PS : Veuillez prendre note que cette entrevue a été réalisée quelques jours avant le début du confinement.

 

Dans sa tête, ils étaient hot ceux et celles qui couraient !

Née à Saint-Calixte, Annie Turbide, 43 ans, ignorait tout du monde de la course à pied. Mariée depuis 25 ans avec Alain Alphonso, ce dernier est un adepte de vélo. En 2008, il relève un défi lancé par son ami, de courir un 21km. Ils choisissent Ottawa. Annie voit un beau week-end de vacances dans sa mire.

 En touriste, elle regarde les gens qui courent et s’aperçoit que malgré des handicaps chez certains, ça ne les empêche pas de faire acte de présence.… même avec un bras dans le plâtre !

 Le lendemain, l’une de ses amies lui annonce qu’elles sont inscrites au demi-marathon de Québec d’ici quelques mois. « D’un poteau de téléphone à l’autre, j’ai réussi à courir un maximum de 12 km avant de me présenter sur la ligne de départ. » Sous une chaleur accablante, elle démarre le fameux 21km en tapant toutes les pancartes qui indiquaient les kilomètres et en blasphémant ! À la fin, elle déclare : « Je déteste courir, plus jamais ».

 

Annie et ses trois enfants, de gauche à droite, Williams, Ophélie et Esteban.

 

Foutaise ! Car en 2013, elle participera au marathon de Montréal et se souviendra d’avoir dépassé Georges Laraque qui souffrait le martyre.

 Toutefois, lors d’une autre course, elle assiste au décès d’un coureur ce qui la pousse à voir un médecin, inquiète de son rythme cardiaque trop élevé. « Je me retrouvais parfois à 200 battements par minute !». Il lui conseille d’éviter les longues distances. De retour à la maison, elle jette sa montre et décide que dorénavant, elle n’écoutera que son corps.

 Personne ne croyait qu’elle allait courir son marathon qu’elle terminera en 4h45. « Je l’ai fait la tête libérée ». Mère de trois enfants, Williams, 21 ans, Ophélie, 18 et Estéban, 16, elle se souvient s’être dit lors de son 42 km après son premier 21 km, dans l’embranchement au parc Lafontaine, qu’elle s’en allait du côté des hot !

 

La course à pied était devenue essentielle dans la vie d'Annie lorsqu'elle fut obligée de tout mettre de côté.

 

Au fil des années, elle s’aperçoit qu’elle excelle pour motiver les autres. Elle le remarque davantage lors de la distance Montréal-New York à relais qu’elle fait en 2015. Cependant, tout va basculer.

 Lors du 21 km d’Ottawa , Annie traverse l’épreuve avec distinction. Fière d’elle, au retour à la maison, elle s’installe sur le patio arrière de sa maison et sirote tranquillement une petite bière. Soudainement, elle souffre de maux de tête et de nausées. Cette intensité durera deux ans. Elle pouvait se taper quatre migraines par semaine pendant de nombreux mois.

 Inutile de dire qu’elle doit traverser une série de tests dans le but de découvrir la cause de cette indisposition. Elle ne veut pas abandonner la course à pied mais après une année, la voilà rendue au bout du rouleau. Antérieurement diagnostiquée d’un TDAH, l’absence de courir combinée à ses problèmes de santé affectent son caractère et son moral. Les chicanes avec son mari éclatent régulièrement et même les enfants commencent à lui taper sur les nerfs !

 

Lorsqu'elle a pris cette photo, Annie ne se doutait pas de ce qu'elle allait vivre à son retour à la maison.

 

Lorsqu’elle se présente chez le médecin, elle est désespérée et inclut à un certain moment le mot suicide pendant la conversation.

 Janvier 2019, elle apprend qu’un nouveau médicament vient d’être mis sur le marché. Il s’agit de l’Aimovig, dont la procédure d’injection est comparable à l’auto-injecteur EpiPen.  Après quelques semaines, elle commence à voir une différence. Les migraines sont de plus en plus espacées. Constatant un surplus de poids, elle se remet à marcher puis à courir de petits trajets. Elle vit une renaissance.

 Annie n’a jamais su officiellement l’origine de son mal. Lors de son plus récent IRM, on lui a dit qu’elle souffrirait peut-être d’arthrose au niveau cervical. Avec la perte de son neurologue pour la retraite, elle se retrouve en attente ce qui l’incite à jouer de prudence dans sa relance.

 

Son mari Alain Alphonso fut d'un énorme appui pour Annie afin de traverser cette mauvaise séquence de sa vie.

 

« Les médecins m’ont dit que la course ne m’aidait pas. Voilà pourquoi je reste indécise. Je remonte la pente et je suis tellement bien actuellement. Je ne voudrais pas revivre ce cauchemar. »

 On peut imaginer que la course à pied contribuait à ralentir la cadence du petit hamster dans sa tête. Celle qui a travaillé 15 ans en éducation spécialisée œuvre maintenant pour la compagnie familiale en graphisme, propriété de son mari.

 

Elle a commencé à crier victoire.

 

Remplie d’espoir, elle voit arriver le printemps. Elle fourmille. Il y a aussi ses deux hernies discales qu’elle doit contrôler.

 Le retour sera progressif, on s’en doute bien. Aucune date, aucun moment en particulier, rien pour la brusquer car pas question qu’elle ajoute de la pression. Consciente de ses faiblesses, elle reviendra dans la plus grande sagesse.

Quand le sourire revient !