La carrière de Nick Foles à Philadelphie est terminée. Le joueur le plus utile du Super Bowl LII pourra se prévaloir de son statut de joueur autonome le 13 mars. La situation est similaire à celle de la Nouvelle-Angleterre au début des années 2000. Mais les Patriots avaient choisi le quart-arrière gagnant du Super Bowl, puis échangé celui aux qualités athlétiques. En faisant l’inverse, est-ce que les Eagles prennent la bonne décision?

Après des mois de discussions, de rumeurs et d’évaluations, le vice-président exécutif des opérations football, Harry Roseman, a annoncé mercredi aux médias que les Eagles ont choisi de poursuivre leurs opérations sans Nick Foles. En surface, la décision semble facile à prendre. Mais la réalité est bien différente. Wentz, le second choix au total lors du repêchage de 2016, juste derrière Jard Goff, a tout ce qu’il faut pour gagner. Le physique, la mobilité, la précision, un bras puissant, tout est là. Sa durabilité est le seul aspect négatif à son dossier. Pour les Eagles, l’avenir sera plus rose avec Wentz. La direction estime que l’équipe pourra compétitionner avec Wentz pendant plusieurs années.

Du côté de Nick Foles, la description n’est pas aussi éloquente que celle de Wentz. Il n’est pas celui qu’on voit régulièrement dans les montages de fin  de soirée, ou dans les meilleurs moments de la semaine. Cependant, il gagne des matchs. Et Foles a gagné de très gros matchs depuis la fin de la saison 2017, alors que Wentz était à l’écart du jeu. Il a mené son équipe aux éliminatoires à deux reprises, et jusqu’au Super Bowl l’année dernière. Il semble avoir ce petit quelque chose qui fait en sorte que ses coéquipiers croient en lui. Il s’agit probablement de l’aspect le plus sous-estimé chez un quart-arrière dans le football d’aujourd’hui, où la puissance du bras dicte bien souvent les décisions des équipes.

Le débat Wentz-Foles nous rappelle un autre scénario, étrangement similaire. Après avoir remporté le Super Bowl XXXVI en février 2002, la Nouvelle-Angleterre devait faire un choix. Mais si les Eagles ont choisi le talent, les Patriots avaient préféré le quart-arrière gagnant. À l’instar de Wentz, Drew Bledsoe possédait les attributs physiques du quart-arrière de concession. Il n’avait que 29 ans. Mais Comme Bill Belichick a déjà indiqué en entrevue, la direction des Patriots avait vu quelque chose de spécial en Tom Brady. L’ancien porte-couleur de l’université Michigan en était à sa deuxième année, mais démontrait déjà les aptitudes d’un meneur. Il n’avait pas le «bras canon» de Bledsoe, ni sa mobilité et encore moins son physique. Mais comme Foles au cours des deux dernières saisons, la force de Brady était ailleurs. La décision des Patriots allait changer à jamais l’histoire de la NFL.

Drew Bledsoe, Tom Brady (12)Source: AFP/Getty Images
Légende: Drew Bledsoe, Tom Brady (12)

Le choix des Patriots est perçu aujourd’hui comme un des moments marquants dans l’histoire de la NFL. L’équipe avait opté pour un quart-arrière gagnant, armé d’un sang-froid hors du commun dans les moments corsés. Il sera intéressant de voir maintenant si les Eagles vont progresser selon le plan établi avec Wentz. Dans une ville où le Père Noël a déjà été hué, Wentz devra conduire son équipe au Super Bowl, rien de moins. Il devra produire pour éviter d’être critiqué par les partisans, et remis en question par ses coéquipiers.

En d’autres mots, Carson Wentz est condamné à gagner le trophée Vince Lombardi. Les supporteurs des Eagles ont vu Nick Foles remporté le Super Bowl, et vont s’attendre au même résultat avec Wentz. Si ce dernier croyait avoir ressenti la pression des amateurs à son année recrue, la situation pourrait s’aggraver rapidement s’il ne peut répondre aux attentes; et ce dès septembre prochain. Il pourrait se rendre compte que l’enfer sur Terre existe, et qu’il se trouve au Lincoln Financial Field, domicile des Eagles.