AVANT MATCH NO 7 BLUES C. BRUINS

 

Tuukka Rask avait six ou sept ans lorsque, de sa Finlande natale, il a suivi ses premiers matchs de finale de la coupe Stanley.

 

« À cette époque, les matchs de la finale étaient les seuls présentés en direct en Finlande. Mes premiers véritables souvenirs sont associés aux coupes des Rangers – aux dépens des Canucks en 1994 – et les Devils, aux dépens des Red Wings en 1995. C’est là que j’ai commencé à rêver au fait de jouer un jour dans la LNH », racontait Tuukka Rask mardi midi.

 

Vingt-cinq ans plus tard, Rask a non seulement réalisé son rêve de se rendre à la LNH, mais avec une victoire mercredi il soulèvera la coupe Stanley pour la deuxième fois de sa carrière. Contrairement à la conquête de 2011 alors qu’il avait été confiné au rôle d’adjoint de Tim Thomas, Rask occupe un rôle de premier plan cette année.

 

La preuve : avant de soulever la coupe au terme d’une éventuelle victoire des Bruins dans le cadre du septième match de la finale qui les oppose aux Blues de St.Louis, Rask recevra le trophée Conn-Smythe à titre de joueur par excellence des séries. C’est déjà acquis. Un honneur qui pourrait même lui être offert par les 18 journalistes impliqués dans le scrutin en dépit d’un revers des Bruins.

 

Ça vous donne une idée de la qualité des performances du gardien finlandais qui a maintenu une moyenne de 1,93 but alloué par match et une efficacité de 93,8 % au fil des 23 matchs – 15 victoires, 8 revers – disputés depuis le début des séries.

 

À n’en pas douter, les Bruins se retrouvent donc à une victoire de la coupe Stanley en grandes parties grâce à Tuukka Rask.

 

Mais bien qu’il pourrait devenir le sixième joueur – cinquième gardien – de l’histoire à gagner le trophée Conn-Smythe dans une cause perdante, Rask a besoin d’une victoire mercredi soir pour espérer se débarrasser de l’étiquette de perdants que des journalistes et des partisans lui ont accrochée au pied comme un gros boulet depuis la défaite encaissée aux mains des Blackhawks de Chicago lors de la grande finale en 2013.

 

Trophée Conn-Smythe dans une cause perdante

Roger Crozier 1966 Red Wings de Detroit
Glenn Hall 1968 Blues de St. Louis
Reggie Leach 1976 Flyers de Philadelphie
Ron Hextall 1987 Flyers de Philadelphie
Jean-Sébastien Giguère 2003 Mighty Ducks d'Anaheim

 

Un boulet qu’ils se plaisent à raccrocher dès que Rask connaît des ennuis ou que son équipe traverse un passage à vide.

 

Au lendemain de la première défaite (4-1) des Bruins aux mains des Maple Leafs en première ronde, les bourreaux de Rask ont réclamé la présence de Jaroslav Halak dès le deuxième match. Lorsque la série contre Toronto s’est étirée jusqu’à la limite des sept matchs, là encore les détracteurs de Rask ont réclamé la présence de son adjoint devant la cage des Bruins.

 

Chroniqueur émérite au Boston Globe dont la carrière a été auréolée par sa présence au Temple de la renommée du hockey, le collègue Kevin Paul Dupont considère non seulement injustes, mais déplacées ces critiques perpétuelles à l’endroit de Tuukka Rask. Il se fait d’ailleurs un point d’honneur, d’ajouter les mots « C’est de la faute à Tuukka» pour un tout ou un rien sur Twitter.

 

« À écouter ses détracteurs, c’est de la faute à Tuukka s’il pleut ou s’il neige à Boston. C’est aussi de sa faute si Donald Trump s’est retrouvé à la Maison-Blanche », ironise le collègue de Boston.

 

Deux buts qui le hantent toujours

 

Rask a ouvert la porte à ces critiques qui lui collent aux jambières en accordant deux buts en 17 secondes en fin de troisième période du sixième match de la finale de 2013 contre Chicago. Ces buts accordés à Bryan Bickell et David Bolland – à 18 :44 et 19 :01 – du dernier tiers ont transformé l’avance de 2-1 qui semblait suffisante pour permettre aux Bruins de pousser la finale à la limite en revers crève-cœur.

 

Rendez-vous ultime à Boston

Depuis ce match, les détracteurs de Rask s’assurent de vénérer les exploits de Tim Thomas qui avait guidé les Bruins à la coupe Stanley deux ans plus tôt et à minimiser les exploits du gardien finlandais qui lui a succédé.

 

Gardien bouillant devant son filet, gardien plus spectaculaire que technique contrairement à Rask, Thomas a toujours eu une place de choix dans le cœur des amateurs de hockey de Boston. Malgré sa fin de carrière en queue de poisson avec les Bruins – il a été échangé aux Islanders de New York après avoir été suspendu pour son refus de revenir avec l’équipe lors de la reprise des activités de la LNH après le lock-out qui a perturbé la saison 2012-2013 – Thomas est encore vénéré à Boston. Son côté col-bleu, bagarreur même, qui a été élevé modestement dans la région de Detroit où il devait vendre des pommes comme gamin pour aider sa famille à mettre de la nourriture sur la table a toujours été prisé par une majeure partie des partisans des Bruins.

 

À l’autre bout du spectre, Rask, même s’il avait un tempérament bouillant dans les rangs mineurs et à ses débuts avec les Bruins, s’est développé comme un gars beaucoup plus calme, plus posé et plus discret devant le filet que l’était Thomas.

 

Des différences qui n’ont jamais avantagé le gardien finlandais par rapport à son ancien coéquipier américain.

 

Et pourtant!

 

Malgré les deux buts qui ont permis aux Hawks de soulever la coupe quelques minutes plus tard, Rask a terminé les séries 2013 avec une fiche de 14 victoires, huit revers, une moyenne de 1,88 but alloué par rencontre et une efficacité de 94 %.

 

Des statistiques un brin meilleures que celle de Thomas – 1,98 but alloué par match et 94 % d’efficacité – qui avait toutefois signé deux victoires de plus et obtenu le trophée Conn-Smythe en plus de la coupe Stanley.

 

En dépit la défaite encaissée aux mains des Hawks en grande finale en 2013, Rask a toujours maintenu sa place au sein de l’élite de la LNH en plus d’immortaliser sa place dans l’histoire des Bruins.

 

Plus tôt cette saison, Rask a rejoint et dépassé Tiny Thompson (252) à titre de gardien comptant le plus de victoire dans l’histoire des Bruins. Le Finlandais en affiche 265 et il pourrait flirter avec le plateau des 300 s’il reste en forme et en santé l’an prochain.

 

Récipiendaire du trophée Vézina en 2014, Rask occupe une place de choix parmi les meilleurs gardiens encore actifs alors qu’il amorcera une 76e partie consécutive en séries devant la cage des Bruins. Une séquence amorcée en 2013 après le départ fracassant de Tim Thomas de Boston.

 

Henrik Lundqvist – 127 départs avec les Rangers – et Pekka Rinne – 89 départs avec les Predators, mais il a été remplacé à quelques reprises en cours de match – et Jonathan Quick – 85 départs avec les Kings – sont les seuls gardiens à devancer Rask chez les gardiens actifs en matière de départs consécutifs en séries.

 

Notoriété à confirmer

 

Coéquipier de Tuukka Rask depuis que les deux joueurs partagent le vestiaire des Bruins, Patrice Bergeron souhaite que les performances de Rask ce printemps permettront enfin de lui offrir la notoriété qu’il mérite.

 

« Les Bruins sont l’un des six clubs originaux et c’est lui qui a le plus de victoires dans l’histoire de l’équipe. Ce n’est pas rien. J’espère que ça lui donnera la reconnaissance qui lui revient», a lancé Bergeron qui souligne le calme de son coéquipier comme qualité première.

 

« Ce que tu recherches chez un gardien c’est de voir qu’il est en contrôle peu importe le genre de situation. On ne se cachera pas que c’est la position la plus importante au hockey alors quand tu vois ce calme affiché par ton gardien cela a un gros impact sur le reste de l’équipe. » 

 

Malgré la pression déjà imposante associée à un septième match de finale de la coupe Stanley, malgré la réputation de perdant qui lui sera une fois encore lancé au visage un lot de partisans des Bruins en cas de défaite, Tuukka Rask est demeuré de marbre lorsqu’on lui a demandé mardi midi ce qui était de nature à l’inquiéter en vue du dernier défi qui se dresse devant lui.

 

« Il n’y a rien qui m’inquiète vraiment. Je vais aller sur la patinoire et jouer le mieux possible. C’est aussi simple que ça », a tranché le gardien finlandais avant de formuler un souhait.

 

« Étant le seul Finlandais impliqué dans la finale, je suis convaincu que je serai suivi par les amateurs de hockey de chez nous. J’espère que je servirai d’exemple et que des jeunes gardiens profiteront de ce match pour se mettre à rêver eux aussi à être un jour gardien de but dans la Ligue nationale. »