Sean Couturier : digne représentant des Voltigeurs en plein essor

 

Le centre de 25 ans Sean Couturier est encore plus dévastateur ces jours-ci, sur la patinoire, que le fameux missile en route vers Hawaï.… qui s’est avéré un pétard mouillé. Sean a tellement impressionné le chroniqueur de l’Outaouais Alain Sanscartier, que dans ses hautes « voltiges » d’analyse sportive hier à RDS.ca, ce dernier l’a immergé dans les Maritimes voire la baie des Chaleurs, avec le Titan d’Acadie-Bathurst, lors de son stage junior pourtant mémorable. Mais Couturier était bel et bien un Voltigeur de Drummondville pendant ses trois saisons passées dans la LHJMQ.

Donnons à César ce qui revient à César, M. Sanscartier a bien raison de vanter Sean Couturier. Le grand centre de 6’3’’ n’avait jamais récolté plus de 39 points en six saisons dans la LNH. Or il se retrouve aujourd’hui avec 45 points en 43 parties, au 16e rang des marqueurs de la ligue, mais surtout 3e buteur égal à Anders Lee. (Et il a deux parties en main!)

Cependant l’auteur de 260 points (dont 103 buts) en 227 parties au sein de la LHJMQ n’a jamais joué pour le Titan, erreur notifiée par The Clebsman, un internaute de RDS.ca qui m’étonne parfois par la pertinence de ses interventions.

Il s’agit d’une méprise d’autant plus étonnante que Sean Couturier a remporté trois trophées, et le titre des marqueurs en saison, dans l’uniforme de Drummondville.

 Mais cette méprise comporte son lot de vérité, quoique si peu comme je l’explique plus loin. Je m’empare néanmoins de ce prétexte pour rappeler aux Drummondvillois nostalgiques les belles années des Voltigeurs, et pour revenir sur la vie d’un hockeyeur qui jusqu’à présent tardait à déployer son immense talent dans le circuit le plus compétitif au monde.  

 Il n’a pas grandi à Bathurst

Sean Couturier n’a pas grandi à Bathurst, un village de près de 13 000 habitants situé à l’embouchure de la rivière Népisiguit dans la baie des Chaleurs, mais il y a passé une couple d’années, à la transition entre l’enfance et l’adolescence. Il y était à 10 et 11 ans… même 12!

 En fait, le quiproquo s’explique facilement : le père de Sean, Sylvain, qui était adjoint à l’entraîneur du Titan d’Acadie-Bathurst en 2002-2003, a effectué son parcours junior avec le Titan…. de Laval. On suit à la trace le parcours du paternel et on sait où Sean a vécu. Puisque son père était un pro du hockey (33 parties avec les Kings de Los Angeles de la LNH), mais pas une vedette, il a été un grand voyageur devant l’Éternel.

 Ainsi Sean est né à Phoenix (Arizona) où il a passé la première année de sa vie, mais pas complète, avant de passer quatre années à Milwaukee (Wisconsin) et les quatre suivantes en Allemagne, son père évoluant pour les Capitals de Berlin.

 Sean avait 9 ans à son arrivée au Nouveau-Brunswick, mais il soufflait les 10 chandelles quelques mois plus tard, en décembre. Sylvain Couturier n’avait plus de lien officiel avec le hockey en 2003-2004. J’en déduis qu’il était alors entraîneur adjoint ou entraîneur de Sean dans le hockey mineur (probablement pee-wee), mais je ne mettrais pas ma main au feu à ce sujet.

 Champion marqueur bantam

Puis, en 2004-2005, sans doute un des plus jeunes du niveau bantam AAA, Sean Couturier enfilait l’uniforme de Chaleur, une équipe du comté de Restigouche, toujours au nord du Nouveau-Brunswick. Il y remportait le championnat des marqueurs. En 2005, sa famille retournait au Québec, et le paternel n’ayant pu conduire le Titan d’Acadie-Bathurst aux séries n’allait retourner avec cette formation, comme adjoint à l’entraîneur, qu’en 2011-2012. Or le fils, Sean, entrait cette année-là dans la LNH, dans l’uniforme des Flyers de Philadelphie, avant une saucette de 31 parties dans l’Américaine l’année suivante avec les Phantoms d’Adirondack (et 46 autres parties avec les Flyers).

 Mais revenons en 2005-2006. Sean Couturier a été la recrue de l’année, niveau midget, sur l’Île-du-Prince-Édouard, dans l’uniforme des Rivermen de Miramichi. Et en 2007, à 14 ans, il jouait midget AAA en Saskatchewan!

 Un âge précoce, devons-nous avouer, mais Sean Couturier n’était pas malingre ou rachitique, que non! En 2005, au moment où il déménageait à Saint-Jean-sur-Richelieu après son titre des marqueurs, il avait 12 ans et il mesurait 1,78 m en plus de peser 161 livres!

 Après sa saison avec Miramichi, il a évolué pour les Hounds de Notre Dame, et son équipe a été championne midget de la Saskatchewan. En conséquence, ce talentueux joueur de centre a été la 2e sélection de toute la LHJMQ. Puis il a passé trois saisons fructueuses, à compter de 2008-2009, avec les Voltigeurs de Drummondville. Il a même amassé 96 points à chacune de ses deux dernières campagnes régulières, en respectivement 68 et 58 parties; à son avant-dernière saison junior, il ajoutait 10 buts et 8 passes en séries, pour 114 points au total de son année.

 Leur seule Coupe du Président

Quelle belle époque pour les Voltigeurs ! En 2008-2009, les champions du calendrier régulier (112 points en 68 parties et 345 buts contre 189) ont balayé Lewiston, le Junior de Montréal et l’Océanic de Rimouski lors des séries. Ils ont aligné 12 gains d’affilée en chemin vers leur unique Coupe du Président en 32 ans d’existence de la franchise, subséquemment éteinte de sa belle mort après la série quart-de-finale de 2014.

 Belle entrée en matière pour la verte recrue de 16 ans (portant le dossard numéro 7)! Car ensuite les Voltigeurs l’ont emporté en 7 matches sur les Cataractes de Shawinigan, grâce à un triomphe de 3-2 à domicile dans la partie cruciale.

 L’attaquant vedette de l’équipe lors de cette saison de rêve, Yannick Riendeau, était une véritable tornade sur la patinoire. L’ailier droit de 20 ans s’est emparé du titre des marqueurs, fort d’une campagne régulière de 58 buts et 126 points (en 64 rencontres). Puis il a mérité le trophée Guy Lafleur, remis au joueur par excellence des éliminatoires.

 Sa récolte de 52 points dont 29 buts en 19 parties était phénoménale. Ses 29 buts égalaient la fiche du Magnifique, Mario Lemieux, au 2e rang des marqueurs de la LHJMQ en séries; et ses 16 filets sur l’attaque massive en séries lui ont permis d’égaler le record du circuit détenu par Mathieu Melanson.

 Puis il s’appropriait le trophée George Parsons récompensant le meilleur esprit sportif lors du Tournoi de la Coupe Memorial, tenu à Rimouski. Ses 2 buts et 6 passes en 4 parties, bons pour le 3e rang des marqueurs, lui donnaient un merveilleux total de 89 buts et 97 aides (186 points) en 87 parties cet hiver-là.

 Déveine de Riendeau

Ignoré au repêchage, il a tout de même signé un contrat de trois ans en 2009 avec les Bruins de Boston. Mais l’ailier droit de 5’10’’ subissait une opération à une épaule durant la saison morte, puis il a évolué à Providence dans la Ligue américaine, où il n’a pas fait long feu. Et il n’a retrouvé ses moyens que dans l’ECHL, avant d’aboutir avec une équipe de la France, puis dans la Ligue nord-américaine, où il amassait 85 points en 46 parties, séries comprises, en 2014-2015, avec les Marquis de Jonquière, mais l’équipe détentrice de la Coupe Canam depuis deux ans finissait 2e et perdait en demi-finale malgré ses prouesses. Après un retour dans la ligne Magnus avec l’équipe d’Angers en France, il est revenu au Québec cette année. Il n’a disputé que 3 matches cette saison (3 points) avec les Marquis, où évolue le gardien de buts Cédric Desjardins, ancien de l’organisation du Canadien.

 Windsor réalise l’impossible

Cette excellente année 2008-2009 s’est conclue dans la tristesse pour les protégés de Guy Boucher. Ils avaient démarré le tournoi en lions, l’emportant même sur les éventuels champions, les Spitfires de Windsor, au pointage de 3-2. Windsor s’est même incliné devant l’Océanic de Rimouski dans sa deuxième partie, mais a sauvé les meubles, 2-1, contre les Rockets de Kelowna, avant de l’emporter sur l’Océanic de Rimouski dans la partie de départage.

 Le temps passe mais les vedettes demeurent. Taylor Hall (l’ex-Oiler) et Adam Henrique (récemment échangé par les Devils aux Ducks d’Anaheim) faisaient partie des Spitfires, qui ont remporté leurs quatre dernières parties pour se sauver avec la coupe. Dale Mitchell, qui pète le feu en Allemagne après avoir évolué un an en Autriche, avait été le meilleur buteur de la compétition (5 buts 1 aide en 6 parties) égal à Jamie Benn, des Rockets de Kelowna, meilleur pointeur avec 5 buts 4 passes en 4 parties.

 L’équipe de Guy Boucher perdait 3-2 son match-revanche en demi-finale de la Coupe Mémorial, en prolongation, contre les Spitfires, qui l’emportaient en grande finale sur Kelowna au compte de 4-1. Hall, avec 2 buts 6 aides en 6 parties, était choisi le joueur le plus utile, et Henrique (4 buts 5 aides) obtenait autant de points que Benn, mais en deux parties de plus.

 Boucher, consacré personnalité de l’année, s’emparait du trophée Paul Dumont cette année-là. Le très jeune Sean Couturier, lui ? Il était menotté au tournoi crucial (blanchi dans les 4 parties) après une saison bien ordinaire de 31 points et des séries de 8 points en 19 parties.

 L’année de Dumont et Couturier

Sous les ordres de Mario Duhamel en 2009-2010 (Boucher se retrouvant à la barre des Bulldogs de Hamilton dans la Ligue américaine), les Voltigeurs ont connu une autre saison extraordinaire, subissant leur dernier revers de la saison en janvier. Malgré tout, avec 104 points ils se classaient au 2e rang derrière les Sea Dogs de Saint John (109). C’était la campagne inespérée de 51 buts et 93 points (en 62 parties) de Gabriel Dumont, meilleur buteur de la LHJMQ devenu un centre défensif dans la LNH après plusieurs années dans l’AHL dans l’organisation du Tricolore. Il finissait 3e pointeur du circuit.

 Les Voltigeurs ont encore lessivé les Maniacs de Lewiston en 4 parties, avant d’éliminer l’Océanic en 5 parties et de subir le même sort (4-1 les parties) aux mains des Wildcats de Moncton. Mais Couturier, champion pointeur de la LHJMQ avec ses 96 points, a trouvé le moyen d’inscrire 18 points dans ces 14 rencontres. Je dois cependant préciser que Nicolas Deschamps, qui avait entamé la saison avec Chicoutimi avant de la conclure avec les Wildcats de Moncton, avait aussi amassé 96 points, mais deux buts de moins, soit 39 – cependant il avait réalisé son exploit en 64 parties, au lieu des 68 de Sean. Le nombre de buts décide du champion, mais on doit noter que Nicolas avait 20 ans à l’issue de la saison, alors que Couturier avait seulement 17 ans.

 En 2010-2011, les Voltigeurs éliminent les Saguenéens de Chicoutimi (dirigés par Guy Carbonneau) en 4 matchs. Sean Couturier remporte le trophée du joueur de l'année et celui du meilleur espoir professionnel. Les Voltigeurs s’inclinent cependant en 6 parties devant les Olympiques de Gatineau et Couturier amasse tout de même 11 points (6 buts) en 10 parties des séries. Néanmoins il a été 5e marqueur de la ligue, en saison… accusant un retard de 18 points sur le champion, Philip-Michael Devos (Victoriaville/Gatineau). Ce dernier n’a jamais pu accéder à la LNH.

 Celui qu’on voyait comme la 1re sélection du repêchage de la LNH à l’issue de sa 2e campagne dans le circuit se contente de sortir 8e, réclamé par les Flyers de Philadelphie en 2011.

 Et aujourd’hui il s’éclate sur le tard. Je lui souhaite une saison de 50 buts, car tout est possible pour l’ancien Voltigeur, qui a retrouvé ses ailes, tel un bon Flyer qu’il demeure.