LAS VEGAS – Les comparaisons sont inévitables. Et elles dépassent le simple fait que les deux Québécois aient eu à composer avec une petite taille et surmonter des tas de préjugés pour se frayer un chemin jusqu’à la LNH. Jusqu’en finales d’associations et qui sait jusqu’en grande finale, voire jusqu’à la coupe Stanley.

Quand on regarde Jonathan Marchessault multiplier ses succès sur la patinoire et surtout sa manière de jouer pour connaître autant de succès, quand on le regarde dominer son équipe et ses adversaires, quand on remarque son regard confiant, un brin arrogant, un regard qui crie à qui veut l’entendre « ça vous apprendra à douter de moi et de mon équipe », il est impossible de ne pas voir en Jonathan Marchessault les mêmes caractéristiques qui animaient Martin St-Louis.

Assis à son casier dans le vestiaire des Golden Knights qui viennent de compléter l’entraînement matinal à l’aube du troisième match de la finale de l’Ouest qui les opposera dans quelques heures aux Jets de Winnipeg, Jonathan Marchessault esquisse un petit sourire lorsqu’on lui demande si la comparaison l’agace.

Après tout, avec ses six buts et 15 points récoltés en neuf matchs éliminatoires jusqu’ici, 15 points qui le hissent au premier rang des marqueurs de son équipe et lui permettent de partager le septième rang dans la LNH, Marchessault mériterait bien qu’on le reconnaisse à sa juste valeur. Mais bon : la comparaison va de soi. Et elle ne semble pas agacer le principal intéressé.

« Je ne connais pas Martin St-Louis. Je ne l’ai jamais rencontré. Je ne lui ai même jamais parlé. Mais je dois admettre qu’il est le joueur qui a le plus influencé ma carrière. Et de loin. Il est le premier « petit joueur » à avoir non seulement percé la LNH, mais à avoir connu autant de succès. D’autres gars m’ont influencé. Je pense à David Desharnais entre autres. Mais aucun joueur n’a eu l’impact de Martin St-Louis », a convenu Marchessault mercredi matin.

Marchessault défendait les couleurs des typhons de Québec dans la Ligue midget espoir lorsque Martin St-Louis a soulevé la coupe Stanley au printemps 2004.

Le petit gars de Québec (Cap-Rouge) n’a pas de coupe Stanley à son actif. Il n’a pas inscrit son nom sur les trophées Hart, Pearson, Art Ross (deux fois) ou Lady Byng. Du moins pas encore. Mais il a cette attitude qu’affichait Martin St-Louis. Un petit côté frondeur. Un petit côté baveux!

Cet aspect a sauté aux yeux après qu’il eut marqué son deuxième but du match, lundi soir, à Winnipeg. Un deuxième but au terme duquel Marchessault semblait dire avec son regard : « Oubliez toute remontée. Ce match, il est à nous! »

« Je ne peux pas te dire ce que je me disais dans la tête, mais ça ressemblait à ça en effet », a acquiescé Marchessault dont chaque but et surtout chaque victoire attisent en lui le désir de replacer les sceptiques dans le droit chemin.

« Mon petit Martin »

Voisin immédiat de Marchessault dans le vestiaire des Golden Knights, David Perron est aussi un bon ami de son coéquipier.

Non seulement est-il d’accord avec la comparaison St-Louis-Marchessault, mais il assure l’entretenir à sa façon depuis que les deux joueurs se sont retrouvés en début de saison à Vegas. « Des fois, je l’appelle mon petit Martin tellement je trouve que cette comparaison saute aux yeux. Et je t’assure que ce n’est pas pour rire de lui. Au contraire. C’est une grande qualité de pouvoir non seulement s’inspirer d’un gars comme St-Louis et d’avoir le même genre d’attitude. Mais c’est une plus grande qualité encore de pouvoir appuyer tes prétentions avec des performances comme celles que Jo offre à l’équipe depuis le début de l’année et depuis le début des séries. »

« Je suis très fier de Marchessault »

Aux yeux de Perron, dont le caractère a souvent été décrié comme une des choses qui lui nuisaient dans sa quête d’une percée dans la LNH, le fait que Marchessault soit débarqué dans un vestiaire tout nouveau a grandement contribué à ses succès.

« Jonathan affiche une grande confiance. C’est clair. Certains diraient même qu’il est un peu prétentieux sur le bord. S’il était débarqué dans un vestiaire sous le contrôle d’un groupe de vétéran, cette attitude lui aurait causé des difficultés. Je l’ai vécu. Et j’ai vu souvent des jeunes arriver et afficher une confiance qui déplaisait aux vétérans qui contrôlaient le vestiaire. Les jeunes ont vite été mis de côté. Nous sommes tous arrivés en même temps ici. Il n’y avait pas de clique dans le vestiaire. Les gars ont pris leur place rapidement et je suis convaincu que celui a permis à Jonathan de bien se faire connaître avant de simplement être jugé. Cela a été bon pour tout le monde », a ajouté Perron.

David Perron – il a raté le dernier match en raison d’une blessure et les Golden Knights n’ont pas dévoilé s’il serait ou non de la troisième rencontre – a non seulement appris quelques trucs en côtoyant Marchessault, mais il lui a aussi « volé » son outil de travail.

« Je le regardais décocher des tirs en début de saison et j’étais impressionné. Il arrivait toujours à mettre du poids derrière les rondelles, même s’il n’était pas toujours en parfait équilibre. J’ai donc essayé un de ses bâtons. C’était très différent. J’ai toujours opté pour des bâtons très rigides (flex de 100) parce que je mettais tout mon poids derrière les tirs. J’avais aussi une petite courbe. Le bâton de Jonathan est beaucoup plus flexible (75) et la lame est plus courbée. J’ai tellement aimé le feeling que j’ai joué pendant des semaines avec des bâtons qui arboraient son nom sur le manche en attendant que CCM me confectionne les miens... »

Quête de respect

Entraîneur-chef des Golden Knights, Gerard Gallant ne s’en fait pas le moindrement avec l’attitude de Marchessault. Il s’en fait encore moins avec les comparaisons avec St-Louis.

« S’il s’inspire d’un aussi bon joueur pour connaître du succès dans la LNH, ce sera une excellente nouvelle pour nous. Marchi a mis du temps à se faire une place dans la LNH. Il travaille sans relâche. Il a donné 30 buts en Floride l’an dernier où je l’ai connu et il se donne encore sans compter à la cause de son équipe cette année. Pour ce qui est de l’attitude, il est peut-être un peu frondeur, oui il parle, oui il est impliqué, mais je suis assez en contact avec mon vestiaire pour savoir que c’est un joueur apprécié de tous et dans tous les aspects qu’il apporte », a conclu Gallant.

Cette « attitude » affichée par le Québécois âgé de 27 ans est étroitement reliée à une quête de respect autant à son endroit qu’à l’endroit de son équipe et de ses coéquipiers.

« On est rendu en finale de l’Ouest et il y a encore beaucoup de monde qui doute de nous. Ça n’a pas de sens. Ce n’est pas par accident qu’on est rendu ici. Oui on a surpris en début de saison, mais regarde ce qu’on a fait ensuite. Ce n’est pas de la chance rendu là », a plaidé Marchessault.

C’est vrai. Mais quand j’ai fait remarquer à Marchessault que j’avais misé sur les Kings en première ronde parce qu’ils avaient infligé deux revers consécutifs aux Knights à la fin février, le Québécois a reconnu que ces deux revers avaient eu un gros impact sur la série. Un impact positif.

« Ces deux défaites de suite nous ont réveillés. Quand on s’est retrouvé contre les Kings en première ronde, on savait que ce serait difficile. Ils forment, à mes yeux, la meilleure équipe défensive de la Ligue. Avec Quick, Doughty et leur style, ils sont très difficiles à percer. Ce n’est pas pour rien que les matchs ont été aussi serrés et à aussi bas pointages. On avait peur des Kings en première ronde. Cette crainte nous a aidés à demeurer concentrés. À prendre les moyens pour gagner. Mais encore là, ce n’est pas de la chance », a ajouté le Québécois qui ne s’est pas rendu à Las Vegas par chance non plus, mais bien davantage en raison de son travail, de sa confiance, de son attitude.

« Je n’ai jamais été le meilleur de mon équipe. Quand j’ai terminé ma carrière junior à 20 ans avec les Remparts de Québec, personne n’aurait pu dire ce qui m’attendait dans les rangs professionnels », a d’ailleurs convenu Marchessault mercredi.

De fait, Patrick Roy qui était alors son coach et son directeur général a reconnu au cours des derniers jours à des collègues de Québec ne pas avoir été en mesure de promettre une carrière professionnelle à celui qui avait « sauté » le couvre-feu à trois reprises avec les Remparts.

« Ça, ce sont les fois dont il est au courant », a ricané Marchessault.

Plus sérieusement, le Québécois tient à préciser que la chance l’a aidé à quelques reprises en lui offrant des occasions dont il a su profiter.

« À Hartford lors de ma première année professionnelle j’étais confiné à un quatrième trio. Deux gars ont été réclamés au ballottage et j’ai alors eu ma chance. Avec Tampa, ç’a été la même chose. Quatre blessures ont entraîné des tas de changements et encore là j’ai pu en profiter. Tu as beau travailler. Il faut des breaks de temps en temps et j’en ai eus. J’ai su en profiter.»

L'avantage aux Golden Knights?