Dans le deuxième billet de sa courte chronique ''Trilogie sans Séries'', l'auteur revient sur les années 1999 à 2001, alors que le Canadien rate les séries trois fois de suite pour la deuxième fois de son histoire. Vous pouvez en lire plus sur la première ici-même.

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Trois ans de suite sans séries, c'est une rareté à Montréal! Parlez-en aux plus vieux fans surtout, qui n'avaient même pas vu l'équipe rater les séries entre 1971 et 1994! Pourtant, quelque chose a changé en 1995, alors que le Canadien rate les séries pour la première fois depuis vingt-cinq ans! 

Au début de l'automne 1995, le Canadien perd ses cinq premiers matchs et l'administration panique en renvoyant Serge Savard, DG pourtant compétent et loyal, ainsi que le dernier entraîneur-chef à avoir remporté la Coupe avec l'équipe, Jacques Demers. Ronald Corey et ses acolytes décident d'accorder le nouveau poste de Directeur Gérant à Réjean Houle, ancien ailier du club dans les belles années '70, bon gars, loyal et TRÈS fidèle ambassadeur du club.

Comme entraîneur-chef, on donne la chance à Mario Tremblay, ancien joueur fougueux mais sans expérience derrière un banc de la LNH. Homme et joueur de caractère, l'état-major de l'équipe pensait qu'il emmènerait une ligne directrice ferme et une identité à l'équipe.

Deux mois plus tard, le fameux soir du 2 Décembre 1995, la caractère bouillonnant de Tremblay et celui de Patrick Roy s'entrechoquent : le Bleuet Bionique laisse Casseau se faire transpercer neuf fois par les puissants Red Wings au Forum et c'en est trop pour Patrick, qui ne demandait qu'à se faire retirer de ce supplice. Ca sera son dernier match à Montréal, et une patate chaude avec laquelle Réjean Houle n'aura su composer adéquatement.

Il a échangé une légende vivante et Mike Keane, joueur fiable et intense, contre Jocelyn Thibault, gardien honnête mis dans une position injuste, Andrei Kovalenko, qui jouait quand ça lui tentait et Martin Rucinsky qui, bien que respectable offensivement, n'aura rien pu faire face au déluge auquel l'équipe allait faire face, quelques années plus tard. De 1994 à 1998, le Canadien, qui avait l'habitude de faire un petit bout en séries, n'a gagné qu'une ronde...

SAISON 1998-99

 Après avoir vu leur équipe gagner une ronde pour une première fois depuis 1993 avec un jeune entraîneur compétent (Alain Vigneault), les partisans sont  optimistes pour le début de la saison à venir.  Le premier match de l'année contre les Rangers a de quoi aider : le Canadien les écrase 7-1 au Centre Molson. Recchi amasse quatre points et Benoît Brunet, trois. 

Malheureusement, les réjouissances n'allaient pas durer.  Déjà sous la barre des .500 à la mi-Novembre, l'équipe échange le gardien Jocelyn Thibault, acquis dans le désastreux échange de Patrick Roy, aux Blackhawks en retour du vétéran gardien Jeff Hackett. Trois ans après le départ de Casseau, on lançait la serviette dans le cas du jeune et poli blondinet (qui a quand même fait une belle carrière dans la LNH!).

Le reste de la saison ne sera pas rose....plusieurs éléments-clés dans l'équipe doivent composer avec des blessures. Le meilleur buteur de l'équipe, Martin Rucinsky, n'amasse que dix-sept buts. Réjean Houle échange Mark Recchi et Vincent Damphousse durant la deuxième portion d'une saison décevante que le Canadien termine au dernier rang de sa division, avec une maigre récolte de 75 points, en vertu d'une fiche de 32-39-11, bonne pour le 19ème rang du classement général.

SAISON 1999-2000

Après la pire saison de l'équipe depuis longtemps, les partisans se disent que l'équipe ne peut possiblement tomber plus bas, et ils ont partiellement raison! Cela dit, l'équipe peine encore à se tenir dans le Top 8 de sa conférence, principalement en raison d'un manque flagrant d'offensive, notamment (encore!) en raison de blessures. Saku Koivu devient le nouveau capitaine du club en remplacement de Damphousse, règne qui durera dix ans!

Compagnons sur le premier trio, Saku Koivu ne dispute que 24 matchs et Brian Savage, 32. Koivu avait 21 points et Savage, déjà dix-sept buts, au moment de leurs blessures respectives.  En fait, les blessures sont l'histoire de la saison 1999-2000 du Canadien de Montréal,  l'équipe voyant plus de 500 matchs ratés par ses joueurs pour cette raison! Outre Koivu et Savage, Trevor Linden, Patrice Brisebois et Benoît Brunet manqueront au moins trente matchs chacun.

Manquant de punch offensif, le club voit son meilleur marqueur finir sous la barre des 50 points pour une deuxième année de suite, Rucinsky terminant avec 49.  Malgré tout, l'équipe s'accroche, surtout grâce à de belles saisons devant le filet du jeune José Théodore (MBA 2,10 et % de .919) et de Jeff Hackett (MBA 2.40 et %  de .914). Deux joueurs atteignent les vingt buts, Rucinsky avec 25 et Zholtok avec 26, un sommet en carrière pour le centre letton! 

12ème au classement de sa conférence en Janvier, le Canadien rebondit en Mars et réussit même à se classer temporairement au huitième rang dans l'Est. L'équipe arrivera malgré tout à court en fin de saison, ratant les séries par deux petits points (avec 83), au profit des Sabres de Buffalo. Malgré cette saison difficile, la LNH reconnaît le travail d'Alain Vigneault alors qu'il est en nomination pour le trophée Jack-Adams, remporté finalement par Joël Quenneville, entraîneur des Blues. 

SAISON 2000-2001

Éternels optimistes, les fans du Canadien regardent la saison à venir avec espoir. Encore une fois, les blessures éxagérées de la saison précédente ont faussé les données, croyait-on. On s'attend à voir Koivu en forme toute la saison et Brian Savage marquer enfin les trente buts qu'on le croyait capable de marquer sur une saison complète.

Les gardiens ont encore été superbes l'année d'avant et il n'y avait aucune raison de croire que l'équipe ne se relèverait pas, surtout après sa bonne fin de saison quelques mois plus tôt à peine!

C'est plutôt le contraire qui s'est produit. Le 18 Novembre 2000, le Canadien subit une dégelée de 6-1 à domicile contre les Leafs pour porter sa fiche à 5-13-2 après vingt parties. L'état-major du CH remercie le DG Réjean Houle et l'entraîneur Alain Vigneault, pourtant pressenti pour le trophée du meilleur entraîneur quelques mois avant à peine. Ils sont remplacés par André Savard et Michel Therrien, respectivement.

Le nouveau DG André Savard tente de secouer l'équipe à la mi-saison et échange Trevor Linden et Dainius Zubrus à Washington en retour de Richard Zednik et Jan Bulis, de jeunes ailiers qui seront utiles aux Canadiens durant quelques saisons.  Malheureusement, rien ne pourra sauver cette saison perdue.

L'équipe jouera un peu mieux sous Therrien, mais en-dessous de .500 néanmoins. Bien sûr, elle ratera les séries avec ce qui demeure son pire total de points dans une saison depuis qu'elle durent au moins 74 matchs, avec un pauvre total de 70 points, bon pour le 24ème rang dans la Ligue. Qui plus est, ils sont devancés au classement par les Blue Jackets, qui amassent un point de plus, à leur première saison d'existence dans la LNH!

Pour une troisième année de suite, l'attaque peine à produire, aucun joueur ne terminant au-dessus de la barre des 50 points. Les blessures affligent encore les meilleurs éléments de l'équipe. Jeff Hackett ne dispute que 19 parties, Koivu manque 28 matchs, tandis que Brian Savage en manque 20.  Seul point positif : la tenue de José Théodore durant cette saison difficile, qui mettra le ton à quelques saisons du cerbère comme gardien numéro un de la Sainte-Flanelle.

Ainsi donc, pour la deuxième fois de son histoire, de 1999 à 2001, le Canadien de Montréal ratait les séries trois ans de suite. Pour la première fois depuis des lustres, le Centre Molson n'était pas rempli à chaque match, même qu'il ne faisait pas salle comble la majorité du temps, surtout lors des deux dernières saisons de ce supplice.  

Après la saison 2000-2001, l'équipe est achetée par George Gillett (à 80.1%), investisseur américain qui se porte également acquéreur de 100% du Centre Molson.  L'homme du Colorado voulait redonner aux Canadiens leurs lettres de noblesse,  mais les années 1999 à 2001 ont été marquées par les blessures, et une transition malaisante du club vers d'autres leaders après près d'une décennie durant laquelle le CH n'avait gagné qu'une ronde de séries.

Habitués de voir leurs préférés se battre pour les grands honneurs, les fans devinrent cyniques, découragés. Mais heureusement pour eux, la séquence s'est terminée l'année suivante, alors qu'en 2002, le CH revient en séries! Après l'affront des trois saisons précédentes, il était clair que l'équipe ne se permettrait plus jamais d'aller à la dérive comme elle venait de le faire!

Ou peut-être que....?

* En raison du COVID-19 et de toute l'incertitude entourant la fin de la saison actuelle de la LNH, le troisième billet de cette petite série sera remis à plus tard, lorsque d'autres confirmations seront émises par la LNH quant à la fin de sa saison.  *