Il aspirait éventuellement joindre les rangs de l‘équipe du Canada au volleyball et d‘une ligue professionnelle en Europe. À 22 ans, 6‘7, 190lbs et un talent fou, les espoirs étaient permis pour Patrick Gaboury, jusqu‘au moment où le ciel s‘est soudainement ombragé.

Ses genoux s‘effritaient par l‘usure. Il devait se rendre à l‘évidence. Deux interventions chirurgicales sont venues anéantir ses beaux projets. Il a dû forcément tout abandonner. Ce fut un choc terrible.

La dégringolade s‘est poursuivie avec des déménagements, la perte de son emploi et une séparation. Le couvercle de la marmite a sauté ! “Je croyais que tout était terminé pour moi, sans voir apparaître aucune lueur d‘espoir. Des idées suicidaires m‘ont alors traversé l‘esprit”, raconte-t-il sereinement lorsque nous l‘avons rencontré à son appartement à Montréal pour sa première entrevue, lui qui jusque là, les avait toutes refusées.

Un jour, il participe à un voyage de partisans pour assister à un match des Alouettes de Montréal sur la route. Au retour, les joueurs ont rejoint les fans. Avec sa stature, Patrick était de loin le plus imposant du périple. Imaginez !

Il dormait continuellement. Il décide de rencontrer son médecin. En avril 2011, il fait osciller l‘aiguille de la balance à 438lbs. Il se dirige tout droit vers le désastre. Suite à une batterie d‘examens, le diagnostic qu‘il reçoit est on ne peut plus clair. Il souffre de diabète avancé, son taux de cholestérol inquiète et le tout couronné par de la haute pression. Ces résultats l‘assomment littéralement.

Quelques jours plus tard, il rend visite à ses parents dans sa région natale de Trois-Rivières. Durant la journée, il décide de s‘étendre sur un fauteuil pour se reposer. Ses parents croient qu‘il dort et émettent des commentaires négatifs à son endroit. Ce fut un point tournant. “Je me suis alors dit que quand je reviendrais, ils n‘allaient pas croire ce qu‘ils verraient”, exprime l‘athlète de 38 ans.

“Pat“ marchait à l‘occasion pour évacuer son stress. Il a réalisé que marcher régulièrement, combiné à une bonne alimentation, l‘aideraient à se relancer. De toute évidence, il considérait qu‘il n‘avait plus rien à perdre. “Je me souviens qu‘à l‘époque, je ne voulais pas voir les gens. Je marchais non loin de chez moi à la noirceur car j‘étais hanté par la gêne ”.

Plus jeune, en compagnie de sa sœur, il regardait les olympiques à la télé. Guillaume Leblanc, adepte de la marche rapide, l‘impressionnait. Patrick a toujours détesté les sports d‘endurance mais il se disait qu‘avec la marche, il allait peut-être mieux s‘adapter.

Il prend la décision de s‘informer au club Kilomètres de Ville LaSalle. On lui conseille de rencontrer un double champion canadien, Jocelyn Ruest. Ils discutent et Jocelyn accepte de le prendre sous son aile. “Je me suis alors dit, mais qu‘est-ce que les autres personnes qui s‘entraînent au centre Claude-Robillard vont penser de moi ? Un gros qui fait de la marche olympique !”. À sa grande surprise, il a été accueilli favorablement.

Graduellement, son poids diminue. À 300lbs en mars 2012, il marche 5 kilomètres en moins de 32 minutes. Lors de compétitions à Ottawa et Toronto, il rafle le titre dans sa catégorie d‘âge. On le sent poussé par l‘adrénaline. Or, il frappe un mur. Lors d‘une course Master à Toronto, il décroche le 2e rang mais est disqualifié. Il estime que les juges ont été trop sévères à son endroit. Il veut tout abandonner. Par surcroît, il se blesse durant l‘hiver suivant.

Une fois la tempête dissipée, Il revient à la charge au printemps dernier avec des temps de 29 minutes pour 5km et 1h pour 10km. Il y a quelques semaines, malgré une blessure à une hanche, il a obtenu le 1er rang chez les marcheurs lors du demi-marathon de Niagara Falls avec un temps de 2h21.

“J‘ai compris que rien n‘est impossible dans la vie, qu‘il s‘agit d‘y croire et je suis maintenant rempli d‘espoir. Plus question de faire marche arrière. Mon mode de vie actuel, je le conserverai à jamais”, de dire celui qui pèse aujourd‘hui 215lbs.

Patrick s‘est inspiré de Marcel Jobin, cet illustre marcheur originaire de son patelin qui a participé aux olympiques. “Je veux vieillir comme Marcel. Il y a également des gens tels Jacques Aubin, Jimmy Sévigny ainsi que le groupe Allez Hop qui m‘ont grandement motivé à me ressourcer dans mon cheminement”.

“Pourquoi courir quand on peut marcher“, a-t-il toujours philosophé, sauf qu‘il n‘écarte plus la possibilité de faire une transition. “Lorsque j‘aurai 40 ans, je me suis donné comme objectifs de vivre une course internationale et d‘amorcer la course à pied sans toutefois abandonner la marche”.

Ce contrôleur routier chez Transport Québec sent maintenant qu‘il contribue à motiver les gens qui éprouvent de sérieux ennuis de poids. Il redonne au suivant. On parle dorénavant du Patrick 2.0.

Au mois de février 2014, il prendra part au Master de l‘Ontario puis en mars, au Championnat canadien à Toronto. Pourtant, il fut un temps où le seul plaisir qui lui restait sur cette terre était de manger ! On peut dire qu‘il a réussi à se ressaisir à temps pour éviter la catastrophe.

Respect Patrick Gaboury !