MONTRÉAL - Comme tous les entraineurs-chefs de la LNH et de tous les autres sports professionnels, Claude Julien doit composer avec la pression de mener son équipe à la victoire.

 

Cette pression est constante. Elle devient vite étouffante lorsque les victoires ne viennent pas. Ou ne viennent pas assez souvent.

 

Le point de presse de Claude Julien

Claude Julien en sait quelque chose : malgré les lacunes importantes de l’équipe qu’il dirige depuis qu’il a succédé à Michel Therrien en février 2017 pour amorcer son deuxième séjour à la barre du Tricolore, Julien présente un dossier gagnant. Du moins statistiquement. Un dossier de : 120 victoires, 108 revers et 31 autres défaites en prolongation ou tirs de barrage.

 

Bien que favorable, cette statistique ne fait pas le poids face aux insuccès de son équipe en séries éliminatoires.

 

La sortie rapide dès la première ronde – en six matchs – aux mains des Rangers de New York en 2017 a effacé la relance orchestrée par Julien qui avait mené le Canadien à un dossier en 16-7-1 après avoir repris le contrôle du club.

En 2018-2019, l’exclusion des séries pour une deuxième année de suite a balayé du revers de la main la récolte de 96 points du Tricolore. La plus grosse récolte de l’histoire de la LNH pour un club exclu des séries.

 

La victoire en ronde de qualifications aux dépens des Penguins et la bonne performance du Canadien en première ronde face aux Flyers de Philadelphie qui ont quand même chassé le Tricolore des séries en six parties ont soulevé un brin d’optimisme parmi les partisans. Mais ces résultats n’ont dupé personne. N’eût été la nécessité de faire appel à 24 équipes dans le cadre du plan de relance, le Canadien n’aurait jamais eu la chance de faire oublier sa saison bien ordinaire (31-31-9).

 

Un club à l’image du coach

 

La saison prochaine, peu importe lorsqu’elle commencera la pression de gagner passera à un tout autre niveau. Elle sera plus intense qu’elle ne l’a jamais été lors des quatre dernières années.

 

Car pour la première fois depuis le début de son deuxième séjour, Claude Julien a un club à son image. « On a rempli quelques trous » que l’entraîneur-chef a d’ailleurs convenu lors d’un point presse virtuel tenu en avant-midi mercredi.

 

Claude Julien s’est présenté en grande forme et de belle humeur lors de ce point de presse. « Je m’entraîne beaucoup et je suis bien reposé. Je suis en meilleure forme que je l’ai été depuis bien des années. Je suis prêt à retourner au travail. Il ne reste qu’à savoir quand ça arrivera. Je ne le sais pas plus que vous, mais j’espère pour tout le monde, que ce sera le plus vite possible », a ajouté Julien qui a dû quitter son équipe lors de la série face aux Flyers en raison d’un ennui cardiaque qui a nécessité une angioplastie.

 

Ce club qui est maintenant à son image – l’entraîneur-chef aime mieux décrire son équipe comme un club à l’image de l’organisation et de l’image de l’équipe que les partisans veulent encourager – Claude Julien devra non seulement le mener vers la victoire, mais il devra le mener en séries éliminatoires.

 

Car avec Jake Allen pour éviter une surutilisation de Carey Price, avec Joel Edmundson pour solidifier le flanc gauche de la brigade défensive et Alexander Romanov qui pourrait surprendre agréablement — il est important de rappeler qu’il n’a pas encore disputé un match, même préparatoire, dans la LNH, avec Josh Anderson et Tyler Toffoli qui donneront du poids au flanc droit de l’attaque, plus de poids à l’attaque massive et plus de buts à un club qui en a trop souvent manqué, avec Brendan Gallagher et Jeff Petry qui joueront la tête en paix grâce aux contrats à long terme qu’ils ont signé au lieu de filer tout droit vers le marché des joueurs autonomes, le Canadien ne peut plus simplement prétendre qu’il se battre pour une place en séries.

 

Il peut se battre pour vrai.

 

Ce club, du propriétaire Geoff Molson jusqu’aux réservistes, en passant par les entraîneurs et les joueurs vedettes, ne doit plus se contenter de parler des séries. Il doit les atteindre.

 

Et ça le coach le sait mieux que tout le monde.

 

« Vous parlez de pression de faire les séries, mais moi je parle d’opportunité. Comme coach je suis très excité du défi qui se dresse devant nous. Et je sais que toute l’équipe d’entraîneurs partage ce point de vue. Nous avons tous très hâte de travailler avec ce nouveau groupe. Faire les séries a toujours été un objectif pour nous. Cette année, je crois réellement que nous avons les joueurs, la profondeur et les moyens pour les atteindre », a d’ailleurs affirmé Claude Julien.

 

Joueurs ciblés

 

Pour combler les lacunes évidentes qui minaient le Canadien et mousser les chances d’accéder aux séries, Claude Julien a travaillé étroitement avec son patron Marc Bergevin pour cibler les joueurs qui pouvaient le mieux «remplir les trous».

 

« C’est bien évident que j’ai eu des discussions avec Marc. Tous les coachs ont participé aux discussions. Avec l’expérience qu’ils ont comme anciens joueurs et comme coachs, des gars comme Kirk (Muller) et Luke (Richardsson) ont donné leurs points de vue. Tout a été pris en considération. Marc ne voulait pas imposer des gars. Il voulait qu’on attire ici des gars qui vont aider le club à gagner. J’ai personnellement eu des discussions avec tous ces joueurs pour maximiser les chances de les avoir avec nous. »

 

S’il est clair que le Canadien pourra définitivement se battre pour une place en séries et non seulement en parler, y accéder ne sera pas facile.

 

Malgré ses ennuis pour composer avec le plafond salarial, le Lightning sera toujours solide. Les Bruins aussi bien que ses leaders ne rajeunissent pas. Les Leafs marqueront des tas de buts. Ça, on le sait. Seront-ils en mesure d’éviter de trop en accorder? Ça reste à prouver. Mais ils sont à prendre très au sérieux.

 

Pour remplacer une de ces trois équipes au sommet de la division atlantique – ou pour se hisser parmi les clubs de tête dans l’éventualité d’une division canadienne – le Canadien devra être bien meilleur en attaque. Particulièrement en attaque massive.

 

«Des gars comme Josh Anderson et Tyler Toffoli nous aideront en attaque à cinq avec leur capacité de batailler le long des bandes et devant le filet. Mais dans l’ensemble, avec Nick Suzuki et KK (Jesperi Kotkaniemi) qui sont prêts à assumer plus de responsabilités, notre attaque sera beaucoup plus solide et surtout plus équilibrée qu’elle ne l’était l’an dernier», a plaidé l’entraîneur-chef.

 

Claude Julien, qui passe beaucoup de temps à jongler avec des trios potentiels, a insisté sur le fait qu’il faudra cesser d’insister sur les trios.

 

« Je ne considère pas que notre équipe aura un premier, un deuxième et un troisième trio. De la façon dont je vois les choses, nous aurons un top-9 très compétitif et un quatrième trio qui sera en mesure de nous aider. L’an dernier, nous avons été en mesure de créer beaucoup d’occasions de marquer, mais nous n’avons pas été en mesure de transformer ces occasions en buts. Les ajouts de cette saison nous aideront à obtenir plus de buts. Je vais avoir beaucoup d’options à ma disposition », a indiqué Julien.

 

Le coach a même confirmé – le principal intéressé l’avait fait lors de son embauche également – que Tyler Toffoli était très ouvert à l’idée d’aller sur le flanc gauche alors que le flanc droit du Canadien en bien garni pour la première fois depuis des années.

 

«Quand je regarde notre équipe, je me dis que nous avons les éléments qui nous permettront d’être bien plus difficiles à affronter la saison prochaine. Avec un Carey mieux appuyé par Jake Allen et une défensive plus grosse et plus solide, nous serons encore en mesure de limiter le nombre de buts accordés. Avec notre attaque renforcée et plus équilibrée, nous serons en mesure de déranger beaucoup plus nos adversaires», a insisté le coach.

 

Il ne faut pas minimiser non plus l’impact que la profondeur offerte par les acquisitions des dernières semaines. Car cette profondeur aidera à composer avec d’éventuelles blessures. Même à des joueurs clefs. Ce qui n’était pas le cas encore l’an dernier alors que le Canadien passait de vulnérable à très vulnérable dès qu’un de ses joueurs tombait au combat.

 

Contrat pour Danault, manque de communication

 

Claude Julien espère que le Canadien et Phillip Danault s’entendront sur les paramètres d’une prolongation de contrat avant le début de la prochaine saison.

 

« Tout le monde veut que ça se règle le plus vite possible », a indiqué Claude Julien.

 

S’il n’est pas responsable des millions et des années à offrir à Danault pour mousser ses chances de demeurer à Montréal, Claude Julien est responsable de l’utilisation du centre québécois. Une utilisation qu’il n’entend pas modifier.

 

« Je vous l’ai dit tantôt. Il n’y aura pas de chiffres associés aux trios. On aura des unités sur lesquelles on va compter tous les soirs. Phillip est un centre complet. Il est très bon défensivement. Mais son trio a été l’un des bons de la Ligue l’an dernier à cinq contre cinq. Les Suzuki et Kotkaniemi auront plus de responsabilités, mais on va toujours compter sur Phillip et son trio. »

 

Questionné sur les doléances de Max Domi, Karl Alzner et Charles Hudon qui ont déploré un manque de communication de la part de leur coach, Claude Julien s’est défendu en prétendant que sa porte était toujours ouverte et qu’il était disponible pour tous ses joueurs.

 

Il a expliqué que lui et ses adjoints avaient rencontré tous les trios et les duos de défenseurs – et même les réservistes – pour brosser un tableau de ce qui les attendait lors de la reprise des activités l’été dernier.
 

Est-ce que Claude Julien est parfait en matière de communication avec ses joueurs? Je ne le sais pas. De fait, il ne l’est sans doute pas, car il est impossible de plaire à tout le monde dans un vestiaire.

 

Ce que je sais par contre, c’est que les joueurs qui se plaignent maintenant qu’ils sont partis n’ont jamais été en mesure de se faire des places solides au sein de l’équipe. Et qu’il est toujours curieux de voir que ce sont les joueurs qui n’arrivent pas s’installer et qui sont ensuite écartés qui se plaignent.

 

Après des expériences pas toujours concluantes en Arizona et à Montréal, il sera intéressant de voir si Max Domi sera satisfait de la communication à Columbus.

 

Pour Charles Hudon, il semble avoir trouvé, en Suisse, une ligue au sein de laquelle il pourra obtenir du succès. Grand bien lui fasse. Car s’il n’est pas arrivé à se faire une niche confortable avec le Canadien, il serait important de rappeler qu’aucune autre équipe n’a frappé à la porte du bureau de Marc Bergevin pour réclamer ses services.

 

Et Karl Alzner? Avec le contrat qu’il a obtenu à titre de joueur autonome, il devrait se contenter de remercier le Canadien jusqu’à la fin de ses jours.