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MONTRÉAL - Porter l’uniforme rétro qui rappelle les couleurs des Nordiques de Québec un soir où le fils du grand Peter Stastny fait escale au Centre Bell ouvrait toute grande la porte à des railleries historiques.

 

Des railleries que Paul Stastny s’est assuré d’attiser en marquant deux des quatre buts de son équipe. Quatre buts enfilés par les trois Québécois des Jets puisque Mathieu Perreault et Pierre-Luc Dubois ont complété le pointage.

 

Bien qu’il ait maintenant perdu les quatre matchs qu’il a disputés dans son uniforme qui rappelle celui de ses ennemis jurés de Québec, la couleur du chandail n’a rien à voir avec le fait que le Canadien s’est fait battre par les Jets jeudi.

 

Que non!

 

Le Canadien a perdu parce qu’il a une fois encore été incapable de rivaliser avec le talent, la vitesse et la fougue déployés par son adversaire une fois le match en prolongation.
 

Comme il l’avait fait pas plus tard que samedi dernier, à Winnipeg, Paul Maurice a misé sur ses forces pour amorcer la 61e minute de jeu en envoyant trois attaquants sur la patinoire.

 

Mark Scheifele, Blake Wheeler et Paul Stastny n’ont pas réglé le cas du Canadien en 36 secondes, comme Stastny l’avait fait samedi dernier. Même que le Canadien s’est offert deux très bonnes occasions de marquer sur les quatre tirs qu’il a obtenus.

 

Mais parce que le Canadien s’est entêté à miser sur des joueurs dont la vitesse est loin d’être au sommet de la liste de leurs qualités, il a encaissé une quatrième défaite consécutive cette saison en prolongation.

 

Et comme si cette fiche n’était pas déjà assez lourde à porter, il faut lui ajouter le poids des deux revers que le Tricolore a aussi encaissés en tirs de barrage.

 

Joel Armia, qui est très fort pour protéger la rondelle le long des bandes, mais très faible lorsque vient de temps d’ouvrir les valves pour gagner un sprint vers une rondelle libre ou pour venir à la rescousse de son gardien en zone défensive, a effectué deux présences en prolongation.

 

Lors de sa première – en compagnie de Tyler Toffoli qui n’est pas un marchand de vitesse non plus et de Jeff Petry qui est sans doute le meilleur défenseur du Canadien en situation de trois contre trois – Blake Wheeler a obtenu une très bonne occasion de marquer aux dépens de Jake Allen qui a été sensationnel en prolongation.

 

Lors de sa deuxième présence, Armia est entré en collision avec Jeff Petry en zone défensive. Une fois Armia et Petry sortis du jeu, Pierre-Luc Dubois a hérité d’une belle passe au centre de l’enclave. Et il a marqué avec 31 secondes à écouler en prolongation.

 

Dubois a inscrit son quatrième but en huit matchs avec les Jets qui ont maintenant gagné cinq fois en prolongation et perdu une fois en tirs de barrage lors des six matchs qui ont franchi les 60 minutes réglementaires.

 

« En arrivant au vestiaire au premier entracte, Mathieu (Perreault) m’a fait remarquer que j’étais le seul Québécois qui n’avait pas encore marqué », a blagué Dubois qui a maintenant enfilé sept buts et récolté dix points en 12 rencontres face au Canadien en carrière.

 

Pourquoi Armia, Chiarot et Weber?

 

Lors des deux dernières défaites encaissées en prolongation aux mains des Jets, Joel Armia était sur la patinoire.

 

Pourquoi?

 

Une fois en prolongation, la vitesse et le talent priment sur toutes les autres notions du jeu alors que les deux clubs se retrouvent dans des situations de couverture homme à homme.

 

C’est d’ailleurs en tentant de suivre l’incursion au filet du joueur qu’il avait le mandat de surveiller (Kyle Connor) qu’Armia a fauché Jeff Petry. Nikolaj Ehlers a alors obtenu tout le temps et l’espace nécessaires pour compléter une passe à Dubois qui n’a pas raté sa chance.

 

« J’ai eu le rôle facile sur ce jeu. Nikolaj a très bien contrôlé la rondelle, mais il faut aussi réaliser à quel point la décision de foncer au filet de Kyle Connor a grandement contribué au but. Il ne touche pas à la rondelle, mais en piquant au but il a déstabilisé la défensive et provoqué le contact entre les deux gars du Canadien. C’est ça qui a ouvert le jeu. Sans la patience de Nik avec la rondelle et le changement de direction de Kyle, je n’aurais jamais eu la chance de marquer », a expliqué Dubois après la rencontre.

 

En plus des deux présences d’Armia, le défenseur Ben Chiarot a sauté deux fois sur la patinoire en prolongation. Le capitaine Shea Weber a aussi effectué un tour de piste.

 

Là aussi, on peut se demander pourquoi le Canadien a misé sur Chiarot et Weber qui ont beaucoup d’expérience, certes, mais dont le manque de vitesse les places dans des situations difficiles, voire très difficiles, à trois contre trois.

 

Que Jeff Petry ait obtenu trois présences va de soi. Il patine comme le vent en plus d’avoir de bonnes mains pour compléter des passes ou décocher de bons tirs.

 

Mais pourquoi préférer Chiarot et Weber à Alexander Romanov?

 

Oui Romanov est jeune et vert. Oui il commet des erreurs. Il s’est d’ailleurs rendu coupable d’une affreuse sortie de zone en première période. Mais une fois à trois contre trois, la vitesse de Romanov représente un atout dont le Canadien ne devrait pas se passer. D’autant qu’il a maintenant quatre revers à sa fiche. Romanov a la vitesse pour appuyer l’attaque et revenir en défensive si besoin est. Il a aussi les aptitudes offensives pour profiter de l’espace et du temps qu’offre le jeu à trois contre trois.

 

Derrière Petry et Romanov, Brett Kulak serait même plus en mesure de profiter du jeu à trois contre trois que Chiarot ou Weber.

 

Mais bon!

 

À sa deuxième prolongation depuis qu’il a succédé à Claude Julien, Dominique Ducharme a imité son vis-à-vis Paul Maurice en envoyant deux fois plutôt qu’une un trio d’attaquants lors de la prolongation. Paul Byron a effectué une longue présence qu’il a amorcée avec Nick Suzuki et Tomas Tatar et qu’il a complétée avec Jesperi Kotkaniemi et Tyler Toffoli.

 

L’entraîneur-chef avait toutefois un autre plan en tête.

 

« Je voulais envoyer le trio de Nick – avec Drouin et Toffoli en remplacement de Josh Anderson qui a raté une troisième partie jeudi – mais Jonathan n’était pas disponible parce qu’il avait des crampes », que Dominique Ducharme a expliqué.

 

Le nouveau coach a aussi convenu que les qualités premières des attaquants qu’il voulait envoyer dans la mêlée en prolongation étaient la vitesse et le talent. Des qualités qui devraient exclure Joel Armia de l’équation une fois en prolongation.

 

On verra ce qui arrivera lors de la prochaine…

 

Match en deux temps

 

Cette autre défaite encaissée en prolongation porte ombrage au fait que le Canadien a disputé une très solide deuxième période au cours laquelle il a d’ailleurs comblé le recul de 0-2.

 

Brendan Gallagher, en attaque massive, a inscrit le premier but. Tyler Toffoli a ensuite nivelé les chances.

 

Ces deux buts ont beaucoup plus récompensé l’effort déployé que la qualité des jeux effectués. Mais parfois, même souvent, en fait tout le temps, le combien est beaucoup plus important que le comment.

 

Sur le premier but, Corey Perry a échappé la rondelle alors qu’il tentait de la rabattre vers le filet pour surprendre Connor Hellebuyck. La rondelle a traversé l’enclave d’où Tatar a tiré. La rondelle a été bloquée, s’est retrouvée devant Gallagher qui a marqué.

 

Sur le deuxième, Toffoli a vu la rondelle dévier sur un de ses patins avant de déjouer le gardien des Jets qui a été victime d’un jeu similaire en fin de trois alors que Corey Perry a fait dévier avec sa jambe droite, une rondelle que Jonathan Drouin venait tout juste de faire dévier avec la lame de son bâton plus haut dans l’enclave.

 

Si le Canadien a démontré une belle force de caractère pour revenir de l’arrière à deux reprises, il a grandement contribué au fait de s’être retrouvé avec des reculs à combler.

 

En première période, le Canadien a été vraiment poreux en défensive.

 

Quinze secondes à peine après la mise en jeu initiale, Jonathan Drouin s’est rendu coupable d’un revirement à la gauche de son gardien. Campé dans l’enclave, Paul Stastny a reçu une rondelle qu’il n’attendait pas et a décoché un très bon tir. Allen a gardé son club dans le match.

 

Stastny s’est repris en ancrant la lame de son patin droit solidement devant Jake Allen pour faire dévier un tir anodin provenant du coin de la patinoire.

 

Venu en relève à Carey Price à qui on a donné congé jeudi malgré sa victoire aux dépens des Sénateurs mardi, Allen n’a rien pu faire sur le jeu.

 

D’ailleurs, bien qu’il ait accordé quatre buts sur seulement 27 tirs, on ne peut blâmer le gardien auxiliaire dans la défaite.

 

Il a été surpris par une belle feinte de Mathieu Perreault après que ce dernier eut reçu une passe parfaite dans l’enclave de la part de Tyler Toffoli.

 

Les Jets auraient pu ajouter au moins un autre but au cours de la première à la suite de mauvais jeu défensif du Canadien. Je pense entre autres au fait que Brendan Gallagher a levé le pied en repli défensif en fin de période offrant à Blake Wheeler une percée qui aurait pu être coûteuse.

 

En troisième, Allen n’a pas aidé sa cause sur le troisième but des Jets en effectuant une vilaine remise le long de la bande.

 

Cela dit, Shea Weber a raté cette rondelle en plus de se faire prendre à contrepied en sortie de zone. Résultat, Paul Stastny, encore lui, s’est retrouvé seul devant Allen qu’il a déjoué habilement avec un tir dans la lucarne au-dessus de l’épaule droite du gardien du Canadien.

 

Un brin de nostalgie pour Stastny

 

La finesse affichée par Stastny sur son deuxième but de la rencontre, son septième en 23 matchs cette année et son 257e en carrière (968 matchs) n’était pas sans rappeler celle de son père Peter.

 

Parlant des Stastny, Paul a souligné la surprise qu’il a eue de voir le Canadien sauter sur la patinoire du Centre Bell vêtu de bleu.

 

« Après le chandail hommage de l’Avalanche, c’était spécial de voir le Canadien avec des couleurs qui me rappelaient celles des Nordiques. Je me suis d’ailleurs fait cette remarque pendant l’hymne national. Je suis né à Québec, je connais bien sûr la rivalité qui a opposé les deux équipes. J’ai souvent été accompagné de mes parents quand je venais jouer à Montréal au début de ma carrière. C’est d’ailleurs ici – aux dépens de David Aebischer – que j’ai marqué le premier but de ma carrière. Je ne sais pas combien d’années il me reste dans la LNH, alors chaque fois que je viens ici, je veux en profiter », a commenté Paul Stastny après la victoire.

 

Entre les lignes

  • Le but de Brendan Gallagher – sont huitième de l’année et troisième en supériorité numérique – a permis au Canadien de marquer un quatrième but en huit attaques massives depuis qu’Alex Burrows a été promu derrière le banc en relève à Kirk Muller...
     
  • Le Canadien s’était contenté de quatre buts en 32 occasions au fil des 12 matchs qui ont précédé l’entrée de scène du nouveau responsable de l’attaque massive. Muller n’était sans doute pas le seul coupable comme Burrows n’est pas à lui responsable du renversement de situation, mais disons qu’il est facile de souligner que son impact est jusqu’ici positif...
     
  • C’était la cinquième fois jeudi que le Canadien amorçait un match avec un recul de 02 sur les bras. Il n’a pas encore gagné (0-3-1-1) en pareille circonstance...
     
  • Malgré la défaite, le Canadien a comblé un recul de deux buts dans un huitième match cette saison. Il n’a toutefois pas encore été en mesure de couronner ces remontées par une victoire (0-6-1-1).
     
  • C’est congé chez le Canadien vendredi. Le prochain entraînement sera dirigé en matinée samedi avant le quatrième affrontement en cinq parties face aux Jets...
     
  • Une fois ce court séjour de trois parties à la maison complété, le Canadien amorcera sa deuxième tournée dans l’Ouest canadien. Une tournée au cours de laquelle il effectuera des escales successives à Vancouver, Calgary et Winnipeg où il croisera deux fois chacun, les Canucks, les Flames et les Jets...