Une bombe est tombée dans l’entourage des Alouettes ce matin avec l’annonce du congédiement de Jacques Chapdelaine et Noel Thorpe. Ceux-ci écopent pour les insuccès cette saison. Le directeur-général Kavis Reed prend la relève temporairement comme entraîneur-chef, Anthony Calvillo s’occupera de l’unité offensive et la défensive sera dirigée par Greg Quick. Andrew Wetenhall avait affirmé que des changements étaient possibles si la situation ne s’améliorait pas, il est finalement passé aux actes plus rapidement qu’anticipé.

Il semble un peu injuste de mettre à la porte deux entraîneurs sans leur laisser une saison complète pour mettre en place leur philosophie. La direction est un peu prise entre deux chaises, l’équipe ne fait rien de bon et on aurait pu sacrifier la saison pour que Chapdelaine et sa bande puissent apporter des modifications. De l’autre côté, la division Est est tellement mauvaise qu’une participation aux séries n’est pas exclue. Malgré une saison épouvantable, un beau parcours en fin de saison et en séries permettrait aux Moineaux de sauver la face.

Est-ce que les mauvaises performances de la défensive sont reliées au faible rendement de l’attaque? Poser la question, c’est y répondre.

Les insuccès de l’unité offensive entraînent aussi beaucoup d’insatisfaction chez les amateurs. Depuis quelques années l’attaque se cherche et on ne semble pas trouver la recette gagnante. L’arrivée des vétérans Darian Durant, Ernest Jackson, Jovan Olafioye et Brian Simmonds laissaient présager des jours meilleurs. Les porteurs de ballon Tyrell Sutton et Brandon Rutley sont plus qu’adéquat dans leur rôle. Samuel Giguère et Nik Lewis exercent du leadership au niveau des receveurs. L’entraîneur-chef, spécialiste de l’attaque, et la présence d’un immortel de la LCF en Calvillo sur les lignes de côtés laissaient croire que le système utilisé soutirerait le meilleur de chacun. Mais non, c’est le calme plat, l'unité ne génère rien. Est-elle victime de l’excellence offerte dans le passé? Ou sommes-nous trop exigeants?

Un peu d’histoire

À l’arrivée de l'équipe en 1996 suite au transfert de Baltimore, les piliers à l’attaque se nommaient Tracy Ham, Mike Pringles et Jock Climie. Dans une ligue où les règlements sont faits pour favoriser le jeu aérien, l’offensive des Alouettes dominait avec son attaque au sol. Mike Pringles a obtenu des saisons de 1775 (1997), 2065 (1998), 1656 (1999), 1778 (2000) et 1323 (2001) verges!

Au tournant des années 2000, la direction menée par Jim Popp a pris de bonnes décisions qui auront des impacts positifs sur la décennie à venir. Il a d’abord constitué une ligne offensive stable avec entre autres Brian Chiu, Luke Fritz, Scott Flory et Uzuma Okeke.

Sa meilleure décision restera certainement de mettre sous contrat Anthony Calvillo. Ce jeune quart présentait un bon potentiel, mais ses performances étaient inconstantes avec Las Vegas et Hamilton. Calvillo apprend les rudiments de son métier derrière Tracy Ham et obtient sa chance comme quart partant en 99 suite à une blessure au vétéran. Il prend officiellement la pôle en 2000 et demeurera parmi l’élite des quarts de la ligue jusqu’à sa retraite en 2013.

Un jeune homme au gabarit atypique pour un receveur et n’étant pas reconnu pour sa grande vitesse deviendra l’un des favoris de la foule pendant plus de dix ans. Ben Cahoon représente une prise chanceuse pour les Alouettes. Il aura un impact majeur sur les succès de l’équipe avec son ardeur au travail et ses attrapés spectaculaires. Qui ne se souvient pas de la foule du stade Percival-Molson qui scandait : CCCAAAAHHOOOOOONN!!

Une mauvaise saison en 2001 a mené à l’embauche de Don Matthews et à un changement de philosophie : une défensive agressive avec du blitz à outrance et une attaque basée sur le bras du quart.  

L’apogée de l’attaque des Alouettes est atteinte en 2004. Les “Killers C’s” ont terrorisé les défensives adverses. Calvillo a dépassé les 6000 verges par la passe en rejoignant quatre receveurs pour plus de 1000 verges. Jermaine Copeland, Ben Cahoon, Kwame Cavill et Thyron Anderson composent le quatuor. Le duo de porteur de ballon, Autry Denson et Éric Lapointe, apportait juste assez pour garder les défensives sur le qui-vive.

Jim Popp et son équipe de dépisteurs ont toujours été en mesure de fournir les armes à Anthony Calvillo pour qu’ils puissent dominer. Le duo Copeland - Cavill a tendu le flambeau aux Kerry Watkins, Dave Stala, Jamal Richardson et SJ Green pour ne nommer que ceux-là. Sans jamais être une priorité, le jeu au sol a fait sa part et les Robert Edwards, Avon Cobourne et Brandon Whitaker ont apporté leur contribution. Avec les départs à la retraite de Brian Chiu et Uzuma Okeke sur une ligne particulièrement stable, les chercheurs de talents ont déniché Luc Brodeau-Jourdain et Josh Bourke.

Le directeur-général des Alouettes était considéré comme le recruteur en chef de la ligue canadienne, plusieurs joueurs qu’on ne pouvait garder dans l’entourage ont connus de bonnes carrières ailleurs. Il ne faut que penser à Chad Owens par exemple.

La dégringolade a débuté avec la perte de Calvillo, mais il ne faut pas négliger le moment où Jim Popp est devenu le seul maître à bord et a décidé de jouer à l’entraîneur. Le recrutement a décliné tout comme les performances de l’organisation.

Comment se fait-il qu’on ait jamais pu remplacer Anthony Calvillo? Plusieurs raisons peuvent être évoquées. Marc Trestman laissait peu de répétitions aux substituts. La commotion cérébrale en début de saison du numéro 13 a obligé l’équipe à envoyer dans la mêlée trop rapidement de jeunes quarts tels que Josh Neiswander et Tanner Marsh.  

Entre 1996 et 2012, les Alouettes ont connu deux “mauvaises” saisons. En 2001, l’équipe termine l’année avec 9-9 et immédiatement on apporte les correctifs avec l’embauche de Don Matthews. Le résultat? une fiche de 13-5. Puis en 2007, les Moineaux connaissent leur première saison sous la barre des 500 depuis la renaissance de la franchise. Jim Popp procède alors à un autre coup de génie en nommant de Marc Trestman comme entraîneur-chef. Il replace l’équipe sur le droit chemin avec un respectable 11-7 et des coupes Grey en 2009 et 2o10. Depuis que ce dernier ait quitté pour la NFL, l’équipe n’a jamais fait mieux qu’un 9-9.

Et maintenant?

L’auteur de ses lignes, un grand fan de la première heure de l’équipe, s’interroge sur la qualité de l’unité offensive actuelle qui représentait jadis le “Greatest show on turf” de la Ligue Canadienne avec les Killers C’s. Il s’inquiète encore plus de l’avenir des Alouettes.

Depuis la fin de l’ère Calvillo, les assistances diminuent au stade Percival-Molson. La popularité de l’Impact est en progression et vient chercher une partie du dollar sportif des amateurs de sports. La santé financière des Moineaux a toujours été précaire et sa survie passe par un stade rempli à pleine capacité ou presque.

Bien que peu abordé dans ce texte, la défensive a toujours été au-dessus de la moyenne dans les dernières années. Elle permet d’espérer des succès si l’unité offensive réussit à se remettre sur les rails. 

Espérons que les changements apportés ramèneront les Alouettes sur le chemin de la victoire car plusieurs risquent de quitter le bateau définitivement…

 

Texte paru originalement sur EnProlongation.com