Durant la retransmission du match entre le Canadien et les Devils du New Jersey, samedi, les analystes Benoit Brunet et Mario Tremblay ont analysé sur toutes ses coutures le rendement de l’énigmatique Jonathan Drouin qui, disons-le, ne nous a pas fait bondir très souvent de notre siège depuis qu’il a été acquis de Tampa Bay. Il est pourtant capable d’être spectaculaire quand ça lui tente.

 

Leurs propos ont été à la fois sévères et très justes. Brunet et Tremblay n’étaient pas parmi les plus grandes étoiles du Canadien, mais quand la cloche sonnait, on ne pouvait jamais remettre en question leur ardeur au jeu. Ils sont donc assez bien placés pour savoir ce qu’un joueur qui devrait être la bougie d’allumage de l’équipe, et qui est payé comme tel, devrait apporter au Canadien.

 

Drouin était invisible pendant que l’équipe en arrachait contre les Devils. On ne peut pas affirmer qu’il était indifférent parce qu’on ne peut pas savoir ce qui se passait dans sa tête, mais c’était l’image qu’il projetait.

 

Pour être franc, le Canadien n’en a pas pour son argent depuis qu’il a sacrifié un défenseur de l’avenir en souhaitant faire de lui la prochaine vedette francophone de l’organisation. Il avait tout pour le devenir: de la vitesse, de l’anticipation, des mains extraordinairement habiles et un flair pour les situations spectaculaires. Il l’a d’ailleurs démontré 24 heures plus tard en se déguisant en Connor McDavid pour marquer le but décisif en prolongation après avoir traversé les 200 pieds de la patinoire sans qu’on puisse le gêner dans son spectacle.

 

Les deux matchs du week-end ont symbolisé assez bien les performances en escalier de Drouin depuis qu’il est là. Un soir, il est totalement absent. Le lendemain, il pète le feu. Parfois même, ça se passe dans le même match. Contre Edmonton, par exemple, il n’avait pas été très visible jusqu’à ce qu’il étourdisse tout le monde en prolongation.

 

Tremblay et Brunet n’ont pas secoué Drouin de gaieté de coeur, on l’a senti. Ils l’ont fait parce qu’ils souhaitent sincèrement qu’il fasse sa place comme prévu à Montréal. Le public en rêve lui aussi. On le souhaitait tous pour lui quand il s’est présenté au Centre Bell. Jusqu’ici, on est trop souvent resté sur notre appétit. Le jour de la transaction, j’ai écrit que Marc Bergevin venait de mettre le grappin sur l’attaquant le plus explosif depuis Guy Lafleur.
 

Évidemment, je ne comparais pas les deux joueurs car il n’y a eu aucun autre Lafleur chez le Canadien depuis qu’on l’a forcé à la retraite, il y a 35 ans. Il n’y en aura jamais un autre comme lui.

 

À ses deux dernières saisons avec les Mooseheads de Halifax, il a récolté 213 points. À Tampa, on l’a vu réussir des jeux en tournant sur une pièce de 10 cents. Drouin a le talent pour enflammer le Centre Bell, mais ça s’est rarement produit. Il avait ce qu’il fallait pour devenir la prochaine grande vedette francophone de l’équipe depuis le départ de Patrick Roy. Il peut encore le devenir, mais encore faut-il qu’il le désire. Tout est là.

 

Il est nettement l’attaquant le plus talentueux de l’équipe. Il a plus d’atouts dans son jeu que Max Domi qui est pourtant le joueur le plus en évidence cette saison. Domi joue et explose sur le coup de l’émotion alors que Drouin n’en démontre pas toujours. Hier soir, contre un adversaire qui ne demandait qu’à se faire battre, il a été plus dynamique. Il a donné le ton à ce qui allait suivre en préparant deux des trois buts du premier vingt. Bilan de sa soirée de travail : trois mentions d’assistance, bonnes pour une deuxième étoile. C’est ce qu’on veut voir plus souvent de sa part. 

 

Récemment, j’ai entendu un commentateur affirmer qu’il est plus productif cette saison. Ce n’est pas difficile parce qu’il s’est plutôt comporté l’an dernier comme un joueur de troisième trio à qui on a donné toutes les chances de produire en supériorité numérique. Tout ça pour 13 maigres buts. Il y avait de quoi être amèrement déçu.

 

Jonathan Drouin doit trouver le moyen de se mettre en valeur

Il a du caractère, parfois trop, comme on l’a vu quand il a été suspendu par le Lightning après avoir fait faux bond à la filiale de cette organisation en janvier 2016. Deux mois plus tôt, l’agent Allan Walsh avait demandé à Steve Yzerman de l’échanger parce que son client était malheureux de son temps d’utilisation par l’entraîneur Jon Cooper. Se rebeller contre l’autorité à 20 ans, ce n’est pas commun. Dans les circonstances, la transaction qui l’a conduit à Montréal aurait dû provoquer chez lui un regain de vie incroyable. Non seulement était-il exaucé, mais il avait la chance de rentrer à la maison, de porter les couleurs de l’équipe de son enfance et de gonfler ses avoirs de plusieurs millions du jour au lendemain.

 

Les choses ne s’étaient pas bien passées entre l’entraîneur Cooper et lui, allez donc savoir pourquoi? Drouin avait été le choix de premier tour du Lightning, le troisième dans toute la ligue derrière son ex-coéquipier à Halifax, Nathan MacKinnon, et Aleksander Barkov. Si Tampa l’avait choisi aussi tôt, c’est parce qu’on avait confiance en lui. Il était directement lié à l’avenir de l’équipe. Pourtant, sans avoir expliqué très clairement pourquoi Drouin ne lui plaisait pas, Cooper l’a privé d’un précieux temps de jeu par moment.

 

C’est assez facile de conclure que le Lightning a été ravi de pouvoir acquérir un brillant jeune défenseur de la trempe de Mikhail Sergachev en retour d’un attaquant brillant, mais pas très enclin à entrer dans le rang.

 

Le Canadien n’a pas eu de problèmes de discipline avec Drouin. Il a juste un problème avec l’intensité et la régularité de son jeu