Texte d'abord paru sur Parlons de balle

Jusqu’à leur victoire inespérée contre les Rams de Los Angeles à la semaine 15, les Jets de New York étaient pressentis pour terminer la saison 2020 avec une fiche de 0-16 – et leur premier choix total qui leur permettrait de repêcher le meilleur quart-arrière produit par les rangs collégiaux américains depuis Andrew Luck. Tout comme l’ère Adam Gase, l’ère Sam Darnold semblait destinée à prendre fin une fois le dernier match de la saison régulière disputé. Black Monday: Adam Gase, out. Sam Darnold, out.

Malgré les apparences, la NFL demeure une ligue imprévisible. Les Jets, ou peut-être Sam Darnold, ont tout mis en œuvre pour sauver leur honneur et remporter un match en 2020 – ils ont même connu une série victorieuse en battant les Browns de Cleveland la semaine suivante. Ce sursaut dans la conduite des Jets représentait assurément une anomalie dans la perception générale de l’équipe à travers la NFL. Comment ne pas croire que les Jets étaient en mode sabotage volontaire après avoir orchestré une capitulation en règle dans les dernières secondes du match contre les Raiders à la semaine 13? Par souci de protéger un peu la réputation de l’organisation, Christopher Johnson a pris la décision de congédier prématurément Greg Williams le lendemain : «Nous ne sommes pas en pleine opération de tanking,  voyez,  Greg Williams ne fait plus partie des Jets de New York. Cette défaite était inacceptable». Wink, wink.

Suite à de tels subterfuges, les Jets se retrouvent avec le deuxième choix total du prochain repêchage de la NFL. Leurs chances de sélectionner Trevor Lawrence (si ce dernier se rend éligible) sont désormais inexistantes. Ils doivent maintenant prendre une décision au sujet de leur avenir : faire une nouvelle profession de foi envers Sam Darnold en repêchant Penei Sewell, le meilleur joueur de ligne offensive de la NCAA depuis Joe Thomas – ou repartir à neuf avec Zach Wilson ou Justin Fields. Les Jets peuvent également échanger le troisième choix total à une organisation possiblement à la recherche d’un quart-arrière de franchise, comme les Lions de Détroit (7e choix total), les Panthers de la Caroline (8e choix total), ou même les Broncos de Denver (9e choix total). Une telle transaction leur permettrait de repêcher un receveur de premier plan à l’un de ces rangs, alors que DeVonta Smith (un sérieux candidat au trophée Heisman) est projeté pour repêchée à la fin du top-10.  Si les Jets font leurs devoirs consciencieusement, ils reconnaitront que Sam Darnold s’est retrouvé, dès sa saison recrue, dans une situation impossible : un noyau de receveurs atroce, une ligne offensive empotée, un entraîneur-chef dépassé par les responsabilités de sa fonction. Darnold a montré des signes prometteurs dans son jeu, malgré qu’il possède l’une des pires fiches de l’histoire de l’équipe pour un quart-arrière partant (13-25).

Cela dit, les Jets ont été particulièrement silencieux au sujet de leur perception de Sam Darnold, ou sa place avec l’équipe dans leurs projets d’avenir à moyen-long terme. En vérité, dans le giron des Jets, Sam Darnold est le seul à s’être prononcé sur son avenir avec l’équipe. Après la défaite contre les Patriots dimanche dernier, questionné à ce sujet, Darnold a admis qu’il était lui-même dans l’incertitude concernant son retour avec les Jets en 2021. Difficile à dire si cette hésitation est le fruit de discussions derrière les coulisses – peut-être Sam Darnold connaît-il déjà son sort et qu’un devoir de loyauté à l’endroit des Jets le contraint au silence. Après tout l’organisation ne peut traiter cette question sans faire preuve de doigté. Darnold est un récent troisième choix total et représentait, jusqu’à tout récemment, la pierre d’assise de la reconstruction des Jets. Le directeur-général de l’époque Mike Maccagnan avait conclu une transaction avec les Colts d’Indianapolis pour s’assurer d’obtenir le troisième choix total qui lui permettrait de repêcher un quart-arrière de franchise. Bien que Maccagnan n’occupe plus cette fonction, pour les Jets, une rupture avec Sam Darnold signifierait que l’organisation tourne encore en rond – qu’elle est incapable, après un demi-siècle, de trouver l’héritier de Joe Namath.

 Cette issue est peut-être inévitable. Les Jets n’ont plus d’entraîneur-chef depuis dimanche soir. L’avenir de Darnold avec l’organisation est lié à cette nomination – plutôt à la valeur que lui accorde le directeur-général Joe Douglas. En fait, l’embauche du prochain instructeur des Jets reposera sur cette épineuse question : que souhaitez-vous faire avec Sam Darnold? Il s’agira assurément d’une question-piège, puisque la décision de Douglas à ce sujet, en principe, est déjà prise. D’une manière ou l’autre, les Jets se retrouvent dans une position gênante, à une croisée des chemins. Pour une énième fois, ils sont forcés de jeter les bases d’une nouvelle fondation en choisissant leur troisième entraîneur-chef en cinq ans. Bien qu’ils soient loin d’être les seuls dans cette situation (l’instabilité au poste d’entraîneur-chef est un problème endémique à travers l’ensemble de la NFL), les Jets ont élevé les remous organisationnels et les jeux de portes tournantes à un niveau d’exception inégalé. Malgré les années Parcells (le seul avec une fiche victorieuse dans l’histoire de l’équipe :  48-29[1]) et le bref succès de Rex Ryan, les Jets ont vécu dans un déséquilibre quasi-permanent, avec tous ces entraineurs-chefs se succédant les uns après les autres, depuis leur naissance en 1960.

Joe Douglas le reconnaît lui-même, les organisations qui connaissent du succès à long terme possèdent toutes cette chose en commun : un tandem quart-arrière-entraîneur-chef qui ne change pas –ou très peu. Les Jets sont à l’opposé de cette tendance et cela doit changer impérativement. S’ils ont le moindre doute face à la capacité de Sam Darnold de devenir un véritable quart-arrière de franchise, l’importance de choisir un entraîneur-chef pour les dix prochaines années est plus cruciale que jamais. Or, la plupart des candidats que passeront les Jets en entretien d’embauche se caractériseront par leur inexpérience à cette fonction. À moins que Joe Douglas parvienne à convaincre Jim Harbaugh de quitter Michigan et de tenter sa chance à nouveau dans la NFL. Cela dit, l’expérience en tant qu’entraîneur-chef n’est pas un gage de succès durable dans le cas de Harbaugh, tant au collégial que dans les rangs professionnels, malgré une fiche de 103-40 avec les Wolverines et une participation au Super Bowl durant son passage avec les 49ers (44-19-1). Peut-être les attentes entretenues à son endroit étaient-elles trop élevées, peut-être son incapacité à remporter un championnat s’explique-t-elle par le fait qu’il n’a jamais obtenu le quart-arrière capable de réaliser cet exploit. Que ce soit pour Sam Darnold ou Harbaugh, les suppositions commencent à se faire nombreuses, au même titre que le manque de résultats probants.

À vrai dire, les Jets se retrouvent moins dans l’urgence de choisir leur prochain quart-arrière que leur prochain entraîneur-chef. Alors que Trevor Lawrence est désormais officiellement éligible au repêchage de 2021 de la NFL, il n’y a plus de valeur sûre disponible à cette position et les Jets sont hors d’atteinte avec le deuxième rang. La chaise musicale doit cesser. En considérant les candidatures de son prochain entraîneur-chef, Joe Douglas doit choisir un homme qui survivra à Sam Darnold. Le temps des boucs émissaires, celui dans lequel les Jets sont enfoncés depuis une éternité, est révolu, à moins que Joe Douglas fasse lui-même partie du problème. Si on tient compte du passé des Jets, une telle chose ne devrait pas nous surprendre.


[1]  L’auteur ne tient pas compte de la fiche de Al Groh(9-7) en 2000, engagé pour remplacer à pied-d ’œuvre  le démissionnaire  Bill Belichick. Bill Parcells était le cerveau derrière la préparation schématique des Jets cette année-là.