Les profondeurs de l’être humain, vous connaissez ?

 Je sais qu’on ne le recommande pas. Ça devient plus fort que moi. Existe une puissance qui m’incite à franchir les marathons. Deux dans l’intervalle de deux semaines, voilà une formule que je n’avais jamais adaptée à mon corps. Il y a l’âge, il y a l’usure de la machine, qui inévitablement, a incité la réflexion.

 Après Longueuil, je me suis inscrit à Laval pour une 2e année consécutive. Manque de récupération et cette fois, les messages expédiés vers mon cerveau furent expéditifs et surtout très sévères. J’y reviendrai.

 Baptisons ce week-end celui des ponts avec la fermeture du tunnel Lafontaine et de Jacques-Cartier. Alors, pour un gars de la Rive-Sud, il fallait prévenir. Patrice Albert, mon ami coureur, qui faisait un retour sur scène après une retraite d’un an, voulait vérifier ses capacités. Il réside à Saint-Colomban. Pour me dépanner, il m’a offert une nuitée chez-lui. Il est chanceux le monsieur !

 

Les encouragements et le dynamisme de mon ami Patrice furent très utiles pour moi lors des derniers kilomètres.

 

Voilà un aspect qui m’enlevait une couche de stress.

 Inquiet, Pat devait me suivre tout le long et pas question de l’abandonner à la moindre défaillance. Le contraire s’est produit et disons que j’ai eu besoin de ses encouragements. Il sautait dans les airs, invitait les gens à crier, félicitait les autres coureurs, une vraie boule d’énergie. Il m’a épaté…. encore une fois.

 La musique était bonne pour son cerveau. Étonné par son endurance, son temps n’indique  pas ce qu’il pouvait réaliser lors de cette journée. Sa mission, il l’a remplie haut la main.

 

 C'est avec plaisir que j'ai revu Michel Villeneuve, une force de la nature et un être exceptionnel.

 

 Au cours de cette période, une coureuse qui me talonnait, m’a lancé une phrase qui m’a vraiment ébranlé. Je ne m’y attendais pas, je n’étais pas préparé mentalement à accueillir de telles éloges. À vrai dire,  je me sentais mal à l’aise, me demandant si je le méritais.

 Lentement, elle s’est approchée pour me glisser à l'oreille: « Vous savez monsieur combien vous pouvez être inspirant. »

 

Par un pur hasard il y a deux ans au cours d'un marathon, je rencontrais Patrice Albert, un être d'une grande charité humaine. 

 

Elle ne m’a jamais regardé. Elle a disparu, beaucoup plus rapide et je ne l’ai jamais revue. Je vous dirais que j’avais sûrement égaré cette facette qui à vrai dire, n’a jamais représenté l’essentiel de ma présence lors des marathons. J’ai reçu ce commentaire avec honneur. Heureusement, malgré le choc, j’ai pris soin de la remercier. Secoué, les respirations suivantes furent plus ardues.

 Avec moins d’un kilomètre à faire, Patrice m’a expédié une phrase qui en disait long sur mon comportement durant l’épreuve et comment il pouvait le percevoir. « Pas le temps de lâcher Daniel. Un gars qui a couru autant de marathons que toi finira toujours par atteindre le fil d’arrivée. »

 Je l’ai regardé et j’ai tenté d’esquisser un sourire. J’ignore le résultat mais j’imagine qu’il faisait son bonheur.

 

Julie et Christian, les parents du jeune Laurent Allie, étaient présents. Ils ont pris part au demi-marathon. Une autre belle rencontre.

 

J’en demande beaucoup à mon corps et je m’interroge parfois si je ne déroge pas des lois non écrites de la course à pied. Je vous dirais qu’à Laval, je me suis retrouvé dans une position qui ne respectait pas les règles de l’art.

 Et que dire de ma rencontre avec Jocelyne, l’épouse de Patrice, qui lutte toujours contre son cancer. Elle traverse une pause de traitement depuis quelques semaines. Un soulagement mais elle n’a pas oublié qu’elle se battait toujours.

 Je me suis regardé dans le miroir à mon retour à la maison et je n’ai pas dit mot.

 

Statistiques de mon 86e marathon

 Temps : 4h12 :46

Classement général : 126 sur 214

Classement catégorie d’âge : 4 sur 10

 

Prochain marathon: Le 8 juillet à Waitsfield au Vermont.