3 septembre 2016. Quelques larmes de tristesse et de déception, mais aussi de gratitude, coulent sur le visage de Vanessa Riopel. La nostalgie s’empare d’elle alors qu’elle se contente de regarder sur internet ses coéquipières défendre les couleurs du Canada à la Coupe du monde de baseball, en Corée du sud. Rapidement s’efface toutefois ce chagrin lorsque son regard se pose sur son fils né deux semaines plus tôt et qui, paisiblement, dort au creux de ses bras. 

Elle voulait y aller. Elle avait besoin d’y aller. Elle se faisait un devoir de venger cette cuisante défaite subite aux mains des Américaines un an plus tôt dans le cadre des Jeux panaméricains à Toronto. Un heureux événement est cependant venu chambouler ses plans. Sa conjointe a donné naissance à leur premier enfant, le 22 août de la même année.

« Quand j’ai annoncé à mon entraîneur que je ne venais pas en Corée, j’avais le cœur gros, j’avais une sincère envie d’y aller, j’avais peur de ne plus jamais y retourner. Était-ce la fin de ma carrière ? Qui suis-je sans baseball ? Je me questionnais sans cesse… » confie l’athlète de 28 ans. 

Bien que cette Coupe du monde aurait été sa dernière et qu’elle s’était entrainée avec acharnement pendant plus d’un an pour laisser son sport sur une note positive, aucune hésitation n’a traversé son esprit lorsqu’est venu le temps de demeurer à la maison auprès de sa famille. 

Dur échec

Vanessa avait une bonne raison de vouloir absolument défendre l’unifolié lors de cette Coupe du monde en Corée. L’année précédente, elle était lanceuse partante pour le Canada lors de la finale des jeux panaméricains, une chance inouïe de donner la médaille d’or à son pays. « Quand nous avons appris que le baseball féminin ferait partie des Jeux Panaméricains en 2015, je me suis mise à m’entraîner chaque matin et visualiser chaque soir que je lancerais la finale contre les américaines. Que j’allais tout donner pour aider mon équipe à remporter l’or et clore ma carrière ainsi. C’était un rêve devenu réalité. »  

Malheureusement pour elle, les Américaines étaient bien préparées et ont décidé de lui faire passer un mauvais quart d’heure dès la première manche. « Je ne comprends pas ce qui s’est passé… Je me sentais tellement prête pour cette rencontre. J’étais au sommet de ma forme physique et mentale », ajoute-elle. Ses adversaires frappaient littéralement tout ce qui se dirigeait vers le marbre et ce, sans pitié. Elle n’avait plus aucune réponse aux frappes récurrentes de nos voisines du sud. 

« Dans un match pour la médaille d’or, tu ne peux pas te permettre d’être patient. J’ai pris la décision de la retirer du match en 1remanche. Elle en avait une mauvaise dans le système. Elle était prête, son entraînement avait bien été et sa confiance était là. Je ne sais pas trop ce qui s’est passé », confie son entraineur André Lachance, qui l’a dirigée pendant toute sa carrière au sein de l’équipe nationale. 

« Vanessa est une leader incroyable. Après avoir été retirée de cette finale, elle est revenue sur le banc pour encourager ses coéquipières, malgré ce sentiment de les avoir abandonnées », rajoute son entraineur. Les Canadiennes ont été dans la partie pendant la majorité du match, mais se font inclinées par la marque de 11 à 3. 

 « J’y repense tellement souvent. Je ne pense pas être capable de passer par-dessus un jour. Ça ne fait pas longtemps que j’en parle sans être émotive », ajoute celle qui a participé à 11 championnats canadiens de baseball. 

Difficultés supplémentaires 

Vanessa est née avec une malformation au pied gauche, un pied-bot pour être plus exacte. Lors de sa première année de vie, elle a dû porter un plâtre. Cette difficulté ne l’a toutefois pas découragée, bien au contraire!  « C’était presqu’un avantage pour moi. C’est mon pied sur lequel je retombe à la fin de mon lancer. Étant donné que ma jambe est plus courte, c’était comme si, pour moi, le monticule était plus incliné, ce qui m’avantage au niveau de la mécanique du lancer. »

En plus de cette malformation, Vanessa est plutôt petite pour une athlète, autant sa grandeur que son gabarit, ce qui lui a donné quelque peu du fil à retorde.« J’étais trop petite, c’est ça qui a été mon plus gros défi. Lors des saisons mortes, il fallait que je travaille fort pour prendre de la masse au lieu d’en perdre. Le transfert de poids est possiblement l’élément le plus important pour un lanceur, il fallait que je mette les bouchées doubles », soutient-elle. 

Pour son entraineur, le fait que Vanessa soit plus petite que la majorité des autres athlètes a forgé son caractère ainsi que sa détermination. « C’est une fille super combative! Ce n’est pas la plus grande, ni la plus forte, mais elle se démarquait par son assurance et surtout par sa témérité qui faisaient en sorte qu’elle ne pensait jamais qu’une fille pouvait la battre en raison de son physique », affirme-t-il.

Un retour à la compétition ? 

La Coupe du monde de 2016 à Busan, en Corée du Sud, aurait été le point final d’une brillante carrière parsemée de hauts et de bas pour Vanessa Riopel.  Avec une prestation digne de ses habiletés et de son caractère, elle aurait certainement pu laisser un message fort au monde du baseball. 

« Wilson est un cadeau de la vie, je l’adore, mais j’ai ce petit goût amer de ne pas pouvoir avoir joué lors d’une dernière Coupe du monde... On dirait que je n’haïrais pas ça avoir la chance de porter l’uniforme canadien une dernière fois », confie celle qui travaille maintenant comme kinésiologue et coordonnatrice des activités socioculturelles au Collège Clarétain de Victoriaville.

 Bien que rien ne soit impossible, Vanessa est consciente qu’avec maintenant trois enfants et un emploi à temps plein, il ne sera pas de tout repos d’être en mesure de s’entrainer adéquatement pour la Coupe du monde de 2020. « Ça va être difficile, mais j’aimerais tellement ça! »

 « Je rêve souvent que je reporte les couleurs du Canada, je suis sur le monticule, j’approuve le choix du lancer de ma receveuse… Et avant de lancer pour la finale de la médaille d’or, je jette un petit coup d’œil aux trois petits qui me regardent avec fierté, de l’autre côté de la clôture : Wilson, Maverick et Romy », conclue avec émotion la mère de famille. 

En bref… 

Vanessa Riopel c’est : 

11 Championnats canadiens de baseball de 2004 à 2015

8 ans avec l’équipe canadienne de 2007 à 2015

3 Coupes du Monde 2010 – 2012 – 2014 

1 saison en Australie en 2011

1 participation aux Jeux panaméricains en 2015 

1 médaille d’argent aux jeux panaméricains

1 médaille de bronze à la Coupe du monde d’Edmonton en 2012

 

Mais surtout, 

Trois beaux enfants en santé et une belle famille unie.  

 

Aucune sortie publique n’a été faite pour annoncer officiellement sa retraite… La porte est donc bien ouverte à un éventuel retour au jeu et qui sait, venger cette défaite aux mains des Américaines!