Nerveux, tendu, Roland Goyette n’a pas l’habitude.

 Déficient intellectuel, il court un 5km en 19:37…. à 55 ans ! Un phénomène. Pour réaliser l’entrevue, la présence de Jérôme Ferland, que nous avons surnommé gentiment son agent, et son compagnon, Mathieu Leclerc, une fusée du club des Vainqueurs, 18:15 sur 5km, accompagnaient notre athlète de 140lb, mouillé !

 « Courir, c’est la santé », ne cessait-il de me répéter. On comprend que pour Roland, son monde tourne autour de cette discipline, une mission, un refuge, sa vie.

 Une histoire particulière, une scène de la vie montréalaise témoignent de son parcours. Sa mère, Alice décédée il y a sept ans,  il a perdu son père Jean-Guy, il y a quatre ans. En compagnie de son frère Maurice, aux prises également avec le spectre de l’autisme, Roland s’est retrouvé sans tuteur légal après le décès de ses parents.

 

J'ai rencontré Roland (au centre) avec son grand ami Mathieu Leclerc (à gauche) et celui que j'ai surnommé son agent, Jérôme Ferland.

 

Les cousins Denis Guay et Richard Levasseur décident d’intervenir et acceptent d’aider, de contribuer aux tâches ménagères, les repas, leurs affaires en général. Que Dieu les bénisse car la vie des deux frères prendra forcément une tangente positive.

 En 2016, Roland joint un programme d’intégration sociale, celui-là même mis sur pied par leur enseignante, Marie-Caroline Côté. Des moments axés sur l’habileté de chaque participant qui vise au développement de l’autonomie et de la socialisation. Roland y suit même des cours de cuisine !

 Vous auriez dû le voir lorsqu’il m’a vu ! Un sourire franc, une joie incontrôlable, le bonheur sur deux pattes.

 

La course à pied a littéralement changé la vie de Roland.

 

Comment trouve-t-il Marie-Caroline comme instructeur ? Ses yeux brillent. « Elle me motive. Elle n’est pas trop dure, juste correcte mais il ne faut pas chômer en sa présence », a-t-il pris soin d’ajouter avec un petit sourire en coin.

 À chaque fois qu’il se rend à l’école au campus Crémazie, Roland doit franchir 10km en courant et au retour à la maison, il refait la distance de la même façon, à raison de quatre fois par semaine ! On devine qu’il dispose d’habiletés motrices hors du commun quand on pense qu’il peut faire aisément de la corde à danser, de l’AKI, basketball, tennis et même du Hula Hop, un exercice avec lequel il se débrouille comme un pro.

 À chaque jour, il s’adonne à la musculation. Facilement, il peut prendre la position du corbeau ou encore l’appui tendu renversé sur les mains. Incroyable ! « Tu sais, je n’aime pas les hôpitaux. Être en bonne condition physique me permet de  les éviter. Il m’arrive de prendre un rhume à l’occasion mais rien de sérieux », explique-t-il tout en regardant ses deux confrères, attendant qu’ils confirment.

 

Il arrive à exécuter des acrobaties incroyables pour une personne de 55 ans .

 

Je l’observais sur la piste d’athlétisme du Centre Claude-Robillard. Quelle fluidité dans ses mouvements alors que tout lui semble tellement facile. Roland ne vit pas de stress ni d’inquiétudes dans la vie. « Quand nous courons en groupe, nous nous concentrons sur notre respiration alors que Roland jase, il parle des Canadiens », de dire Jérôme. Ce dernier me confiait que lorsqu’il a vu Roland pour la première fois, il ne s’est jamais aperçu de sa différence.

 Quand on le regarde, on dénote qu’il ne fait absolument pas son âge. Je ne me suis pas retenu pour le complimenter tout en lui demandant de me dire quel âge il croyait que j’avais ? De me répondre du tac au tac : « Tu as 18 ans dans ton cœur ! »  Wow !

 « Dans sa tête, Roland, c’est un petit garçon et il me considère comme sa petite sœur », explique Marie-Caroline.

 

En plus de ses séances d'entraînement, Roland court 10km aller-retour, quatre fois par semaine, pour se rendre à son programme d'intégration sociale.

 

Roland refuse la discrimination, ajoutant que la situation s’est heureusement améliorée au fil des années. Il ne juge en aucun temps.

 Il me l’a certifié, il n’arrêtera jamais de courir. On le sent à l’aise dans ses souliers de course. Au terme de notre rencontre, il m’a fait une confidence. Même si on devine qu’il surveille attentivement son alimentation et qu’il ne touche jamais à l’alcool, il a reconnu qu’il mangeait les galettes de Mme Labriski !

 J’ai alors eu l’impression qu’il adore ces galettes et que Mme Labriski lui plait bien !

 J’ai tiré une grande leçon d’humilité, assis devant Roland. Je me suis alors dit que si tous les êtres humains sur cette terre affichaient sa bonne humeur, son sourire, sans stress, qu’assurément, le monde se porterait beaucoup mieux. Pensez-y deux petites secondes !

Toujours avec le sourire, Roland apprécie chaque moment que la vie lui procure.