DALLAS – Le Canadien est loin de se plaindre puisque repêcher aussi haut que le troisième rang demeure un privilège rare. Toutefois, la troisième sélection comporte son lot de risques cette année avec une panoplie de possibilités.

L’état-major du club montréalais n’aurait pas eu à se poser une tonne de questions s’il avait disposé du premier ou du deuxième choix. Comme la très grande majorité des experts, Trevor Timmins considère que Rasmus Dahlin et Andrei Svechnikov se démarquent du lot. 

 

C’est après que le « fun » commence. Le Tricolore pourrait autant suivre l’option la plus logique en repêchant Filip Zadina, mais il pourrait aussi se laisser tenter par l’un des nombreux défenseurs talentueux (les Quinn Hughes, Noah Dobson, Evan Bouchard et compagnie) ou bien par un projet plus audacieux comme le centre Jesperi Kotkaniemi sans oublier l’intrigant Brady Tkachuk.

 

Questionné sur ce fameux troisième choix, Timmins s’est lancé dans une association pertinente.  

 

« Si je veux faire une comparaison, je vais remonter à notre sélection de Carey Price avec le cinquième choix (en 2005). C’était une grosse décision parce qu’on avait une belle profondeur devant le filet à ce moment, mais on avait l’impression qu’il pourrait devenir un joueur de concession pour nous. C’est une position difficile, ce troisième rang, parce qu’il y a beaucoup de joueurs intéressants à différentes positions », a mentionné l’assistant du directeur général Marc Bergevin.

 

Avant même la fin de la pénible saison du Canadien, le débat a été lancé pour déterminer l’identité du joueur qui constituerait le choix de première ronde de Montréal. La frénésie s’est accentuée au cours des dernières semaines, mais la possibilité de voir un défenseur séduire les dirigeants montréalais n’a pas été évoquée souvent. Pourtant, on parle de défenseurs offensifs très prometteurs qui sont si précieux dans le hockey actuel.

 

« C’est une bonne question. Si on regarde nos espoirs à la défense, on manque de profondeur pour des défenseurs offensifs. Voici ce que je peux vous dire, je ne vais pas en dévoiler davantage », a commenté Timmins en terminant par un sourire.

 

En ce qui concerne Kotkaniemi, son développement en tant que joueur de centre demeure la plus grande incertitude. Il faut savoir qu’il a été principalement utilisé à l’aile cette saison dans la ligue finlandaise.

 

« Il a joué contre des hommes cette année, mais il a évolué au centre toute sa vie, c’est un véritable joueur de centre », a assuré Timmins qui a établi un parallèle notamment avec Mike Fisher qui a commencé sa carrière hâtivement dans la LNH comme ailier jusqu’au moment où il a été prêt physiquement à assumer le rôle de centre.

 

Il serait facile de poursuivre la discussion sur de nombreux joueurs, car il ne s’agit pas d’un repêchage facile à prédire. Derrière Dahlin et Svechnikov, les 31 équipes de la LNH peuvent avoir assemblé des listes très variées.

 

« On a fait nos devoirs »

S’il y a une certitude, c’est que la pression sera grande sur Timmins et son patron Marc Bergevin. Le grand manitou du repêchage pour le Tricolore refuse cependant de voir la situation ainsi.

 

« Quand tu disposes d’un choix dans le top-10, ce joueur doit s’établir dans la LNH. De la pression, je dirais plus que c’est excitant. Je suis dans ce milieu depuis 26 ans, c’est un autre repêchage et c’est amusant. On travaille si fort pendant toute l’année. C’est toujours comme notre Super Bowl ou notre Coupe Grey », a-t-il répondu.

 

Tant qu’à parler de football, Timmins a poursuivi sa réponse de cette manière.  

 

« Je m’attends que le téléphone de Marc sonne. Avez-vous regardé le film Draft Day (Le Pari, avec Kevin Costner) sur les Browns de Cleveland. Ça donne une bonne idée de la pression qui repose sur un DG lors d’un repêchage et sur les tractations qui s'opèrent. Quelqu’un devrait faire la même chose avec la LNH. C’est excitant sur le plancher, il y a beaucoup de choses qui se passent, des discussions, des possibilités qui se présentent. Il faut être bien préparé et connaître les joueurs. »

 

Un 2e choix de première ronde pour la 1re fois depuis 2007?

 

Les partisans sont déjà emballés par le fait que le Canadien puisse repêcher dans le top-3 uniquement pour la quatrième fois depuis 1971. Mais il n’est pas impossible qu’un deuxième choix de première ronde vienne s’ajouter. En effet, toutes les équipes de la LNH savent que le Canadien possède quatre choix de deuxième ronde, ce qui confère la latitude nécessaire à Bergevin pour y parvenir.

 

Les yeux de Timmins s’illuminent quand cette possibilité est soulevée.

 

« C’est quelque chose qu’on n’a pas eu depuis plusieurs années (en 2007 avec Ryan McDonagh et Max Pacioretty). Avec nos quatre choix en deuxième ronde, certaines équipes voudront reculer ou avancer et on aurait des munitions pour le faire. Disons qu’un joueur qu’on avait dans notre top-15 glisse après la 20e position, on pourrait essayer de bouger », a admis le recruteur.

 

L’enjeu demeure de déterminer si on préfère sélectionner quatre joueurs en deuxième ronde ou en sacrifier certains pour bénéficier d’un autre choix de premier tour. Selon Timmins, l’idée d’acquérir un espoir du top-6 en attaque ou du top-3 en défense est plus alléchante que parler plus souvent au deuxième tour.

 

Les partisans du Canadien ne sont pas sans savoir que l’organisation a mis la main sur Alex Galchenyuk à sa dernière tentative au troisième échelon, lors de la cuvée de 2012. Même si Galchenyuk n’a pas comblé les attentes des amateurs, il se classe parmi les meilleurs attaquants de son année avec Filip Forsberg. L’idée est donc de déterminer si le repêchage de 2018 permettra de dénicher un joueur plus dominant.  

 

« Tout comme l’année de Galchenyuk, il y a de très bons défenseurs dans la cuvée actuelle. Sinon, je crois que les joueurs au sommet du groupe de 2018 ont un potentiel plus élevé », a osé avancer Timmins.

 

Deux ans de suite sans piger dans la LHJMQ

 

Avec 10 sélections à sa disposition, le Canadien ne se retrouve pas seulement dans une position privilégiée pour renflouer sa banque d’espoirs, il devrait pouvoir se tourner du côté de la LHJMQ pour la première fois depuis 2015. En effet, le CH n’a pas pigé dans le circuit québécois en 2016 et 2017. De plus, il s’est contenté d’investir dans un choix de sixième ronde en 2015 (Simon Bourque) et de cinquième ronde en 2014 (Daniel Audette).

 

« On le préférerait (de choisir un ou des joueurs de la LHJMQ). On met toujours beaucoup d’accent sur les gars de la ligue québécoise. Mais ça dépend comment les choses se déroulent. Je pense à il y a deux ans (en 2016) quand on a échangé deux choix de deuxième ronde (pour acquérir Andrew Shaw) », a réagi Timmins pour se défendre.

 

Selon les rumeurs, Timmins aurait voulu sélectionner Samuel Girard à ce moment et il aurait eu un grand intérêt pour Jérémy Lauzon en 2015.

 

D'après les informations recueillies par le RDS.ca à Dallas, si le Canadien souhaite réclamer le défenseur Nicolas Beaudin, il devra s'approprier un choix de fin de première ronde. Sa valeur serait en hausse et les Blackhawks de Chicago (27e rang) auraient l'oeil sur lui. 

 

Par ailleurs, Timmins a expliqué pourquoi quatre recruteurs avaient appris que leurs services n’étaient plus requis avec le Canadien. Il s'agit de Steve Ludzik fils (Ontario), Andy Bezeau (Nouvelle-Angleterre), Pat Westrum (Minnesota) et Alvin Backus (Colombie-Britannique).

 

« On procède à une restructuration et vous allez en savoir plus éventuellement. On va se concentrer sur le repêchage d’abord. Malheureusement, ce sont ceux pour lesquels on fait des changements dans leur territoire. Leur contrat expire à la fin du mois donc ils n’ont pas été congédiés, mais leur contrat n’a été pas renouvelé. On les a invités à venir au repêchage pour côtoyer les autres équipes notamment », a noté Timmins.

 

Le Canadien n’entend pas embaucher une nouvelle ressource en Ontario puisque Matt Turek donne un coup de main là-bas. Il s’agit aussi de la région de Timmins sans oublier que Serge Boisvert et Donald Audette y sont souvent envoyés.

 

Timmins a tenu à préciser que les recruteurs qui ont perdu leur emploi ne connaissent pas le tableau du repêchage qui a été finalisé par l’organisation. Timmins, Bergevin, Shane Churla et Christer Rockstrom sont ceux qui ont principalement géré cette information.

 

En terminant, Timmins s’est dit satisfait de la première expérience du Canadien de procéder à un Combine en Europe (à Stockholm) où 15 joueurs ont été épiés. À propos du Combine tenu à Brossard – où 28 joueurs étaient présents –, il aura été utile au niveau hockey et il aura même permis de déceler un problème médical cardiaque chez un espoir. Cette découverte pourrait aller jusqu’à sauver une vie. Le Canadien a choisi de ne pas dévoiler l’identité du joueur concerné.

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