Brendan Gallagher a tout fait pour aider le Canadien à gagner. Il a bardassé l’adversaire, il l’a invectivé, il a même couru après le trouble jusqu’à ce que le trouble le rattrape en fin de match. Mais au-delà de tout ce que Gallagher a fait de bien, de très bien, et de moins bien, il n’a pu mener son club à la victoire.

Au lendemain du revers de 2-1 encaissé en prolongation aux mains du Lightning de Tampa Bay, samedi, le Canadien a encore perdu dimanche. Encore par la marque de 2-1.

Mais cette fois, il n’a pu mettre la main sur le point prime. Un point prime que le Tricolore aurait davantage mérité que celui de samedi cela dit. Car s’il s’est fait museler complètement par le Lightning samedi, le Canadien a été plus impliqué, plus créatif, plus efficace dimanche face aux Jets.

N’eut été des arrêts solides et quelques fois chanceux du gardien Al Montoya, qui a aussi profité pas une, mais deux fois, de la complicité de ses poteaux, le Canadien aurait même pu sortir gagnant de cette partie.

Mais voilà : la combinaison perdante des arrêts réalisés par Montoya face aux deux cadeaux accordés par Carey Price a coulé le Canadien.

« C’est ma faute », a d’ailleurs convenu le gardien du Canadien dans le vestiaire après le match.

Avec le nombre de vols qu’il a réalisés depuis le début de la saison, il serait vraiment malvenu de lapider Price de critiques.

Bon! Ses détracteurs auront l’occasion de déverser leur fiel. Ils oublieront de souligner que ses coéquipiers ne lui ont offert qu’un but hier. Et qu’ils en ont marqué 10 seulement lors de ses sept derniers départs et que cela explique sans doute un brin ou deux pourquoi il n’affiche qu’une victoire à ses sept derniers départs (1-5-1).

Ils oublieront aussi de souligner que l’attaque massive du Canadien a fait mouche seulement quatre fois lors de ses 44 dernières occasions.

« Cinq infractions sur le jeu »

Mais les faits sont ce qu’ils sont : bien qu’il ait réalisé plusieurs bons arrêts, Price s’est fait surprendre sur le premier. Mal positionné alors qu’il tentait de coller le poteau à sa gauche, Price a été déjoué par Tobias Enstrom qui n’aurait jamais dû marquer sur le jeu.

Une vilaine sortie de Price a aussi ouvert la porte au but gagnant enfilé par Michael Frolik en début de dernier tiers.

Dans un match qui s’est décidé par un but, ces deux cadeaux expliquent en partie la défaite.

Équipe revampée

L’autre partie de la défaite s’explique par le fait que les Jets ont changé d’attitude depuis que Paul Maurice a pris l’équipe en main. Comptant sur des joueurs de talent, sur des gros joueurs, sur des rapides patineurs, les Jets comptaient aussi sur des joueurs qui manquaient cruellement de caractère, de conviction, de désir de vaincre. Des défauts qui faisaient sérieusement contrepoids à leurs qualités.

En battant le Canadien au Centre Bell, les Jets ont signé dimanche leur huitième victoire en 10 matchs depuis le changement d’entraîneur. Une indication claire que Maurice réussit là où Claude Noël avait échoué avant lui : en obtenant de ses joueurs le rendement auquel les partisans étaient en droit de s’attendre.

Il faudra voir combien de temps ça durera. Mais pour le moment, c’est bien parti. Les Jets affichent une belle cohésion sur la patinoire. Ils s’appuient autant dans les facettes offensives que dans les facettes défensives. Ils sont solides le long des rampes et affichent une agressivité qui faisait défaut sous l’ancien régime.

Comme quoi le leadership doit venir de l’arrière du banc pour s’assurer en obtenir de la part des joueurs qui n’en ont pas assez sur le banc.

Gallagher met le feu

Au-delà des performances contraires des gardiens et du fait que les Jets ont offert une solide résistance sur la patinoire, le Canadien, de Michel Therrien aux préposés à l’équipement en passant par ses partisans et plusieurs de mes collègues journalistes et/ou commentateurs, invoque aussi le laxisme affiché par les officiels en fin de match pour expliquer le revers du Canadien. Ou, à tout le moins, le fait qu’il n’ait pas été en mesure de niveler les chances en fin de rencontre et d’au moins forcer la tenue d’une prolongation.

En fait, « laxisme » n’est pas le bon mot.

Car dans le vestiaire du Canadien, sur les médias sociaux, sur la galerie de presse et même sur le plateau de l’Antichambre où je me suis fait assaillir par mon adversaire du moment, mais néanmoins ami Gaston Therrien, après le match, on parlait bien plus d’un traitement injuste à l’endroit de Brendan Gallagher que de laxisme.

Pourquoi?

Malgré ses 5’9’’, il a passé l’après-midi à se battre pour tenir tête aux gros défenseurs des Jets afin de déranger le gardien Al Montoya qui avait grand besoin d’être dérangé pour que le Canadien trouve un moyen de le déjouer.

Gallagher, qui est maintenant un joueur marqué par les équipes adverses, et peut-être aussi un peu par les arbitres, s’est retrouvé au cachot après une longue épreuve de force l’opposant à Mark Stuart. Épreuve de force au cours de laquelle la petite peste du Canadien n’a pas manqué de passer le gant et le bâton au visage du gardien des Jets.

Du travail bien fait.

Gallagher en a trop mis plus tard dans le match en écopant deux vilaines pénalités : une en fin de période médiane, une autre en milieu de troisième période alors que son excès d’agressivité a annulé une attaque massive du Canadien.

Mais bon! On ne lui reprochera d’afficher le genre de combativité qu’on voudrait voir tous les joueurs du Canadien afficher tout le temps. Ou au moins plus souvent...

À la fin du match, alors que Price était au banc à la faveur d’un sixième attaquant, Gallagher a multiplié les efforts pour déranger Montoya et obtenir le but égalisateur.

Le but n’est pas venu.

Mais après avoir semé le trouble tout le long du match, Gallagher l’a récolté. Invité – ce n’était même pas subtil – par le gardien des Jets à venir faire un tour dans sa zone réservée, Gallagher y est allé tout de go. Au lieu d’éviter l’affrontement et de contourner la tempête, Gallagher s’est faufilé derrière Montoya qui lui a servi un bon coup de biscuit en guise de collation.

L’échauffourée a aussitôt suivi.

Parce que les arbitres ont décidé de ne pas sévir – et ils ont commis une erreur ce faisant à mon avis – l’échauffourée a été suivie d’un, de deux, de trois autres assauts à l’endroit de Gallagher.

Aucun n’a été sanctionné par les arbitres.

Est-ce qu’ils auraient dû? Oui!

Ils auraient dû sévir dès le début et chasser Montoya et Gallagher illico. Cela aurait éteint le feu. Cela aurait aussi éteint les critiques à l’endroit des arbitres et les grandes accusations de complot à l’endroit du Canadien et de ses joueurs.

Misère!

Le Canadien n’a pas perdu à cause des arbitres en fin de rencontre.

Il a perdu parce que, pour une deuxième partie en deux jours, il s’est frotté à un club qui jouait un brin mieux que lui.

Et avec la parité qui existe dans la LNH aujourd’hui, un brin c’est assez pour gagner.

Les chiffres du match

5 : Petite note historique, Lyle Odelein a égalé un record d’équipe le 2 février 1994 en récoltant cinq passes dans une victoire de 9-2 du Canadien aux dépens des Whalers de Hartford. Doug Harvey, le 19 février 1995 et Sheldon Souray, le 10 janvier 2004, partagent ce record avec Odelein...

10 : Dustin Byfuglien a imposé sa loi sur la patinoire du Centre Bell dimanche en assénant 10 des 29 mises en échec données par les Jets. Brandon Prust et Alexei Emelin se sont imposés chez le Canadien avec 7 chacun...

14 : Lars Eller a prolongé à 14 sa séquence de matchs consécutifs sans point. Il a marqué son dernier but le 2 janvier dernier, but gagnant, dans une victoire de 6-4 aux dépens des Stars de Dallas. Eller, qui avait marqué dans un deuxième match de suite, ne compte que ces deux buts et une mention d’aide à ses 27 dernières parties...

17 : La victoire des Jets était leur première à Montréal au terme d’une séquence de 17 de suite. Les Jets – et je ne parle pas ici des Trashers – avaient battu le Canadien pour la dernière fois à Montréal en mars 1985. Selon mon collègue Dave Stubbs de la Gazette – c’est lui qui a fait cette recherche exhaustive – 13 joueurs qui portaient le chandail du Canadien n’étaient pas nés lors de cette victoire des Jets qui affichent maintenant un dossier de 3 victoires et 25 revers à Montréal depuis leur entrée – et leur retour – dans la LNH...

23 : C’est la 23e année que le Canadien dispute deux matchs en après-midi lors du week-end du Super Bowl. Sa fiche est maintenant de 24-17-4-1, soit 11-8-3-1 les samedis et 13-9-1-0 les dimanches...

62 : Le Canadien a connu l’un de ses meilleurs matchs de la saison aux cercles des mises en jeu remportant 34 des 55 duels pour une efficacité de 62 %. L’ennui pour le Tricolore, c’est qu’il n’a pas su profiter de cet avantage car le temps de possession a favorisé les Jets au cours du match...

427 : Tomas Plekanec et Andrei Markov partagent le 28e rang des meilleurs marqueurs de l’histoire du Canadien avec des récoltes de 428 points. Plekanec revendique 172 buts alors que Markov en compte 96 à sa fiche...

500 : Douglas Murray disputait dimanche son 500e match en carrière dans la LNH, son 35e dans l’uniforme du Tricolore. Cinq cents matchs en dépit d’un coup de patin aussi moche, c’est des matchs en simonac!