« Je regarde les photos et j’ai une grosse bouffée d’amour ! Si tu savais à quel point un homme peut s’estimer chanceux de se retrouver avec ces deux dames. » Stefan Laforce parle de sa femme Michelle avec qui il partage sa vie depuis 34 ans et de Dania, sa fille, qui il y a 10 ans, un 17 décembre exactement, lors d’une grosse tempête de neige, est arrivée dans leur vie, en provenance d’Haïti.

 Traumatisant s’avère le récit qu’il s’apprête à me livrer dans un restaurant de la vieille capitale. Une entrevue provoquée par un heureux hasard lors du lancement du livre de Mireille Massé sur le yoga, l’une des personnes responsables qui explique sa présence devant moi.

 Une histoire invraisemblable, rocambolesque qui nous ramène à l’état pur de la prudence. Employé en informatique depuis 15 ans chez CTRL à Québec, il court depuis 2011 et désire célébrer ses 50 ans avec un marathon. Il entame une série de demis dont celui de Rimouski où il vient de perdre 20lbs. Il arrive juste avant le gagnant du marathon ce qui incite sa fille à lui dire : « Papa, il va falloir que tu cours plus vite dorénavant car c’est long t’attendre ».

 

Dania aurait pu voir mourir son père.

 

Stefan admet qu’il ne disposait d’aucun plan. Il décide alors de s’intégrer au club de course de Charlesbourg. Mireille Massé est la fondatrice de ce regroupement et rapidement, elle saisit le personnage excessif.  Il complète le marathon de Rimouski en 5h32 avec un départ plus tôt que la masse. « J’ai vu le 1er être vivant au 9e km », dit-il en riant.

 Janvier 2016, il commence à ressentir des brûlures à la poitrine mais au bout de 20 minutes d’entraînement, tout disparaît. « Je croyais faire de l’asthme et mon médecin m’avait rassuré ». Quelques mois plus tard, il obtient un temps de 6h02 au marathon d’Ottawa.

 Le 21 juillet, il participe à un entraînement dans un parc avec son gang. Après un tour de piste, il ne se sent pas bien. Il se penche vers l’avant et son entourage croit qu’il veut attacher son soulier. Il s’écroule lourdement, visage contre terre. Il se réveillera cinq jours plus tard à l’hôpital. Cependant, les minutes qui suivront l’écroulement s’avèrent tragiques. Le pire, c’est que trois semaines auparavant, il courait dans ce même parc avec sa fille. « Assurément, elle m’aurait vu mourir.»

 

Stefan a repris goût à la course à pied grâce à la participation de Julie-Anne Bergeron-Guilbert.

 

Mireille Massé pratiquera le bouche à bouche, Jonathan Goulet et Christiane Lemay vont se relayer pour le massage cardiaque. Ils prendront 14 minutes afin qu’il revienne à lui. Dans l’ambulance, il décède une 2e fois et on utilise le défibrillateur. À l’hôpital, on le perd pour une 3 e fois, aux prises avec des spasmes. Catastrophe !

 Il plonge dans un profond coma. Ses artères sont bouchées à 96%. Il ne gardera aucune séquelle au cerveau. Cette indisposition aura été masquée par son excellente condition physique qui du même coup, lui a sauvé la vie.

 À son réveil, Stefan veut se débrancher et partir courir ! Il doit subir une intervention chirurgicale et il est endormi pour cinq pontages. Il sort de l’hôpital dix jours plus tard parce qu’il n’en peut plus d’être là. « Je ne réalisais pas vraiment ce qui se déroulait à ce moment là. »

 Durant les mois qui suivront, Stefan ira marcher et il va courir parfois en cachette ! « Je n’en parlais pas car je craignais de me faire chicaner. » Il croit être capable de courir le marathon d’Ottawa, un geste symbolique à ses yeux.

 

Lors de cette course, Stefan a eu l'impression de se réapproprier sa vie.

 

Avec un manque de sensibilité dans la jambe droite, il le réalise en 6h22, tellement heureux. « J’ai eu l’impression de me réapproprier ma vie. »

 L’an dernier, il a couru le marathon de Québec en 6h17 en célébrant la vie car il sait que la course l’oblige à être en forme et à bien manger. On voit que sa perception de l’existence fut bouleversée. Il ne travaille plus 70 heures par semaine. Il dispose d’une entraîneuse, Julie-Anne Bergeron-Guilbert qui possède une base en cardiologie. « Je lui dois le plaisir que j’ai retrouvé à courir. Je me sens en sécurité à ses côtés. Il y a également son père Guy Gilbert, un ultra-marathonien, lui aussi compétent en cardiologie et kinésiologie. »

 Au marathon de Rimouski, il a terminé en 6h02 tout en motivant une autre coureuse qui voulait abandonner. Le pire, c’est qu’il devait réaliser le demi avec une autre personne qui a dû décliner à la dernière minute !

 Dès janvier dernier, il s’est doté d’un plan de match plus rigide. Il a franchi plus de 200km par mois depuis juillet. « La santé se refait. Je fracasse mes meilleurs temps. Je respecte mon flot. Je suis hanté par le passé. »

 Il sait qu’éventuellement, il devra être opéré à nouveau car on devra lui retirer deux tiges de métal. Les médecins attendent. Il a été endormi trop souvent lors des dernières années, car ce n’est pas tout ! En 1993, suite à une crise d’asthme, son cœur avait cessé de battre tout comme en 2010 suite à un caillot de sang au cerveau.

 

 « Je me suis réconcilié avec le fait que je suis correct. Je ressens énormément de gratitude. Je suis comme un petit ange qui revient sur la terre car je crois que j’ai encore du bien à faire. D’ailleurs, j’ai toujours ce sentiment qui m’habite de me sentir coupable de ne pas en faire davantage pour les autres. »

 

Dania, Michelle et Stefan, une petite famille heureuse qui regarde maintenant vers l'avenir.

 

Stefan sait qu’il doit penser à lui s’il désire penser aux autres. Il s’interroge continuellement sur comment il peut remercier davantage la vie. « J’ai saisis que le processus est important. Je ressens un plaisir fou d’être en vie. Je suis quelqu’un de spirituel, j’ai compris bien des choses. J’apprends de plus en plus le laisser aller, à reconnaître que ce n’est pas grave. »

 Pour expliquer cette fatalité, on lui a dit que les deux tiers revenaient à l’hérédité et que l’autre partie appartenait au stress.

 « C’est en pensant à Michelle et Diana de l’autre côté que le miracle s’est produit. « 

 Oui, il existe assurément un motif pour cette résurrection. Stefan est revenu avec un mandat qu’il devra respecter jusqu’à la fin de ses jours.