MONTRÉAL – Pendant que Claude Julien doit trouver des solutions pour éviter que le Canadien prolonge sa séquence de gaspillage de points au classement aux mains d’adversaires pourtant pas vraiment menaçants, Sheldon Keefe doit trouver des solutions pour relancer les Maple Leafs, les ramener dans le portrait des séries et sauver le job de son patron Kyle Dubas.

 

Si vous vous demandez qui diable est Sheldon Keefe, c’est que vous n’avez pas suivi les nouvelles mercredi. Et pas juste les nouvelles dans le monde du sport.

 

Car le congédiement de Mike Babcock a autant retenu l’attention à Toronto et dans le « Rest of Canada » que les assermentations des nouveaux ministres du cabinet de Justin Trudeau. Peut-être même plus!

 

Ce n’est pas le fait que Babcock perde son job d’entraîneur-chef des Maple Leafs qui a pris tout le monde par surprise mercredi. Et ce même si les Maple Leafs doivent lui verser son salaire qui dépasse les 6 millions $ par année pour le reste de la saison qui commence et les trois qui suivront.

 

Ce qui surprend, et surprend vraiment, c’est le moment choisi par Dubas pour le limoger.

 

Quand un DG sacre son coach à la porte, il s’arrange normalement pour le faire dans un contexte qui favorisera l’entrée en scène de celui qu’il a choisi pour prendre la relève.

 

Battus 4-2 à Las Vegas mardi – c’était leur cinquième défaite en temps réglementaire de suite et leur sixième revers consécutifs – les Maple Leafs disputeront neuf de leurs 11 prochaines rencontres sur la route.

 

En passant : les Leafs viennent de perdre les cinq derniers matchs disputés loin de Toronto. Après 10 matchs sur la route, ils présentent un dossier de trois gains et sept défaites.

 

Et comme la séquence de neuf matchs en 11 sur la route qui servira de tremplin à Keefe commence dès jeudi en Arizona, le successeur à Babcock débarque derrière sa nouvelle équipe sans même voir eu le temps de lui donner une idée de la direction qu’il veut prendre, des changements qu’il entend imposer.

 

On est loin ici de conditions favorables, même si certains prétendent qu’au contraire, le fait de procéder à cette transition loin du tumulte pour ne pas dire du chaos qui prévaut à Toronto sera dans les faits une bénédiction.

 

Peu importe mon ou votre opinion sur le moment choisi par Dubas pour effectuer son changement d’entraîneur, le fait que cette décision soit tombée comme elle est tombée mercredi démontre clairement que le directeur général des Leafs ne pouvait plus endurer la situation. Ou son coach. Ou un malheureux mélange des deux.

 

Surtout qu’il semblait très clair que les joueurs des Leafs avaient atteint le même niveau d’intolérance à l’endroit de leur coach. Si vous avez suivi le match de samedi à Pittsburgh, vous avez vu des Leafs qui semblaient bien plus intéressés à démontrer qu’ils avaient décidé de larguer leur coach que de profiter de l’absence de Sidney Crosby pour battre les Penguins.

 

Et quand des joueurs décident de larguer leur coach, la question n’est plus de savoir s’il sera congédié, mais bien simplement quand ce congédiement sera confirmé.

 

Le départ de Lamoriello a sonné le glas

 

Le congédiement de Mike Babcock était donc prévisible. De fait, il l’était bien avant la défaite de 6-1 aux mains des Penguins.

 

Il l’était depuis le moment où Brendan Shanahan, le président de l’équipe, a décidé de remplacer Lou Lamoriello par le jeune Kyle Dubas dans le siège de directeur général des Maple Leafs.

 

Comme Lamoriello, Mike Babcock est de la vieille école. Comme Lamoriello, Mike Babcock aime avoir l’entier contrôle des opérations. Les deux hommes se comprenaient. Ils s’appréciaient.

 

Quand Dubas, un jeune intellectuel spécialiste des statistiques avancées bien plus à l’aise dans une mêlée de chiffres que dans une mêlée dans les coins de patinoire, est débarqué, il était clair que lien qui unissait le coach à son ancien DG allait casser. Qu’il venait de casser!

 

Avec son parcours, sa coupe Stanley, ses médailles d’or aux Olympiques et à la coupe du Monde, sa réputation, les millions $ garantis par son contrat, le plus riche de l’histoire de la LNH, Babcock n’allait quand même pas se faire dire quoi faire et comment le faire par un DG au nombril vert.

 

Et quand vous parlez à des observateurs gravitant près des Leafs qui ont été témoins du départ de Lamoriello au profit de Dubas, ils ont des tas d’histoires à conter sur les critiques à peine voilées du coach à l’endroit de son patron.

 

Certaines ont même été très publiques :

 

Rappelez-vous les doléances de Babcock à la suite des pertes au ballottage des gardiens Curtis McElhinney (Caroline) et Calvin Pickard (Philadelphie) l’an dernier. Le coach voulait garder McElhinney et il s’est retrouvé avec Garret Sparks comme adjoint. Non seulement Sparks n’a pas été en mesure de faire le travail, mais qui n’est plus aujourd’hui dans l’organisation des Leafs, mais bien dans celle des Golden Knights.

 

Cet exemple et plein d’autres donnent du poids aux prétentions selon lesquelles les deux hommes étaient impliqués dans un duel à finir.

 

Selon ce qu’on comprend du dossier, Dubas aurait bien aimé congédier Babcock dès l’été dernier afin d’amorcer la saison sur des bases nouvelles. Avec un nouveau coach qui serait plus près des réalités des jeunes joueurs. Avec un coach qui occuperait moins de place sous les projecteurs que ses jeunes vedettes.

 

Il n’a pas obtenu le feu vert de la haute direction. Après tout, c’est Brendan Shanahan qui a fait l’embauche de Babcock lorsque sa candidature est tombée du ciel. Vous vous souvenez? Babcock était sur le point d’accepter le contrat offert par les Sabres de Buffalo. Guy Boucher était sur le point de signer à Toronto. Mais Shanahan a reçu un appel de Babcock, un appel qu’il n’attendait plus, un appel qui lui indiquait qu’il était prêt à faire le saut à Toronto. Et comme ça, en moins de temps que ça prend pour dire « oui, allô », les Sabres et Boucher se retrouvaient le bec à l’eau.

 

Il faut croire que l’affreux début de saison des Leafs et les indications très claires que les joueurs, ou une majeure partie d’entre eux, avaient largué leur coach ont obligé Shanahan à se raviser. À finalement donner raison à son directeur général.

 

Dubas et Keefe : deux têtes sur un même billot

 

Maintenant qu’il a obtenu la tête de Babcock – et c’était peut-être vraiment un congédiement nécessaire – Kyle Dubas devra répondre de sa décision.

 

« L'équipe manquait de constance »

Car en plaçant Sheldon Keefe dans une position aussi périlleuse que celle de diriger une équipe que plusieurs voyaient déjà en finale de la coupe Stanley alors qu’il n’a pas la moindre expérience dans la LNH comme coach et si peu comme joueur, Dubas place sa tête tout juste à côté de celle de son entraîneur.

 

Des têtes qui rouleront rapidement si l’équipe ne répond pas favorablement au changement à 180 degrés effectué mercredi.

 

Aussi motivés soient Dubas et Keefe, aussi bien intentionnés puissent-ils être, aussi bien outillés croient-ils l’être, ces deux nouveaux complices ont bien peu d’expérience pour les aider.

 

Pis encore, ils n’ont pas la moindre marge d’erreur pour les sauver.

 

Parce qu’il est impossible de refuser un défi comme celui de diriger une équipe comme les Maple Leafs, Sheldon Keefe n’a rien à perdre dans l’expérience. En fait oui : il pourrait perdre la chance de faire bonne première impression dans la LNH si les choses ne vont pas comme il le voudrait. Mais cela arrive, ce n’est pas lui qui essuiera les pires critiques, les pires jugements.

 

Les critiques assassines et les jugements lapidaires seront dirigés à l’endroit de Kyle Dubas qui vient de gagner une bataille en larguant comme il le voulait un coach qui prenait trop de place par rapport aux résultats qu’il obtenait.

 

Mais Dubas a encore beaucoup à faire pour gagner la guerre. Il doit non seulement voir les Leafs revenir en séries, mais il devra aussi gagner au moins une ronde, peut-être même deux afin de démontrer que c’est lui et non Mike Babcock qui avait raison.

 

En bref

  • Le Canadien vient donc de perdre tour à tour aux mains des Devils du New Jersey qui n’ont pas disputé un grand match, des Blue Jackets qui n’ont pas disputé un grand match et des Sénateurs d’Ottawa qui eux non plus n’ont pas disputé un grand match. Les deux points primes amassés dans les défaites en prolongation sont loin de faire contrepoids à la déception associée à ces trois revers...
     
  • Dans ses commentaires d’après-match, Claude Julien mis sur le compte de la paresse des attaquants Nick Suzuki et Tomas Tatar le fait que Brady Tkachuk ait pu profiter d’une échappée au terme de laquelle il a déjoué Carey Price pour donner la victoire aux Sénateurs. Vrai que Tatar a semblé lent face à Tkachuk. Très lent en fait. Mais c’est un manque d’expérience et de communication de la part de Suzuki qui a placé Tatar dans une vilaine position sur le jeu. Mais bon : de la façon dont il joue depuis le début de la saison, Tatar ne peut se permettre d’être victime d’un jeu comme celui qui a mené au but de la victoire pour les Sens...
     
  • Les Sénateurs affichent donc sept victoires à leurs dix derniers matchs et Jean-Gabriel Pageau revendique 10 buts depuis le début de cette séquence. Deux réalités qui en surprennent plusieurs autour de la LNH. «Tout est une question de confiance. Quand je lance ces temps-ci, je le fais pour marquer et non seulement pour obtenir un tir au but. Quand je vais devant le but comme je l’ai fait ce soir, j’y vais en me disant que ça me donnera une chance de marquer », a expliqué Pageau après la rencontre.
     
  • Envoyé devant le filet dans le cadre d’un deuxième match en deux soirs, Carey Price a réalisé quelques bons arrêts sur les 26 tirs des Sénateurs. Mais il a été éclipsé par son vis-à-vis Craig Anderson qui a permis à son équipe de rester dans le match en dépit la domination du Tricolore en première moitié de rencontre. Le vétéran des Sens a stoppé 35 des 36 du Canadien qui a décoché un total de 74 tirs contre seulement 51 pour Ottawa...
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