À chaque année, au croisement hiver-printemps et été-automne c'est la fin d'une saison de course pour les athlètes de sports motorisés... mais aussi le début d'une autre pour certains!


C'est à ce moment précis que mes fils d'actualités Facebook et Instagram regorgent tout azimuts d'engins à moteurs. Tant ceux qui se meuvent sur terre, sur neige que sur glace. Un joli capharnaüm où s'entremêlent les  - Félicitations, belle saison! et les -J'ai hâte que ça commence!

Chaque année, ça me scie en deux. Ça me fascine littéralement de voir à quel point un passionné peut être passionné 365 jours par année. À quel point la ligne est parfois mince entre la passion et la dépendance pour un sport. "Pas l'temps de niaiser" comme dirait l'autre: on sert la moto ou le VTT dans le garage et on prépare la motoneige pour les premiers entrainements hivernaux.


TROUVE-TOI UNE VIE !

À mes débuts dans ce monde des courses, je me rappelle avoir pensé quelques temps que ces coureurs n'avaient pas de vie. Oui, j'assume j'ai déjà moi aussi eu ce préjugé!

D'un point de vue extérieur, pas de vacances, pas de fin de semaine sur le patio avec la famille, les amis, pas de roadtrip en Gaspésie pour aller prendre le large ça semble extrême et pathétique.

Avec les années j'ai compris que j'avais tort.

Ces passionnés, de quelques horizons qu'ils soient, sont à la fois en voyage, en roadtrip, en camping, sur le patio et avec leur famille et amis à chaque weekend! Une grande famille dans laquelle ils sont parfois beaucoup plus heureux qu'on puisse le croire vu de l'extérieur. Je dirais même que ces familles mordues de paddocks, sont parfois tissées beaucoup plus serré que la moyenne... croyez-moi!


Quand tu as grandi dans une remorque de course et les estrades, elle est souvent LÀ ta vraie famille! Ceux qui te comprennent, ces mêmes qui ne te jugent pas et pour qui tu n'est pas un imbécile de dépenser ta paie sur  une piste. Ils sont là tes repères, tes joies, tes peines, mais il est surtout ton bonheur.

 

 

Le milieu des courses est une grande famille, souvent tricotée très serré!Source: Michel Brault
Légende: Le milieu des courses est une grande famille, souvent tricotée très serré!

KEEP CALM

Mais pourquoi ce besoin d'adrénaline, cette dépendance aux courses? J'ai demandé à un professionnel, Jérôme Gosh, Maître en psychologie, de démystifier avec moi ce plaisir qui est encore un peu mystérieux pour moi!  Bien des détails définissent une dépendance, mais dans le domaine sportif il me le résume ainsi:

"La dépendance au sport est depuis quelques années reconnues comme une dépendance au même titre que la drogue ou le sexe, la boisson ou le jeu. Le malade, puisqu'il s'agit bien de cela, ressent un besoin compulsif et irrépressible de pratiquer son sport, malgré les blessures et les souffrances qui en découlent. Ils / elles y trouvent un sentiment de bien être malgré tout cela!" explique-t-il.

On se calme! Ce n'est pas parce qu'on est passionné d'un sport qu'on est systématiquement "malade"! La ligne à ne pas franchir justifie Gosh, c'est l'obsession. Que vous soyez amateur ou professionnel, il faut que la notion de plaisir dans la pratique de votre sport reste présente malgré la possible dépendance, sinon ça peut être dangereux.


Cette dépendance, ce besoin de drogue que sont les hormones et autres neuromédiateurs naturels produits par son organisme : endorphine, dopamine, adrénaline, se développe graduellement comme n'importe qu'elle autre dépendance, et SURTOUT, à notre insu! Selon Gosh, cette dépendance peut même se manifester chez le spectateur, qui lui, y retrouvent des sensations fortes et la même production d'hrmones, mais d'une autre façon.

Le psychologue américain Marvin Zuckerman a été le premier à étudier la recherche de sensations fortes et a réalisé certais "patterns" au fil du temps chez mordus de sensations fortes. La combativité est améliorée, les réflexes et la vigilance sont accrus  et la sensation d'être beaucoup plus fort, aussi bien physiquement que mentalement se manifeste rapidement.

Le problème, s'il en est un, c'est qu'après avoir reçu cette "dose" d'adrénaline, le dépendant au sport ressent souvent un énorme "vide" intérieur sur plusieurs aspects. En réaction à ce "vide",  la boucle de ses besoins les plus rock'n roll redémarre de plus belle! Comme si les 4 jours de la semaine de retour à la maison devienaient en quelque sorte un severage!

Devinez quoi? Chez certaines personnes, la dépendance à la récompense (podium, applaudissement) ou le fait de persévérer dans une action malgré des effets adverses à court terme (mauvais résultats, échecs, etc) peuvent même être des éléments initiateurs à développer une dépendance.


Vous a-t-on déjà dit que vous étiez un "grand enfant" parce que vous pratiquiez un sport motorisé? Selon le modèle de Cloninger, l'activité sportive de l'adulte est considérée comme une des manières de prolonger le jeu d'enfant vers l'âge adulte. Ah toé mon grand ados!

Bref, reconnaissez-vous un peu l'adrénaline junkie en vous?

Si j'avais envie d'assoiffer ma curiosité sur le sujet, c'est que j'ai une admiration sans bornes pour ces athlètes qui ne jurent que par leur sport et en font une raison de vivre. Déterminer son horaire de la semaine, ses sorties, son budget, son alimentation, ses vacances et bien d'autres concessions pour vivre à fond sa passion, c'est pour moi un signe de volonté incroyable.

Comme disait mère quand je passais mon temps au skatepark à l'adolescence;
-Pendant qu'il est sur son skate, il n'est pas en train de devenir un voyou!

 

C'est de génération en génération qu'on grandit dans un paddockSource: Éric Martin
Légende: C'est souvent de génération en génération qu'on grandit dans un paddock