nous sommes partis. Sinon, il aurait fallu s’en procurer un plus vieux, incluant les problèmes qui venaient dans le forfait. »

 

Nos athlètes devant leur VR, fiers d'être Québécois.

 

D’ailleurs, Jean-Christophe s’affaire présentement à le vendre. Si vous êtes intéressé, 450-204-5409 !

 Le 11 mars dernier, lors d’une grosse tempête, ce fut le départ à Saint-John, Terre-Neuve avec un conducteur pour le VR, Michaël Houle, un massothérapeute.

 En arrivant au Québec, Christopher a décidé de tout abandonner. Il devait régler des problèmes personnels. « Je crois qu’il doutait un peu du projet. Il ne s’attendait pas à ce que cela soit si ardu. Il s’était isolé. Il a finalement pris une bonne décision», précise Jean-Christophe.

 

Durant tout le périple, il n'a jamais perdu son entraIn et sa bonne humeur.

 

Toi, tu n’étais pas découragé ?

 « Je te dirais que j’avais anticipé ces imprévus et je m’étais juré que peu importe ce qui arriverait, je continuerais pour la cause. Je voyais ce projet comme si je devais m’occuper de mon propre enfant ! »

 Jean-Christophe s’est alors tourné vers les réseaux sociaux pour lancer un appel à l’aide. Il invitait les gens à venir franchir des distances avec lui. Puis, Michaël a emboîté le pas, lui qui n’avait jamais couru dans sa vie. Il faisait des 10km par jour !

 Patrick Gagnon, un ami, a pris l’avion pour Winnipeg pour les accompagner durant une semaine et courir 160km ! Quatre membres de sa famille ont débarqué à Sudbury en Ontario pour trois jours et courir 70km !

 

Deux athlètes avec des missions similaires, Pierre Lavoie et Jean-Christophe.

 

À North Bay, ils ont croisé Matthew Meadows qui traversait le Canada à la marche. Il a passé trois jours avec eux. Il est même venu en Colombie Britannique pour compléter l’exploit !

 Un musicien, Marc-André Marois les a rejoints en Saskatchewan pour courir 180km en sept jours !

 Finalement, les 7,700km furent franchis, dont 4015km par Jean-Christophe. Le projet a amassé 8,000$. Ce dernier croyait pouvoir recueillir davantage mais le manque d’effectif l’a limité. « Mon principal objectif était de faire bouger les gens et à cette échelle,  j’ai réussi. Je pense que ce projet a changé l’attitude de la population dans notre région. L’impact fut positif et les jeunes furent inspirés. »

 

Avant la course à pied, Jean-Christophe fut un excellent joueur de volleyball.

 

Sur le plan personnel, Jean-Christophe, 27 ans, a appris à mieux gérer sa vie en général. Il a compris qu’autant les beaux moments que les passages difficiles sont éphémères et que nous disposons d’habitudes de comportement qui ne sont pas toujours nécessaires. « J’ai découvert mon pays et ce voyage a changé ma perception de l’humanité. »

 Une semaine après avoir terminé cette randonnée, il a organisé un 24 heures de course à pied à Vancouver, de façon simultanée à Waterloo, ce qui a permis d’obtenir un beau 2,000$ supplémentaire ! « Il me restait un surplus d’énergie dans le corps ! », a-t-il dit en riant.

 Pour boucler la boucle, Jean-Christophe s’affaire actuellement à préparer une conférence qu’il aimerait dispenser un peu partout au Québec, un peu à l’image de Pierre Lavoie mais avec une approche différente.

 

Jean-Christophe Renaud fait l'admiration de plusieurs jeunes.

 

Son concept ne s’arrêtera pas là. Il veut courir dans d’autres pays, partir quelques mois mais prendre le temps de revenir car l’absence des membres de sa famille a pesé lourd mentalement au cours de sa cavale à travers le Canada.

 Il prendra le temps car il sait que courir est devenu un mode de vie. Jamais, il n’a dû se motiver pour enfiler ses souliers car il sentait qu’il faisait quelque chose de bien par son geste. « Plutôt que de souffrir dans la vie, je vais trouver dorénavant des solutions. »