BUFFALO – Trois ans plus tard, Joseph Veleno continue d’attiser les débats.

 

Vous n’aviez probablement jamais entendu parler du jeune homme quand son nom est apparu pour la première fois sur l’écran de votre ordinateur. Il avait 15 ans et le talent lui sortait par les oreilles. Il était bon, bon! Mais à quel point? Personne ne semblait s’entendre là-dessus.

 

Certains ont applaudi la décision de la Ligue de hockey junior majeur du Québec de devancer d’un an son admissibilité au circuit. D’autres l’ont immédiatement jugé indigne d’un privilège qui n’avait jusque-là été accordé qu’à quatre joueurs au pays, dont Connor McDavid et John Tavares.

 

Trois années ont passé. Petit Joseph est devenu grand et c’est aujourd’hui aux portes de la Ligue nationale qu’il cogne. Il a aidé les Sea Dogs de Saint John à gagner la coupe du Président. Il a remporté la médaille d’or au tournoi Ivan Hlinka, qui réunit l’élite des joueurs de moins de 18 ans. Il a été désigné capitaine de son équipe à 17 ans et a récolté 59 points en seulement 43 matchs, séries éliminatoires incluses, après son arrivée chez les Voltigeurs de Drummondville.

 

Il était bon pour vrai. Mais à quel point? Personne ne semble encore s’entendre là-dessus.

 

Convaincue par sa fin de saison à Drummondville, la Centrale de recrutement de la LNH lui a fait faire un bond de cinq places, jusqu’au huitième échelon, dans sa liste finale des meilleurs espoirs nord-américains en vue du repêchage. La firme indépendante ISS Hockey ainsi que le magazine spécialisé McKeen’s l’insèrent tous les deux dans leur top-10. Corey Pronman et Scott Wheeler, du portail Athlétique, le placent respectivement aux 11e et 13e rangs de leur palmarès.

 

Le journaliste Adam Kimelman, de NHL.com, le voit sortir au 15e échelon. Le respecté analyste Craig Button, de TSN, offre le portrait le moins flatteur en l’inscrivant au 28e rang sur sa populaire « Craig’s List », derrière sept autres espoirs qui sont aussi identifiés comme des joueurs de centre.

 

« C’est sûr que je veux être le plus haut possible, mais au final, je veux juste être repêché, minimisait Veleno lors de son passage au camp d’évaluation organisé par la LNH au début du mois à Buffalo. Si je suis le premier joueur de centre choisi, tant mieux, ça va être une belle opportunité. Mais peu importe le rang et l’équipe, je vais arriver à mon premier camp et je vais travailler fort, je vais tout donner et essayer d’être le meilleur possible. »

 

Veleno n’a peut-être pas déchiré sa ligue comme l’ont fait avant lui les autres qui se sont vus accorder le statut d’exceptionnel, mais l’équipe qui prononcera son nom le 22 juin à Dallas mettra néanmoins la main sur un joueur doté d’habiletés offensives indéniables. Le jeune Montréalais est considéré comme un distributeur explosif, travaillant et responsable, un pivot assurément porté vers l’attaque mais qui prend à cœur ses responsabilités défensives.

 

« Rapidité et intelligence, résume le directeur de la Centrale de la LNH Dan Marr. Il a la capacité de faire des jeux à pleine vitesse, ce qui n’est pas donné à tous les joueurs. »

 

Un recruteur d’une équipe de l’Association Est sondé par RDS abonde dans le même sens. « Certains trouvent son patin décevant, mais moi je n’ai aucun problème, je trouve qu’il a une bonne vitesse. Et dans les zones restreintes, il réussit à bien contrôler la rondelle et à attirer l’adversaire vers lui, ce qui permet à ses partenaires de jeu de se démarquer. C’est un bon fabricant de jeu. »

 

« Il est vraiment bon pour sortir des coins, confirme le défenseur Nicolas Beaudin, un autre choix de première ronde potentiel qui évolue avec les Voltigeurs. Tu crois qu’il va aller à gauche et il finit par te battre à droite. Il faut que tu lui accordes beaucoup de respect, sinon il va te faire mal paraître. C’est un gars vraiment intelligent. »

 

Le cœur à la bonne place

 

Ceux qui ont appris à connaître Joseph Veleno depuis son arrivée dans la LHJMQ le décrivent tous comme un jeune homme humble, respectueux et mature.

 

« Ayant moi-même joué dans la LHJMQ à une autre époque, j’ai essayé de me mettre dans sa peau quand il est arrivé à Saint John, raconte Paul Boutilier, un ancien entraîneur-adjoint des Sea Dogs. Malgré toute la pression qu’il pouvait ressentir, il s’est toujours comporté avec classe. Jamais il ne nous a déçus. »

 

Boutilier insiste pour parler de la force de caractère de Veleno. À la fin de la discussion, il enverra une photo de son ancien poulain recevant le titre d’étudiant du mois dès ses premiers coups de patins à Terre-Neuve. Mais il garde également le souvenir d’un joueur de hockey électrisant doté d’instincts, oui, exceptionnels.

 

« En tant qu’entraîneur responsable de la défensive, je demandais à mes gars d’étudier les joueurs adverses, de surveiller leur mouvement et leurs tendances. On veut toujours deviner si le gars va lancer ou passer en se basant sur son langage corporel. Contre 90% des joueurs, je dirais que c’est assez facile à déceler. Mais ce qui m’avait frappé avec Joe, c’est qu’on ne pouvait jamais déchiffrer ses intentions, on ne pouvait pas tricher. Quand on pensait qu’il allait lancer, il passait. Quand on pensait qu’il allait passer, il tirait. Il n’avait pas de patterns, ce qui est assez rare. »

 

Après deux ans, Veleno dit que « des affaires ne marchaient plus » à Saint John. On raconte qu’après le départ des vétérans qui ont aidé l’équipe à atteindre le tournoi de la Coupe Memorial, il a tenté d’en prendre trop sur ses épaules et a commencé à s’enfoncer. Une transaction s’est avéré la meilleure solution pour tout le monde.

 

« On aurait pu s’attendre à ce qu’un jeune qui a eu le statut d’exceptionnel arrive et ne passe pas à travers les cadres de portes, mais vraiment, j’ai appris à connaître un gars très terre-à-terre, atteste Steve Hartley, l’entraîneur-chef des Voltigeurs. Ce n’est pas le plus volubile. Il n’est pas gêné, mais un peu réservé. C’est un gars que j’ai beaucoup apprécié. »

 

Beaudin, qui avait développé une certaine animosité envers Veleno au fil de leurs duels au niveau Midget, est devenu son colocataire et confident.

 

« Dans la vie de tous les jours, il est assez timide, mais les gars à Drummondvillle l’ont mis à l’aise en partant et je pense que ça a juste été bon pour lui. Pour vrai, c’est un gars qui parle dans la chambre, c’est un leader. Je pense que c’est le fait d’avoir joué à Saint John avec des gars plus vieux. Il me parle souvent d’un gars comme Spencer Smallman, qui l’a vraiment aidé de ce côté-là. Quand il est arrivé avec nous, ça a tout de suite cliqué. »

 

Aux yeux de Dan Marr, la réponse positive de Veleno à la transaction est significative.

 

« Étrangement, ça peut parfois être plus difficile de jouer avec d’autres bons joueurs. Que ce soit avec les moins de 18 ans ou à Drummondville, Joe a prouvé qu’il pouvait se démarquer aussi bien lorsqu’il est l’un des visages de son équipe que lorsqu’il est entouré d’autres joueurs de talent. »  

 

Joe Veleno, joueur d’exception? Trois ans plus tard, il n’y a toujours pas de consensus.

 

« Il ne faut pas oublier qu’on a affaire à des adolescents, rappelle Steve Hartley. On parle d’eux comme des pros, comme des robots, mais ce sont des jeunes hommes en plein apprentissage. Moi je l’aime, Joe, c’est un excellent kid. J’ai hâte de voir où il va sortir et j’ai hâte de suivre sa progression. C’est un gars qui va faire son chemin. Il va devenir un pro. »​