Qu’on soit encouragé par ce que le Canadien a accompli lors de la relance des activités de la LNH ou découragé parce qu’il a perdu ses chances de gagner la loterie Alexis Lafrenière, les dernières semaines ont permis d’en apprendre un peu plus sur le Canadien.

Et ce que l’état-major a appris permettra de prendre les meilleures décisions possible pour combler le vide qui séparent le duo composé de Carey Price et Shea Weber à celui de Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi.

La tenue de ces quatre joueurs depuis la reprise des activités dans la LNH est plus qu’encourageante pour le Canadien et ses partisans. Car bien que le temps commence à passer, voire à presser, pour les deux plus vieux et que les deux plus jeunes permettent de regarder l’avenir avec espoir, les performances du quatuor démontrent qu’ils sont encore et déjà en mesure de performer au présent.

Bilan de Marc Bergevin

Carey Price a fait taire ses détracteurs avec des performances sensationnelles contre les Penguins de Pittsburgh. Bien que ses statistiques soient moins éloquentes face aux Flyers, Price a fait plus que sa part pour permettre à son équipe de s’approcher à une petite victoire de pousser la série à la limite des sept parties.

Weber? Le capitaine n’a peut-être plus la vitesse qu’il a déjà eue – il n’a jamais été un marchand de vitesse anyway –, mais il a fait honneur au qualificatif de «montagne humaine» dont l’ancien coach Mike Babcock l’a toujours affublé.

«Webby (Shea Weber) et Pricy (Carey Price) ont démontré qu’ils sont encore à l’apogée de leur carrière. Je sais que certains en doutaient, mais tout le monde au sein de notre organisation savait qu’ils étaient encore des atouts de premier plan. Shea est un leader imposant sur et hors de la patinoire. Tu ne deviens pas un leader comme ça, tu nais avec des qualités de leader comme les siennes. Ces deux gars-là sont essentiels pour les succès de notre équipe. Ils seront avec nous encore longtemps, mais ils quitteront un jour. Ce qu’ils apportent à notre équipe a une valeur qui va toujours rester au sein de notre organisation», a défilé Marc Bergevin.

Avec ce genre de louanges, il me semble clair que Price et Weber sont à Montréal pour y rester. Suzuki et Kotkaniemi viennent de débarquer.

Gallagher, Danault et les autres…

À quoi ressemblera le reste de l’équipe?

La question mérite d’être posée et quelques joueurs nous ont offert des pistes de réponses avec les performances offertes au cours du dernier mois. Qu’elles soient bonnes ou mauvaises.

Brendan Gallagher est lui aussi à Montréal pour y rester. Opéré vendredi soir à Toronto pour sa fracture à la mâchoire, Gallagher a déjà mis le cap sur Vancouver au lieu de rentrer à Montréal avec le reste de l’équipe. Il sera remis sa cette blessure et de la blessure à la hanche subie dans la série contre Pittsburgh qui l’ennuyait pas mal.

«Vous connaissez Brendan. Rien n’allait l’empêcher de jouer», a indiqué Marc Bergevin dans son bilan des séries.

Ajoutez au nom de Gallagher, ceux des Phillip Danault, qui deviendra encore meilleur maintenant qu’il se retrouvera au centre du troisième trio, Joel Armia, Artturi Lehkonen, Paul Byron qui demeure un bon joueur de soutien, Jake Evans qui devrait faire le saut avec le Canadien pour de bon l’an prochain à la liste des attaquants qui seront sans doute de retour.

Jonathan Drouin?

Bien que mal aimé par de plus en plus de partisans qui lui reprochent un manque de constance sur la patinoire et un détachement hors de la glace, il devrait être là lui aussi. Surtout qu’en dépit des critiques qui l’affublent, Drouin a récolté plus que sa part de points en séries.

Vrai qu’il n’affichera jamais la fougue d’un Gallagher, mais il demeure un patineur rapide et un joueur talentueux qui peut exploser n’importe quand. La complicité qui semblait en voie de s’installer avec Nick Suzuki pourrait être salutaire pour Drouin et du coup pour le Canadien et ses partisans.

Domi et Tatar trop effacés en séries

Au chapitre de déceptions, le nom de Max Domi vient tout en haut de la liste.

« Tatar a eu des séries difficiles »

Après une première saison de 28 buts et 72 points avec le Canadien, Max Domi s’est effacé cette année. Pas juste au chapitre des statistiques (17 buts, 44 points), mais aussi en matière de leadership alors qu’on n’a jamais vraiment senti ce joueur pourtant capable d’être fougueux avoir envie de s’imposer sur la glace ou dans le vestiaire.

Il avait une occasion en or de se reprendre en séries. Cette occasion, il l’a bousillée. Bon! Est-ce que c’est son «confinement» au sein du quatrième trio qui a miné ses chances ou simplement son manque de conviction sur la patinoire qui l’a poussé tout en bas de la formation offensive du Canadien?

Son match de trois passes après que Kirk Muller l’eut promu avec Drouin et Kotkaniemi a donné l’impression qu’il avait été victime d’une bien mauvaise utilisation. Mais voilà : Domi est vite retourné dans ses mauvaises habitudes – jeu en périphérie, tirs de mauvaise qualité, manque de robustesse quand ça compte, trop d’indiscipline après les coups de sifflet – au point ou Coach K a dû le retourner là ou Claude Julien l’avait confiné.

«On s’attendait à plus. Il doit performer», a d’ailleurs reconnu Marc Bergevin en ajoutant que Domi n’avait que 25 ans.

On fait quoi avec Domi?

Pour garder ses droits sur un joueur qui devrait être meilleur que ce qu’il a été cette année – du moins je crois -, le Canadien fera une offre qualificative à Domi qui est sur le point de devenir joueur autonome avec restriction.

« On s'attendait à plus de Domi »

Parce que Domi a connu une saison décevante et des séries plus décevantes encore, le Canadien n’aura pas à se montrer généreux dans son offre. Domi touchait 3,150 millions $ cette année. Marc Bergevin pourra lui proposer un salaire oscillant autour de 3,75 millions $. Un salaire que Domi refusera sans doute avant de se tourner vers l’arbitrage.

Lorsqu’il débarquera devant l’arbitre, Domi n’aura pas beaucoup de munitions fraîches pour convaincre l’arbitre de lui consentir un salaire beaucoup plus généreux que celui offert par le Canadien. Un salaire que Marc Bergevin pourrait bonifier dans le cadre de négociations avec le clan Domi. Car l’offre qualificative n’est qu’une base administrative pour respecter les règles de la LNH et conserver les droits sur le joueur.

Domi pourrait-il recevoir une offre hostile d’une autre formation?

Techniquement oui. Mais dès qu’il se tourne vers l’arbitrage et qu’une date est fixée, les autres formations ne peuvent plus lui glisser d’offre hostile visant à mettre de la pression sur le Canadien.

Et bien honnêtement, quand on regarde les performances en dents de scie de Domi depuis son arrivée dans la LNH, est-ce qu’une équipe prendrait vraiment la chance de déposer une offre si imposante que le Canadien refuserait de l’égaler? Surtout que si cette offre hostile était vraiment salée, le Canadien serait bien mieux de se tourner vers les considérations acquises en échange du départ de Domi.

Domi est donc une patate chaude pour Marc Bergevin. Il ne peut lui consentir un contrat à long terme en raison de ses longs passages à vide. Car s’il surpaye Domi par excès de générosité, il se retrouvera bien mal pris lorsque viendra le temps de récompenser les joueurs qui le méritent vraiment : les Brendan Gallagher, Phillip Danault et Jeff Petry à qui il faudra offrir des millions et des années de contrat pour les garder à Montréal au lieu de les laisser profiter de leur autonomie complète.

Les négociations avec Domi pourraient être difficiles. Il pourrait même rater le début de la prochaine saison – peu importe quand elle débutera – s’il ne s’entend pas avec le Canadien d’ici là.

Mais ce n’est pas grave. Du moins pas à mes yeux. Car si le Canadien veut vraiment s’améliorer à l’attaque – et on sait tous qu’il doit s’améliorer à l’attaque – il aura besoin d’un joueur beaucoup plus dominant et constant que Domi.

Ce dernier pourrait donc partir par le biais d’une transaction et je ne serais pas le moins du monde surpris.

Ce qui est vrai pour Domi pourrait le devenir pour Tomas Tatar. Je préfère Tatar à Domi. De beaucoup. Même s’il s’est lui aussi effacé en séries.

Mais pour faire de la place à des attaquants plus doués et productifs que Tatar – qui risque d’ailleurs de commander un salaire imposant à titre de joueur autonome –, je serais prêt à le sacrifier s’il y a moyen de l’inclure à une transaction qui avantagerait le Canadien.

Kulak s’est débarrassé de Mete

À la ligne bleue?

Je faisais de l’urticaire chaque fois que j’entendais des analystes et descripteurs qualifier le «Big Three», les trois premiers défenseurs du Canadien en séries.

Il n’y a eu et il n’y aura qu’un seul «Big Three» dans l’histoire du Canadien et même de la LNH au grand complet. Et il était formé de Serge Savard, de Larry Robinson et de Guy Lapointe.

Cela dit, Ben Chiarot et Jeff Petry ont démontré qu’ils sont de très bons seconds à Shea Weber tout en haut de la liste des défenseurs du Canadien.

Une liste à laquelle Alexander Romanov ajoutera son nom l’an prochain.

Où jouera-t-il?

Je ne sais pas, mais ce que je sais c’est que Brett Kulak a assuré sa place au sein du top-6 du Canadien avec ses performances en séries. Kulak était en duel avec Victor Mete pour la dernière place disponible sur le flanc gauche la saison prochaine.

Avec ses performances solides à la gauche de Petry, Kulak a balayé du revers de la main Mete qui pourrait bien se retrouver à Laval dans un rôle de régulier ou demeurer avec le Canadien dans un rôle d’auxiliaire. Cela dit, je crois que Mete changera de chandail. Que ce soit pour porter celui du Rocket ou d’une autre formation.

«Brett a été très bon pour nous au cours du dernier mois. La confiance est la moitié de la clef du succès dans la LNH. Pour réussir, tu dois croire en toi», a commenté Marc Bergevin qui a composé avec cette réalité au fil des années qu’il a patrouillé la ligne bleue dans la LNH.

Kulak a été tellement bon, qu’il pourrait bien demeurer à la gauche de Petry. L’ennui avec une telle décision, c’est que Romanov se retrouverait en compagnie d’un autre jeune sur le troisième duo alors que Cale Fleury et Noah Juulsen devraient compléter le top-6 l’an prochain.

Du moins, je crois…

Et les autres…

Comme Cale Fleury et Noah Juulsen, Ryan Poehling s’est contenté de chausser les patins lors des entraînements du Canadien. Une bonne gifle au visage de l’ancien premier choix à qui les entraîneurs ont préféré Dale Weise, Jordan Weal, Jake Evans, Alex Belzile et même Charles Hudon.

Marc Bergevin a indiqué ne pas avoir lancé la serviette dans le cas de Poehling.

«Il est encore jeune et il a du potentiel. Les choses peuvent changer vite. Regardez KK. On l’a retourné à Laval au cours de la saison et vous avez vu ce qu’il a fait avec nous en séries. On n’a pas lancé la serviette et on s’attendra à un très bon camp d’entraînement de sa part.»

À moins qu’une équipe le réclame dans le cadre d’une transaction, Poehling sera de retour à Montréal ou à Laval l’an prochain. Ce qui semble clair, c’est que les quatre buts enfilés lors de son tout premier match – trois en temps réglementaire et un en tirs de barrage – ont moussé les attentes des partisans. Ce qui est peut-être un brin injuste pour ce joueur qui devrait être un gars de troisième trio un jour. Ces quatre buts ont peut-être aussi monté à la tête de ce jeune américain qui se croit rendu dans la LNH alors qu’il est loin d’y avoir un poste garanti.

On verra dans quelle forme physique et mentale il débarquera lors du prochain camp d’entraînement.

Je ne m’attends pas à ce que le duo de W – Dale Weise et Jordan Weal – soit de retour l’an prochain. Je ne comprends toujours pas pourquoi on a autant utilisé Weise en séries. À moins que ce soit en guise de remerciements pour faveurs obtenues…

Alex Belzile a finalement atteint la LNH. Une belle récompense pour un gars qui aurait eu mille et une raisons de cesser de croire à son rêve.

Avec Jake Evans qui devrait obtenir une promotion et l’arrivée de nouveaux attaquants qui devraient repousser des joueurs vers les trios de soutien, je serais surpris que Belzile soit avec le grand club l’an prochain.

Mais ce n’est pas faute de mériter une autre chance.

Charles Hudon? Son nom circule en Europe depuis un bon moment. On m’indique d’ailleurs que son agent a fait des démarches en Suisse. Le Québécois a du talent. Il a eu quelques occasions de se faire une place. Pas toujours de chances en or c’est vrai. Et surtout pas des chances qui se sont éternisées bien longtemps. À défaut de s’être fait un nid chez le Canadien ou ailleurs dans la LNH, je suis convaincu qu’une belle carrière l’attend en Europe s’il décide d’effectuer la traversée.

Charlie Lindgren? Cayden Primeau? Michael McNiven?

Carey Price a besoin d’un solide adjoint pour lui permettre de profiter d’une utilisation moins serrée qui lui permettra d’offrir de meilleures performances.

Cet adjoint n’est pas encore avec le Canadien.

Il est peut-être à Laval où Cayden Primeau se développera encore l’an prochain.

Mais je ne vois pas Charlie Lindgren assumer ce rôle avec succès. Il a eu l’occasion de le faire et il n’a pas réussi. Pourquoi persister alors que plusieurs adjoints de meilleure qualité seront disponibles au cours des prochains mois? Pour avoir un gardien à offrir au Kraken de Seattle dans le cadre du prochain repêchage d’expansion?

Ce n’est pas assez.

Le Canadien devra ajouter du sang neuf et surtout de bonnes mains à son équipe l’an prochain. Mais pour la première fois depuis des années, on sent que son noyau est assez solide pour faire de cette équipe une équipe qui bataillera vraiment pour une place en séries l’an prochain.

Tout un contraste avec le club des dernières années. Un club qui avait besoin de blessures en série chez ses adversaires, de petits miracles de la part de ses joueurs ou d’une pandémie de COVID-19 pour mousser ses chances de faire les séries.

Il ne reste plus qu’à attendre les décisions de Marc Bergevin et du Canadien. Des décisions qui se traduiront ici par des transactions, là par des embauches de joueurs autonomes ou par des promotions imprévues en plus de celles attendues de Cole Caufield et Alexander Romanov.

Bon été, ou ce qu’il en reste, ou bon automne à vous fans du Canadien.

En vous rappelant toutefois qu’il n’y a pas que le Canadien dans la LNH et dans la vie et qu’il y a encore du très beau et bon hockey à suivre en séries.

Allons-y donc avec des prédictions pour la deuxième ronde…

Islanders – Flyers : New York en 6

Bruins – Lightning: Tampa Bay en 6

Stars – Avalanche: Colorado en 5

Canucks – Golden Knights: Las Vegas en 7

Voilà!