MONTRÉAL - Max Domi a créé un brin de commotion lorsqu’il s’est dissocié du Canadien sur les médias sociaux au milieu desquels il gravite dès le lendemain de l’élimination du Tricolore aux mains des Flyers de Philadelphie.

Une décision que plusieurs ont interprété comme une intention claire et nette qu’il voulait quitter Montréal. Une décision que d’autres ont utilisée pour réclamer à l’état-major du Canadien de le chasser illico du Centre Bell.

 

Loin de calmer les choses, Domi a plutôt ravivé la controverse associée à son avenir avec le Canadien en décidant de rompre les liens avec son agent de toujours, Pat Brisson, pour se tourner vers Darren Ferris.

 

De l’avis général, la combinaison de ces deux décisions du jeune attaquant signifiait que le compte à rebours menant à sa sortie du vestiaire du Canadien était amorcé. Il ne restait qu’à déterminer la date et l’heure de son départ.

 

Max Domi sera peut-être échangé un jour par le Canadien.

 

Cela dit, à moins qu’il ne reçoive une offre mirobolante, ce dont je doute fort en raison de la baisse de régime que Domi a connue en saison régulière et des déboires qui l’ont miné en ronde de qualification contre Pittsburgh et en première ronde des séries face aux Flyers, Marc Bergevin ferait une erreur en échangeant Domi trop rapidement.

 

Car pour le moment, le Canadien a tout à gagner dans le dossier Domi. Tout à gagner parce que Domi a bien plus besoin du Canadien que le Canadien a besoin de lui.

 

Pieds et poings liés

 

Le CH détient ses droits exclusifs pour les deux prochaines années. Il a les pieds et les poings liés.

 

Comme je l’ai écrit peu de temps après l’élimination du Tricolore, Domi pourrait recevoir une offre hostile d’une autre formation de la LNH. Un scénario peu probable à moins que son père Tie joue du coude et utilise ses contacts autour de la LNH pour convaincre un club de se lancer dans pareille aventure.

 

Max Domi : le jeu des négociations ou plus?

Mais pensez-y une seconde : avec les incertitudes associées aux performances en dents de scie de Domi depuis son arrivée dans la LNH, si une offre hostile tombait sur la tête du Canadien, elle serait tellement docile que le CH n’aurait aucune difficulté à l’égaler.

 

Domi pourra aussi se prévaloir de l’arbitrage s’il n’aime pas l’offre qualificative que lui présentera bientôt le Canadien afin de conserver ses droits sur le jeune joueur.

 

Joint par RDS jeudi, Darren Ferris, le nouvel agent de Max Domi a refusé de dévoiler ses stratégies de négociations. Ce qui est normal. Il s’est contenté de souligner que l’arbitrage était une option et qu’il aurait, le temps venu, des discussions avec son nouveau client afin de déterminer s’il considérait à propos de suivre cette avenue.

 

«Je ne comprends pas toute l’attention accordée au changement d’agent par Max et surtout toutes les spéculations associées à son possible départ de Montréal. Max aime Montréal. Max ne veut pas quitter le Canadien. Nous attendons la suite des choses, mais nous ne cherchons pas à quitter Montréal», que Ferris a indiqué, répétant son discours des derniers jours.

 

Un tremplin qu’il ne peut rater

 

Max Domi, son père Tie, peut-être le reste de sa famille, ses proches amis et son nouvel agent sont les seuls à vraiment savoir si le clan Domi dit la vérité quand il scande qu’il tient toujours à défendre les couleurs du Canadien.

 

Mais peu importe que le clan Domi dise la vérité ou s’assure de sauver la face sur la place publique en disant les belles et les bonnes choses, la réalité est que Domi devra se servir de l’offre du Canadien comme d’un tremplin visant à le replacer dans une position de force en matière de négociations.

 

Une place ô combien confortable qu’il occupait il y a un peu plus d’un an après une première saison de 28 buts et 72 points avec le Canadien. Une place devenue ô combien inconfortable aujourd’hui.

 

Darren Ferris est demeuré coi quant aux objectifs de son nouveau client et des siens en matière de négos avec le Canadien.

 

À la lumière de conversations avec des habitués de ce genre de situation, Domi devra sans doute se résigner à signer un pacte d’une saison, peut-être deux, à un salaire annuel oscillant entre 4 et 4,5 millions $. Peu importe que ce pacte soit le fruit d’une négociation avec le CH ou d’une décision arbitrale.

 

Une fois ce contrat en poche, Domi devra s’assurer de retrouver sa touche, sa hargne et son efficacité sur la patinoire. Une quête nécessaire pour s’installer pour de bon à Montréal s’il le désire vraiment. Une quête plus nécessaire encore s’il veut donner au Canadien les moyens de satisfaire sa décision d’aller voir ailleurs et de conclure une transaction intéressante pour l’organisation. Pas simplement une transaction intéressante pour le joueur.

 

Voilà pourquoi Marc Bergevin a tout intérêt à être très patient avec Domi.

 

Le petit gars veut jouer au centre. Le petit gars veut jouer avec les meilleurs ailiers de l’équipe. Le petit gars n’est pas content d’avoir été relégué au sein d’un quatrième trio.

 

Tout ça est bien beau!

 

Mais l’an prochain, Domi devra non seulement se contenter de jouer là où l’état-major lui dira de jouer et avec qui il le fera jouer, mais il devra prendre les moyens pour maximiser ses performances. Car la saison prochaine sera cruciale pour le reste de sa carrière.

 

Et si Domi boude? S’il devient une mauvaise influence au sein de l’équipe? Le Canadien ne serait-il pas mieux de l’échanger tout de suite pour éviter pareilles situations?

 

Ça pourrait arriver. Mais c’est improbable à mes yeux. La prochaine saison sera tellement importante pour Domi qu’il ne pourra se permettre pareil comportement. Il aura trop à perdre.

 

Et j’ai l’impression que c’est le message que Domi s’est fait servir au cours des dernières semaines. Un message qu’il n’aimait pas entendre et qui pourrait l’avoir guidé vers son changement d’agent.

 

En Darren Ferris, Max Domi s’associe à un agent qui n’a pas la même envergure que Pat Brisson. Mais il retrouve un ami de la famille. Ce que Brisson était aussi cela dit. Un agent qui connaît bien son père Tie et qui assure qu’il n’envisage aucun problème avec le paternel qui en mène large, en coulisse, loin des caméras.

 

«Je connais Max et sa famille depuis toujours. Tie ne s’implique pas dans les affaires directes de son fils je peux vous l’assurer», a répliqué Darren Ferris lors de notre entretien de jeudi.

 

Un commentaire qui tranche avec bien des informations associées à l’implication de Tie Domi dans l’entourage des Coyotes de l’Arizona qui avaient repêché son fils et dans celui du Canadien depuis que Max a été acquis en retour d’Alex Galchenyuk.

 

En passant, Darren Ferris représente aussi Victor Mete chez le Canadien. Un autre joueur qui deviendra joueur autonome avec compensation le 9 octobre prochain ou sept jours après que la coupe Stanley soit soulevée si la grande finale ne se rend pas à la limite des sept matchs.

 

«Je n’ai pas l’habitude de négocier sur la place publique et nous suivrons les étapes normales dans ce genre de dossier», s’est contenté de répondre l’agent qui compte aussi les vedettes Mitch Marner des Maple Leafs et Taylor Hall – pour l’instant des Coyotes de l’Arizona – au sein de son écurie.

 

Brisson-Bergevin : une amitié de longue date

 

De son bureau de Mississauga dans la région de Toronto, Darren Ferris a tenu à ajouter que ses liens avec Pat Brisson n’étaient nullement entachés par la volte-face de son nouveau client.

 

Une déclaration que Pat Brisson a confirmée lors d’un entretien en soirée mercredi.

 

«Il n’y a aucune tension entre Max et moi ou entre moi et son nouvel agent. Max a connu une saison plus difficile et a décidé de prendre une nouvelle direction afin de l’aider à retrouver sa touche. C’est une décision que je respecte totalement», a indiqué l’agent établi à Los Angeles sans en dire davantage sur le dessous de cette décision.

 

Parlant de Brisson, plusieurs amateurs ont vu dans les liens d’amitié que l’agent entretient avec le directeur général du Canadien un facteur qui a joué un rôle de premier plan dans la décision de Max Domi de quitter son agence. Ils ont d’ailleurs rappelé la décision similaire de l’ancien capitaine Max Pacioretty qui s’était tourné vers Allan Walsh avant d’être échangé, quelques semaines plus tard, aux Golden Knights de Las Vegas pour appuyer leur prétention.

 

Une prétention qui ne tient pas la route.

 

Pat Brisson est un ami de longue date de Marc Bergevin. C’est connu de tous. Est-ce que cette amitié le pousserait à être moins exigeant dans ses demandes avec le Canadien qu’avec les autres équipes de la LNH? Un non-sens. Comme il serait tout aussi insensé que Bergevin donne plus d’argent à un client de Brisson simplement parce qu’ils sont amis.

 

Si c’était le cas, les clients de Pat Brisson joueraient tous à Los Angeles et seraient tous surpayés puisqu’il est depuis plus de 35 ans un ami plus proche encore de Luc Robitaille, son ancien compagnon de trio avec les Olympiques de Hull, et son tout premier client lorsqu’il est devenu agent au lieu de joueur professionnel.

 

Dans le grand jeu des négociations, ce sont les bases de comparaison entre les joueurs et les contrats qu’ils ont en poches et non les liens d’amitié qui servent de munitions.

 

Et pour le moment, Max Domi et son nouvel agent se présentent devant le Canadien avec une arme chargée à blanc. Ce sont ses performances sur la patinoire la saison prochaine et non ses (possibles) demandes de transaction ou son changement d’agent qui lui permettront de revenir mieux armé à la table de négociations.

 

C’est pour cette raison que j’insiste sur le fait que le Canadien, à moins d’une offre qu’il serait stupide de refuser, doit profiter du fait que Domi se soit de connaître une solide saison l’an prochain pour le garder dans ses rangs.

 

Surtout qu’avec l’émergence des Suzuki et Kotkaniemi qui confirment leur valeur, Max Domi a vraiment plus besoin du Canadien que le Canadien a besoin de lui.