BOSTON - Carey Price était encore au rendez-vous. Malheureusement pour le gardien du Canadien, ses coéquipiers et leurs partisans, les fantômes ont décidé de rentrer à Montréal à mi-chemin en troisième période au lieu d’attendre la fin du match.

Il faut dire qu’à ce moment tout allait bien pour le Canadien. Pour Carey Price surtout. À l’image du premier match qu’il a volé aux Bruins, le gardien du Canadien avait multiplié les arrêts. Il avait même ajouté quelques miracles aux dépens de Milan Lucic – encore lui –, de Jarome Iginla – qui est bien discret après deux matchs contre le Canadien – et de Torey Krug qui marquerait sans doute neuf fois sur dix si on lui offrait le même genre d’occasion en or dont il a profité en deuxième période.

En avant 2-1 après 40 minutes de jeu, le Canadien s’est même permis un troisième but en début de troisième. Le deuxième de Vanek au cours de la rencontre. Le deuxième en avantage numérique. Les deux orchestrés par P.K. Subban qui en avait lui-même marqué deux lors d’attaques massives durant le premier match.

Parce que Price était en voie de réaliser un deuxième vol de grand chemin, parce que l’attaque à cinq fonctionnait à plein régime, les fantômes se sont dit que leurs services n’étaient plus requis. Remarquez que tout le monde – même les partisans des Bruins – se disait la même chose tant le Canadien est efficace quand son gardien et son avantage numérique sont brillants.

Les fantômes auraient dû attendre avant de partir. Car dès qu’ils ont quitté l’enceinte, les Bruins en ont profité.

Je me demande encore comment le tir de Dougie Hamilton a fait pour se rendre au filet. Après une belle pièce de jeu orchestrée par Bergeron et Marchand, le défenseur a décoché un tir de la pointe qui est passé entre trois de ses coéquipiers et Andrei Markov qui voulaient aussi la vue de Carey Price.

Dropkick Murphys

Ce n’était pas grave. Pas encore!

Et la chance qui avait pourtant plusieurs fois souri au Canadien lors du premier match lui a fait défaut pas longtemps après lorsque Francis Bouillon a fait dévier le tir de Patrice Bergeron derrière Price. « C’était tout calculé », a poussé avec un petit sourire le joueur de centre québécois après son analyse plus honnête de son but et de la victoire de son équipe. Je ne l’ai bien sûr pas cru. Et vous n’êtes pas obligé de le croire non plus.

Pauvre Bouillon! Il avait fait la même chose sur le premier but.

Ce qui m’amène à poser une question : quand tu profites de la présence de l’un des meilleurs gardiens de la LNH derrière et qu’il joue comme s’il était le meilleur, pourquoi diable se jeter autant devant lui? Je veux bien qu’il soit important de bloquer des tirs, mais si tu nuis plus à ton gardien que tu lui aides en l’empêchant de suivre la rondelle des yeux, me semble que tu te tires dans le pied.

Anyway!

À 3-3, Michel Therrien aurait dû réclamer un temps d’arrêt. Il l’aurait fait sans l’ombre d’un doute s’il ne l’avait pas déjà réclamé en deuxième période. Et c’était nécessaire. Au terme d’une longue présence marquée d’un dégagement refusé, le coach du Canadien avait bien fait de réclamer ce temps d’arrêt pour permettre à ses joueurs de souffler un peu alors que le score était égal 1-1.

Après le but de Hamilton qui avait ragaillardi les fans des Bruins, celui de Bergeron venait de les rendre fous. C’était le délire dans le Garden.

Et là, comme à chaque match lors de la dernière plage de pauses publicitaires, la toune de ralliement des Bruins s’est fait entendre. Vous ne la connaissez pas. Elle s’intitule « Shipping up to Boston » et est chantée – criée en fait – par Dropkick Murphys.

Le délire est devenu de la grande folie et à ce moment précis, je me suis dit que ce deuxième grand match que le Canadien et les Bruins offraient à leurs partisans ou simples amateurs de hockey ne se déciderait pas en prolongation.

La vague était trop forte. Ou bedon le Canadien allait la briser avec un but coupe-gorge en fin de rencontre ou bedon les Bruins allaient poursuivre leur travail de sape.

Vous savez déjà que c’est ce qui est arrivé.

Rilley Smith, après une attaque du Canadien qui a avorté en entrant dans le territoire des Bruins, a marqué le but de la victoire.

Un gain que Milan Lucic a confirmé en marquant dans un filet désert. Lucic avait-il besoin de célébrer comme il l’a fait ce but marqué sans gloire en fin de match? Pas du tout. Mais le gros attaquant a reconnu, en entrevue après la rencontre, qu’il était si frustré de s’être fait voler, deux, trois, quatre buts lors des deux premiers matchs, qu’il se devait de laisser sortir sa frustration. Grand bien lui fasse. Mais c’était exagéré.

Les Dropkick Murphy’s n’ont pas marqué le but de la victoire. Ça non! Mais leur toune a confirmé une autre remontée des Bruins – une troisième remontée victorieuse de deux buts ou plus en sept matchs de séries ce printemps – et voilà que la série est égale 1-1 et qu’elle est « Shippée up to Montréal »!

« Ce n’était pas aussi crucial que l’an dernier contre Toronto – déficit de deux buts effacé en fin de septième match pour sortir les Maple Leafs en première ronde – mais nous ne voulions pas aller à Montréal avec un recul de 0-2 à combler. Le fait de l’avoir fait l’an dernier nous a certainement permis de croire en nos chances de le faire encore », analysait Dougie Hamilton après la rencontre.

Il faut dire que la dernière saison a aussi grandement contribué à bâtir la confiance des Bruins.

Les Bruins ont terminé la saison au 1er rang avec leurs 104 buts marqués au dernier tiers : 31 de plus que le Canadien. Ils ont aussi réalisé sept remontées gagnantes en troisième période cette année.

Dans le camp du Canadien, c’était la première fois cette année – 35-0-3 en saison régulière et 4-0 en séries avant le match de samedi – qu’il encaissait un revers en temps réglementaire alors qu’il menait après 40 minutes de jeu.

Je veux bien croire qu’il était dû. Mais ça n’apaise pas les conséquences négatives pour autant.

Égalité inégale

Le Canadien s’est couché à Montréal sur une égalité de 1-1. Michel Therrien et les rares joueurs qui ont parlé après la rencontre avaient tous raison de dire que leur objectif de diviser les deux premières rencontres à Boston était atteint. Qu’ils se devaient d’être satisfaits.

Ce n’est pas faux. Mais ce n’est pas tout à fait vrai non plus.

Oui la série est égale 1-1. Mais parce qu’elle était si près d’être dominée 2-0 par le Canadien, on peut dire sans risque de se tromper que les Bruins ont bien plus le vent dans les voiles que le Tricolore ce soir. Qu’ils l’auront encore demain matin. Même mardi lorsque les deux équipes se croiseront.

Pourquoi?

Parce qu’en dépit des miracles multipliés par Carey Price, les Bruins ont maintenant marqué sept buts en deux matchs contre lui.

C’est beaucoup.

Ces sept buts des Bruins ont tous été marqués à forces égales. Le Canadien n’en compte que trois. Une statistique qui confirme la domination des Bruins lorsque les deux clubs évoluent en égalité numérique.

Les joueurs du Canadien et leurs partisans pourraient scander haut et fort qu’ils sont malchanceux de se retrouver 1-1 dans la série qui les oppose aux Bruins tant ils ont failli prendre les devants 2-0.

L’ennui, et il est de taille, c’est que les joueurs des Bruins et leurs partisans pourraient répliquer la même chose. Car n’eût été des miracles de Carey Price, les Bruins seraient certainement en quête d’une troisième victoire alors que la série se transporte à Montréal.

On verra de quel côté la balance penchera après la prochaine rencontre.

Les chiffres du match

5 : avec ses deux passes samedi, P.K. Subban a maintenant récolté au moins un point à ses cinq derniers matchs. Il en revendique neuf dont deux buts…

8 : Avec son but et sa mention d’aide, Patrice Bergeron affiche une récolte de 8 points (2 buts) à ses six derniers matchs. Sa plus longue séquence du genre en carrière en séries…

9 : Auteur du but qui a amorcé la remontée des Bruins, Boug Hamilton revendique 9 points (2 buts) en 14 matchs éliminatoires en carrière…

34 : en blanchissant l’attaque massive des Bruins trois fois hier, le Canadien a prolongé à 34 sa séquence de désavantages numériques consécutifs sans avoir concédé de but aux Bruins…

61 : Les Bruins disputaient samedi leur 61e match de séries éliminatoires depuis quatre. Ils sont premiers dans la LNH à ce chapitre ayant disputé 10 matchs de plus que les Kings de Los Angeles leurs plus proches poursuivants…

135 : Zdeno Chara disputait samedi son 135e match de séries éliminatoires en carrière…