MONTRÉAL – Malgré un match difficile, un match affreux en fait surtout lors des 40 premières minutes, le Canadien a trouvé le moyen de battre les Rangers à New York.

 

Des Rangers démunis, c’est un fait, alors que les Artemi Panarin, Mika Zibanejad, Chris Kreider, Andrew Copp, Jacob Trouba, Adam Fox sans oublier le gardien Igor Shesterkin qui gagnera sans doute le trophée Vézina et occupera peut-être une place au sein des finalistes dans la course au trophée Hart manquaient à l’appel en raison de congés préventifs accordés à l’aube des séries.

 

Mais ce n’est pas comme si le Tricolore regorgeait de talent non plus.

 

La victoire a permis d’éviter d’établir un autre record de médiocrité en freinant à neuf la série de défaites consécutives en temps réglementaire amorcée le 9 mars dernier.

 

Mettez-en que ça commençait à s’étirer.

 

Et voilà que vendredi, au Centre Bell, contre des Panthers de la Floride qui seront peut-être mieux nantis que les « Blue Shirt s» ne l’étaient mercredi, le Canadien pourra éviter la 50e défaite en temps réglementaire qui lui pend au bout du nez.

 

Ce serait bien sûr un record. Car jamais encore avant cette saison qui se termine enfin, le Canadien n’avait encaissé plus de 40 revers en temps réglementaire. Bon! Ce triste record est battu depuis longtemps, mais le fait d’éviter de se rendre à 50 apporterait un brin de positif à une fin de saison qui n’en compte pas beaucoup.

 

Et le plus beau de l’affaire, c’est que le Canadien pourra vraiment tenter de gagner vendredi au lieu de souhaiter une défaite, car il est déjà assuré du dernier rang du classement général.

 

Premier, deuxième ou troisième

 

Eh oui!

 

La victoire du Tricolore combinée au gain en prolongation des Coyotes de l’Arizona – la troupe d’André Tourigny a comblé un recul de 0-3 pour finalement l’emporter 4-3 en prolongation – a permis au Canadien de gagner la 32e et dernière place au classement général.

 

Elle a permis du coup de gagner les probabilités les plus élevées de mettre la main sur le gros lot à la loto-repêchage que la LNH tiendra le 10 mai.

 

Ça n’assure pas le Canadien de gagner la toute première sélection lors de l’encan amateur qui se tiendra à Montréal le 7 juillet prochain. Mais ça assure le Canadien de l’une des trois premières sélections.

 

Considérant que le Tricolore n’a pas eu la main très heureuse – Jesperi Kotkaniemi en 2018 et Alex Galchenyuk en 2012 – les deux dernières fois qu’il a sélectionné au troisième rang, ce serait peut-être une bonne idée de piger tout premier ou bon deuxième afin de maximiser ses chances de profiter d’une sélection aussi hâtive pour vraiment mettre la main sur un joueur capable de servir de base solide dans le cadre de la reconstruction du club.

 

Mais il est déjà assuré d’une place sur le podium.

 

Est-ce que le Canadien est rendu si bas qu’il faut célébrer les records de médiocrité évités et les meilleures probabilités de gagner la loto-repêchage?

 

La réponse est oui! Car rendu où le Canadien est rendu, l’organisation et ses plus fidèles partisans doivent célébrer tout ce qu’ils ont à célébrer. Surtout qu’ils n’auront pas beaucoup plus d’occasions de le faire l’an prochain.

 

Petry s’éveille sur le tard...

 

Jeff Petry offre au Canadien et à ses partisans une autre raison de célébrer la saison qui achève.

 

Je sais : célébrations et Jeff Petry ne semblent pas aller de pair cette année. À moins que ce soit en matière de célébrations de la part des adversaires qui ont su profiter des erreurs nombreuses du vétéran défenseur.

 

ContentId(3.1405742):Canadiens : Jeff Petry termine la saison sur une bonne note (L'Antichambre)
bellmedia_rds.AxisVideo

Mais avec ses deux buts enfilés au Madison Square Garden, mercredi, deux buts très semblables marqués à l’aide de tirs vifs et précis dans les lucarnes à gauche et à droite du gardien Alexandar Georgiev, deux buts marqués au cours de la dernière minute de jeu en deuxième période – pour donner les devants 2-1 – et au dernier tiers pour offrir la victoire à son équipe, Petry confirme son éveil remarqué au cours des dernières semaines.

 

Vous direz, avec raison, que ce réveil est un brin tardif. Vous ajouterez, avec tout autant de raison, que ce réveil survient alors que les matchs ne veulent plus rien dire et que le Canadien, comme ses adversaires à New York mercredi, joue sans grande conviction.

 

Mais cet éveil est important quand même.

 

Car au-delà les deux buts marqués mercredi – un premier match de deux buts cette saison – au-delà ce cinquième match de deux points de la campagne, c’est l’ensemble du jeu de Petry qui s’est replacé au cours des dernières semaines.

 

Il patine avec plus d’aisance. Il distribue la rondelle et décoche des tirs en direction du filet avec plus de confiance. Et surtout avec beaucoup plus d’efficacité.

 

Pourquoi?

 

Les conseils et le renforcement positif offerts par Martin St-Louis ont certainement quelque chose à voir dans tout ça. Mais il ne faudrait pas minimiser l’apport de Joel Edmundson dans l’équation.

 

Jeff Petry a beaucoup de talent. Il est de loin le défenseur le plus talentueux à la ligne bleue du Tricolore.

 

Mais ce vétéran est fragile. Malgré son expérience, il peine à mettre de côté les erreurs qu’il commet. Non seulement se laisse-t-il atteindre par les erreurs dont il est responsable, mais il les multiplie ensuite. Avec les résultats désolants associés à ses performances lors de ses 45 ou 50 premiers matchs de l’année.

 

Pour mettre en valeur son talent et ses qualités, Jeff Petry a besoin de jouer avec confiance. Cette confiance lui vient depuis l’an dernier de Joel Edmundson. Le duo ne joue pas en ce moment au rythme qu’il imposait en début de saison l’an dernier alors que Petry et Edmundson formaient l’un des duos les plus efficaces de la LNH.

 

Mais lors des 16 matchs qu’il a disputés avec un partenaire dont il semble vraiment avoir besoin pour jouer avec le niveau de confiance dont il a besoin pour avoir du succès, Jeff Petry a récolté 13 points (2 buts) en 16 rencontres. Dix points à ses 10 dernières parties disputées depuis son absence de sept matchs en raison d’une blessure.

 

Le garder à Montréal? Pourquoi pas!

 

Jeff Petry a demandé une transaction plus tôt cette année. Ça n’allait pas bien sur la patinoire. Même que ça allait très mal. Rien pour l’aider, son épouse a décidé de retourner aux États-Unis, avec leurs enfants, en raison de l’incertitude associée à la situation de la COVID à Montréal.

 

Tout en assurant qu’il ne donnerait pas Jeff Petry, le directeur Kent Hughes a indiqué qu’il tenterait de le satisfaire.

 

Le couperet est tombé sur la période des transactions et Petry n’a pas bronché. Il faut dire qu’à l’époque, Petry attisait plus les doutes que la confiance à son endroit.

 

En jouant comme il le fait maintenant, il donne des munitions à l’état-major pour conclure une transaction qui satisfera les deux parties. En démontrant qu’il est en mesure d’offrir du bon hockey s’il évolue dans un système et avec un partenaire en mesure de gonfler sa confiance au lieu de la dégonfler, Petry pourrait être échangé sans que le Tricolore ait à garder une portion de son salaire.

 

Si, bien sûr, c’est la volonté de l’état-major.

 

Ce faisant, le départ de Petry donnerait au Canadien de la marge sous le plafond salarial dont il aura grand besoin s’il décide de courtiser un défenseur par le biais du marché des joueurs autonomes.

 

Petry a beau avoir connu une saison très difficile. Il demeure le défenseur le plus important du Canadien. S’il part, il faudra le remplacer. Et ce ne sont pas l’un ou l’autre des bons jeunes insérés au sein de la brigade défensive depuis un mois qui y arriveront.

 

Du moins pas à court terme.

 

Et si Petry décidait de demeurer à Montréal finalement? Si la complicité retrouvée avec Joel Edmundson lui redonnait le goût d’endosser le chandail tricolore l’an prochain? Si la bénédiction de son épouse qui traverserait la frontière vers le Nord pour redonner à son hockeyeur de mari la stabilité familiale – et c’est tout à son honneur – dont il a besoin pour performer sur la patinoire était de nature à mousser son intention de jouer pour le Canadien :

 

Est-ce que le Canadien devrait alors le garder?

 

Si cette volonté est solidement ancrée dans la tête du principal intéressé et de son épouse, ma réponse serait certainement. Car Petry est bien meilleur que ce qu’il a offert cette année. Il a encore plusieurs bonnes saisons à offrir. Et s’il les multiplie ailleurs qu’à Montréal et que le Canadien n’a pas obtenu assez en retour de ses services, on pourrait vite regretter la perte de ce mal aimé de grands pans de partisans et de quelques journalistes.

 

L’avenir de Carey Price demeure le centre d’attention et de préoccupation du Canadien en ce moment. Et il le demeurera tant et aussi longtemps que l’incertitude associée à l’état de son genou planera au-dessus du vestiaire.

 

Une victoire à la loto-repêchage vient tout de suite après.

 

Le contrat de Shea Weber et les options de transactions permettant de s’en débarrasser suivent loin derrière dans la liste des préoccupations. Tout comme la situation des Jonathan Drouin, Mike Hoffman, Christian Dvorak et autres attaquants dont les noms ne sont pas Suzuki, Caufield, Anderson.

 

Cela dit, le dossier Jeff Petry est tout aussi crucial pour l’avenir à court et moyen terme de l’équipe. D’où l’importance à accorder à l’éveil remarqué au fil des dernières semaines. Un réveil tardif, oui, mais un réveil nécessaire pour mieux dicter la suite des choses.