Il veut courir de Vancouver à Montréal ! Ouf !

 « Ne croyez jamais que ce genre de défi est insignifiant. J’ai un trésor de l’autre côté de l’arc-en-ciel qui m’attend ! ».

 Convaincu, Patrick Michel vous regarde droit dans les yeux.

 Il aura 52 ans le 22 novembre. Né à Montréal, il a étudié en France à cause de ses parents et est rentré au bercail, il y a 30 ans. Il y a 11 ans, il venait à peine de franchir 10km que déjà, il s’imaginait traverser le pays à la course à pied !

 Puis, un matin, il y a deux ans, il s’est levé pour se dire: « C’est là que ça se passe ! » Rapidement, il a entamé un processus pour vérifier si physiquement, il disposait des capacités nécessaires. Une journée au hasard, il est parti courir 100km consécutifs. C’était réglé. Puis, il a voulu participer à l’ironman de Tremblant sauf que deux semaines avant l’événement, il s’est fracturé deux orteils dans un nid de poule à Montréal ! Il a guéri et deux mois plus tard, il a planifié son propre ironman.

 

Quand Patrick a une idée dans la tête, rien ne peut l'arrêter.

 

Directeur de produits pour la compagnie D-Box, celle qui conçoit les fauteuils qui bougent dans les cinémas, il a remis sa démission, il y a trois ans. « Je faisais des rêves récurrents. Il importait pour moi d’agir contre les abus envers les enfants, la violence verbale dont il fut lui-même victime. « J’ai grandi dans une famille comme si la violence représentait la façon de faire. J’utiliserai tout mon talent pour activer la sensibilisation envers cette cause. »

 Jusqu’à présent, il passe par les médias sociaux pour la promotion. « Assurément, je vais courir et terminer le projet. Depuis huit mois, je m’entraîne cinq jours sur sept et en octobre, j’irai jusqu’à sept jours semaine. Je devrai courir 84km par jour pendant deux mois. Je suis capable », répète-t-il sans cesse.

 Physiquement, il sera prêt. Pour le mental, il croit que cette facette se bâtira graduellement. Il a couru lors de grands froids, de grosses chaleurs et éventuellement, il partira courir après 24 heures sans dormir. Il tente de dénicher un commanditaire majeur, ce qui lui permettrait de structurer une équipe qui l’accompagnerait. Au moment de notre rencontre, il attendait une réponse. Si ça ne fonctionne pas, il le fera en solitaire.

 

Voilà le premier d'une série de défis incroyables qu'il s'est fixés.

 

« Le danger se retrouve particulièrement dans les Rocheuses, une distance de 1135km jusqu’à 2,000 mètres d’altitude. Les grizzlis et les chats sauvages deviennent menaçants. Je ne peux rien contrôler là-dessus mais tu ne peux pas vivre ta vie avec la peur, tu dois garder la tête froide », explique le père de Thomas, 21 ans et Laurent, 17 ans, qui vit séparé depuis plusieurs années.

 Dans sa famille, on le qualifie d’irresponsable, qu’il court vers une crise cardiaque ! « Rien n’a jamais été positif. Mes parents m’ont fait détester le sport. À une époque, j’ai cessé la pratique pour obtenir la paix de leur part. Aujourd’hui, je désire envoyer le message que l’on peut devenir en forme. On doit chasser l’humiliation, l’intimidation en démontrant que nous sommes en mesure de réaliser un exploit supposément impossible. »

 On ne peut reprocher à Patrick de ne pas se commettre. « Et si mon geste ne vous inspire pas, je me demande ce qui pourrait le faire. » D’après lui, plus de trois millions d’enfants souffrent de cet état à travers la planète.

 

Il ne se met jamais de pression pour courir. S'il n'a pas le goût pour une certaine période, il ne s'en fera pas outre mesure.

 

Il admet qu’avant de courir, il a frôlé le suicide. « Je me souviens qu’à l’école, on me punissait pour mon indiscipline. On me faisait courir. J’adorais. Il s’agit de la thérapie la moins onéreuse au monde. L’unique geste sans que je ne débourse un sou, qui me rendait de bonne humeur était de courir. Depuis, je ne suis plus la même personne. Je suis plus heureux, plus ouvert, je dispose d’une vie plus détendue. La course à pied représente mon médicament. Il ne s’agit pas d’une généralité mais dans mon cas, ça fonctionne. »

 Patrick aspire s’impliquer envers les causes sociales pour la balance de sa vie. « On doit se mobiliser. On ne le fait pas assez. Je veux agir. Je crois que par mes gestes, les gens arriveront à s’identifier facilement, à se reconnaître », poursuit celui qui devrait entamer son périple le 1er juin 2019 et franchir la distance avec des étapes de 21km.

 Il avoue que sa vie doit nécessairement comporter des défis. Après celui de Vancouver-Montréal, il veut franchir le Tour de France à la course à pied, ce qui totalise 3,500km. Puis, battre le temps du coureur qui est parti d’un pôle à un autre, un trajet de 15,000km, trois fois celui de Vancouver-Mtl. « Je dois réussir le premier afin de me permettre les deux autres », tient-il à souligner.

 

Pour lui, la course à pied ne doit pas devenir une obsession.

 

Avec de telles distances en tête, Patrick doit se surveiller. « Il ne faut surtout pas que le tout devienne une addiction, une obsession. Je cours parce que je le veux et non parce que je dois courir. Je ne deviens pas malheureux si je ne cours pas pendant deux semaines. Je n’ai plus besoin de travailler cette facette. Et puis, personne n’est décédé après avoir couru 100 milles ! »

 Conscient que plusieurs hommes de son âge vivent avec déjà un pied dans la tombe, il en déduit que son code de travail lui est profitable. « Aujourd’hui, on a toujours une bonne raison pour rester inactif. C’est devenu pratiquement notre sport national ! »

 Il estime entre 60 à 70 jours pour franchir la distance Vancouver-Montréal.