Après 10 Coupes Stanley avec le Canadien de Montréal, Serge Savard ne manque pas d’anecdotes, de réalisations ou d’opinion lorsque vient le temps de discuter du Tricolore.

De passage dans les studios de l’Antichambre dans le cadre du lancement de sa biographie intitulé Serge Savard : Canadien jusqu’au bout, l’ancien défenseur et directeur général de l’organisation montréalaise s’est ouvert sur plusieurs sujets concernant l’équipe dont le logo est tatoué sur son cœur.

Serge Savard dans l'Antichambre

« J’ai fait un très beau voyage. Il y a 24 Coupes Stanley dans l’histoire du Canadien et j’en ai participé à 10. À cette époque, dans les années 50, il n’y avait pas de repêchage au Québec, et vous ne trouviez pas un jeune Québécois qui ne voulait pas jouer pour le Canadien. On voulait jouer pour le Tricolore », a mentionné celui qui a disputé 14 saisons avec l'équipe.

Une situation sur laquelle que le principal intéressé s’interroge avec la réalité de la LNH aujourd’hui. Dans une ère régie par le plafond salarial, ils se font de plus en plus rares les joueurs qui peuvent évoluer au sein d’une même formation tout au long de leur carrière ou presque.

Le sentiment d’appartenance est ainsi difficile à créer, une dimension qui était essentielle lorsqu’il a enfilé le chandail Bleu-Blanc-Rouge pour la première fois en 1967.

« C’est l’appartenance qui n’existe à peu près pas. Si je demande de nommer les joueurs du Canadien il y a quatre ans, on se demande même s’il en reste. On peut les compter sur une main c’est certain. Lorsque j’ai entamé ma carrière en 1967, on était presque certain de terminer notre carrière avec le Canadien. Le CH était sur notre cœur », a mentionné celui qui a conclu sa carrière de joueur avec un passage à Winnipeg.

« Aujourd’hui, après la dernière défaite, il y en a 15 joueurs qui quittent pour retourner chez eux. Ce qui s’écrit dans les journaux au cours de l’été, ça ne les affecte pas », a-t-il souligné.

Savard se souvient encore comment il écoutait passionnément les rencontres du Canadien à la radio alors qu’il était jeune. Il se remémore à quel point la soirée de trois buts de Jean Béliveau à ses débuts avec le Tricolore était exceptionnelle. Après avoir eu Maurice Richard comme idole, Savard avait alors ajouté Béliveau à cette liste, un modèle qu’il allait rencontrer à son arrivée dans le vestiaire quelques années plus tard.

« Tu rencontres le pape, se rappelle-t-il au sujet de sa première rencontre avec le célèbre no 4. Aujourd’hui, on parle du flambeau, mais ils ne savent pas ce que ça veut dire. Quand je suis rentré dans le vestiaire du Canadien, Jean Béliveau m’a donné la main pour me souhaiter la bienvenue. C’était quelque chose!  »

La carrière de Savard comme joueur lui aura permis de soulever le trophée de Lord Stanley en huit occasions avec le Tricolore. Même si chacune occupe une place de choix dans son cœur, il ne peut cacher que la conquête de 1976 qui mettait un terme au règne des Broad Street Bullies avec les deux victoires des Flyers de Philadelphie était plus que spéciale.

« Si tu parles à n’importe quel joueur du Canadien de cette édition, ils vont te dire qu’on a plus de satisfaction en raison de ça. On pense que les Flyers ont volé deux Coupes Stanley, car la Ligue nationale leur a permis. Elle n’a pas changé les règlements. »

« Il y a eu un manque de bons joueurs, ce qui fait qu’il y a eu trop de mauvais joueurs dans la LNH pendant une période. Au lieu d’avoir un dur à cuir, il y en avait quatre à Philadelphie. Il n’y avait pas d’Européens à ce moment. Si on voulait jouer contre les Flyers, il nous en fallait quatre aussi », a mentionné au sujet des premières expansions.

« La raison pour laquelle on les a battus, c’est que nous étions plus gros. Larry Robinson, Guy Lapointe et Pierre Bouchard nous rendaient plus gros qu’eux, alors c’est comme ça que nous avons gagné. En plus c’était en quatre parties », s'est-il souvenu.

Prendre place comme DG

L’épopée de Savard avec le Canadien s’est poursuivie après sa retraite, alors qu’en 1983, il héritait du poste de directeur général. Au cours de son passage au deuxième étage, il a de nouveau goûté aux grands honneurs, tout d’abord en 1986, et ensuite en 1993, cette fois en tant qu’architecte.

Pas assez de Québécois chez le Canadien?

« Lorsque tu es là comme joueur et que tu gagnes la Coupe Stanley, c’est ce qu’il y a de mieux au monde. »

« Lorsque tu gagnes comme directeur général, ce n’est pas pareil comme tu n’es pas dans le feu de l’action, mais la satisfaction est la même. J’ai participé à former cette équipe. C’est incroyable comme sensation », a-t-il expliqué.

Serge Savard souligne d’ailleurs que sa recette était simple, il voulait garder la même approche que celle du temps où il enfilait lui-même les patins. Son expérience a d’ailleurs eu son pesant d’or dans la conquête de la Coupe Stanley 1993, la dernière par une équipe canadienne à ce jour.

Vincent Damphousse a précisé qu’un discours de sa part après la deuxième défaite devant les Nordiques de Québec avait motivé les troupes.

« Après le deuxième match à Québec, on est restés à l’hôtel et nous avons eu une rencontre d’équipe. J’ai dit aux joueurs que nous avions mieux joué qu’eux et qu’on aurait dû gagner au moins un match. On va les battre », a relaté Savard.

La réalité des directeurs généraux actuellement est telle, que celui qui a vu son mandat prendre fin en 1995 ne regrette pas d’avoir vécu cette expérience durant cette période.

« Je n’ai jamais échangé un joueur sans avoir pris le temps de l’appeler pour lui dire pourquoi. Croyez-vous que les directeurs généraux font ça aujourd’hui? C’est une question de masse salariale aujourd’hui. Ce ne doit plus être plaisant », a-t-il avancé.

« Un regard plein de lucidité et de sagesse »
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