OTTAWA – La dernière fois que le Canadien a croisé les Golden Knights de Vegas sur son chemin, il avait été complètement écrasé par un redoutable rouleau compresseur.

 

C’était en février dernier. Le Canadien était mauvais, c’est vrai. Il était alors au cœur d’une série de six revers. Mais les Golden Knights formaient à ce moment une formidable machine de hockey. Ce soir-là, ils avaient marqué six buts et remporté un troisième match de suite. Au cours de la semaine suivante, ils avaient complété une séquence de cinq victoires en six matchs à domicile.

 

Dans ces cinq victoires, ils avaient marqué un total de 28 buts.

 

Moins d’un an plus tard, l’attaque des Knights suscite autant de crainte qu’un escadron de Bixi. Oubliez la victoire de 5-3 qu’ils ramènent d’Ottawa : les 2,37 buts qu’ils génèrent en moyenne à chaque match les placent au 29e rang dans la Ligue nationale.

 

En comparaison, les Chevaliers Dorés avaient produit 3,27 par rencontre à leur année d’expansion, bon pour le septième rang à l’échelle de la LNH. Cette saison, les Capitals de Washington sont la référence du circuit en la matière avec 3,64 buts par match en moyenne.

 

Après avoir mitraillé Craig Anderson de 42 rondelles, les Golden Knights ont maintenant dominé leur adversaire au chapitre des tirs au but dans 12 de leurs 16 matchs cette saison. Mais ils montrent une fiche de 5-6-1 dans ces rencontres.

 

« Rendus au point où on est, c’est bien beau avoir des lancers, mais ça prend des lancers de qualité aussi et ce n’est pas ça qu’on a, pestait Jonathan Marchessault avant d’affronter les Sens. On peut aussi dire qu’on gagne des périodes, qu’on domine, mais en bout de ligne, ce sont les deux points qui comptent. Pour notre équipe, je pense qu’en ce moment, il n’y a rien de plus important que les deux points. »

 

Personne dans le vestiaire des Golden Knights ne semble plus affecté par cette sécheresse offensive que Marchessault. Après avoir mis en banque dix points à ses huit premiers matchs, le pivot du premier trio n’a fourni que deux buts à ses huit dernières parties. Il a touché la cible lors d’avantage numérique jeudi, mais la léthargie de ses ailiers s’est poursuivie : William Karlsson a été blanchi dans un sixième match de suite tandis que Reilly Smith n’a célébré qu’une fois à ses onze derniers.

 

« Je pense qu’il faut se regarder dans le miroir, reconnaissait Marchessault. On est une partie de la raison pour laquelle on n’a pas de succès en ce moment, on n’est pas capable de mettre la rondelle derrière le gardien de but. On a des chances, mais pour nous autres, ce n’est pas assez, avoir des chances. Il faut que tu sois capable d’être productif et on ne l’est pas en ce moment. Il faut s’en sortir. »

 

« Jusqu’à maintenant cette année, j’ai l’impression qu’on doit pousser un traîneau au sommet d’une côte alors que l’année dernière, tout avançait toujours parfaitement pour nous, comparait l’entraîneur-chef Gerard Gallant mercredi. [Marchessault, Karlsson et Reilly] travaillent fort, mais ils n’obtiennent pas autant de chances que l’an dernier, alors qu’ils formaient le meilleur trio de la ligue. Ils doivent continuer à se battre et éviter de se laisser gagner par la frustration, en espérant que des jours meilleurs les attendent. »

 

Le mystère Karlsson

 

Des trois membres de l’unité de confiance de Gallant, Karlsson est probablement celui dont la progression sera la plus intéressante à surveiller. Marchessault et Smith avaient chacun connu leur part de succès au plus haut niveau avant d’exploser à Vegas. Rien ne laissait toutefois présager que leur partenaire suédois avait le potentiel d’être un candidat au trophée Maurice-Richard.

 

Après 16 matchs, Karlsson n’a marqué que trois buts. C’est peu, mais c’est seulement un de moins qu’au même point de référence l’année dernière. C’est le 10 novembre que la saison magique de ce marqueur insoupçonné avait pris son envol il y a un an. Karlsson avait marqué deux buts contre les Jets de Winnipeg et n’avait pas dérougi pendant deux semaines. Il a fait mouche neuf fois en sept matchs et ne s’est plus jamais posé de questions par la suite.

 

C’est peut-être un déclic semblable qui permettra à son équipe de repartir la machine.

 

« On a l’impression qu’on travaille fort, mais c’est tough de trouver du positif avec des victoires morales, insiste Marchessault. Personne ne va avoir pitié de nous, l’adversaire va toujours aller fort contre nous autres. Ça fait qu’il faut s’en sortir, il faut trouver une solution. C’est certainement à nous autres de faire la différence à chaque soir. »

 

Karlsson, en tout cas, n’a rien changé à ses méthodes. La saison dernière, il avait marqué 43 buts grâce à seulement 184 tirs, près de la moitié de la quantité qu’Alexander Ovechkin avait utilisée pour remporter le titre de champion compteur. Son taux de réussite hallucinant de 23,4% était le plus élevé parmi tous les joueurs ayant décoché plus de 100 tirs. Anders Lee, auteur de 40 buts pour les Islanders de New York, suivait au deuxième rang avec une moyenne de succès de 19,2%.

 

Cette saison, Karlsson n’a été crédité que de 29 tirs après 16 matchs, un effort bien modeste qui est cette fois accompagné d’un pourcentage d’efficacité beaucoup plus réaliste à 10,3%.

 

« On veut toujours voir nos meilleurs joueurs prendre des lancers, c’est sûr, mais j’aime la façon dont ce trio jouait l’an passé, réitère Gallant. Ils doivent simplement retrouver cette chimie qui les unissait. Je ne commencerai pas à dire aux gars qui doit tirer et qui doit passer. Ce sont des bons joueurs et ils vont trouver une façon de s’en sortir. »

 

Le Canadien a accordé au moins quatre buts dans cinq de ses six derniers matchs. Carey Price a même admis que tout n’était pas au beau fixe entre ses deux oreilles après avoir accordé six buts aux Sabres de Buffalo jeudi. Peut-être qu’une visite à Montréal permettra à la machine des Golden Knights de se mettre en marche pour de bon.​

Carey Price doit prendre du recul