Le regard dans le vide, je fixais le néant.

 Souvent, je me surprends à jongler avant d’entreprendre un marathon. Les souvenirs des événements antérieurs rejaillissent et je tombe dans mes pensées.

 Soudain, je suis réveillé par la présence d’Éric Fleury, l’un des responsables du marathon de Longueuil. Il vient prendre de mes nouvelles. Malgré tout le travail, il s’arrête. À quelques minutes de l’événement, j’imagine que tout est réglé au quart de tour.

 Avec Jean Joly, il forme un duo des plus efficaces. Ce qui m’impressionne chez ces deux personnes est le contrôle discret qu’ils exercent sur leurs présentations. Il ne s’affichent pas outre mesure. Lorsqu’ils déploient des efforts, ils vont vers la planification et le reste, ils ne s’en préoccupent jamais.

 

David Lussier et Martin Dufault, deux inséparables qui m'ont beaucoup aidé lors de ce marathon. Il s'agissait de leur 12e.

 

De ce fait, ils génèrent énormément de respect dans le milieu québécois de la course à pied. Même s’ils œuvrent dans le domaine depuis belle lurette et que leur efficacité se veut légendaire, vous ne les verrez jamais s’afficher. Je les admire. Je les ai surpris dans différentes situations et en aucun temps, ils démontraient une perte de contrôle.

 Trois en trois pour moi cette année avec les marathons mouillés ! Après l’enfer de Hyannis, le froid et le vent à Cornwall, voilà qu’il pleut au départ de ce 96e. Décidément, je n’avais pas besoin de ce truc du chapeau !

 Je croise Terry Sancartier que j’ai connu à Cornwall. Il m’informe que la pluie devrait cesser d’ici peu, prendre une pause et reprendre plus tard. Je me conditionne à cette information qui devait s’avérer différente puisqu’après les quarante premières minutes, Dame nature nous a fiché la paix afin que nous terminions par une belle humidité mais tout au sec !

 

J'ai eu le plaisir de rencontrer le dynamique Luc Lafortune avant le départ.

 

Scène de quartier alors que je croise le comédien Luc Picard qui promenait ses chiens et semblait tout surpris de ce défilé de mordus devant sa résidence, si tôt par un dimanche matin tout relax.

 À la demie, je suis dans mes temps. Je dois refaire la même boucle. J’imagine que c’est l’âge mais le mental n’a jamais voulu embarquer. Même la musique à CHOM ne pouvait me motiver. Impossible pour moi de retrouver ma concentration qui habituellement, provoque une évasion qui parvient à me faire oublier le même paysage qui revient.

 Je me connais. Quand je n’arrive pas à oublier les panneaux qui indiquent les kilométrages, je me retrouve dans une zone à problèmes. Et c’est là que la misère s’infiltre. Je me suis mis à arrêter car mes jambes devenaient de plus en plus lourdes. Et lorsque vous amorcez cette procédure durant un marathon, disons que vous entamez le début de la fin.

 Souffrance jusqu’à la fin mais pas question de perdre le sourire et mon sens de l’humour. Avec cinq kilomètres à faire, je rencontre David Lussier, un jeune qui réside dans mon quartier. Sa hanche le fait souffrir. On jase de nos problèmes tout en chassant les mauvaises pensées. Il me tire jusqu’au bout.

 

Malgré les difficultés rencontrées, j'étais très fier au retour à la maison.

 

Deux kilomètres plus tard, je vois un petit couple au loin. C’est la fille qui court le marathon et visiblement, elle ne peut plus repartir. Son copain l’enlace dans le cou et il jase en marchant, tout comme s’ils se baladaient dans un parc. Je ne peux me retenir lorsque je les dépasse. « Vous êtes beaux à voir. Tu es chanceuse de bénéficier du support de ton copain. Moi, ma blonde est restée à la maison ! »

 Elle s’esclaffe de rire et ajoute : « Ce n’est pas grave, vous allez le terminer quand même ce marathon ! »

 Ma plus jeune, Carole-Anne m’attend à l’arrivée. Résidente à Barre dans le Vermont, elle est de passage au Québec. Je suis ravi de la voir.

 Source: La Presse

Le comédien Luc Picard semblait vraiment se demander qu'est-ce qui se passait devant chez lui.

 

Alors que je prenais le goûter dans l’enceinte de l’aréna Jean-Béliveau, je vois Jean Joly, qui s’installe avec des coureurs pour entamer une discussion.

 Je vous le disais, deux passionnés, deux organisateurs uniques et expérimentés qui veulent continuellement s’améliorer. Je n’ai entendu aucune critique négative concernant l’événement, comme s’ils avaient tout anticipé.

 

 STATISTIQUES DE MON 96e MARATHON

 

 Temps : 4h18

Classement général : 244 sur 312

Catégorie d'âge : 20 sur 27

 

Prochain marathon : 97e à Baie-des-Chaleurs