MONTRÉAL - Historiquement, la protection du filet du CF Montréal a plus souvent qu’autrement été l’affaire d’un seul homme. Dans les sept premières saisons du club en MLS, le gardien identifié comme le titulaire au camp d’entraînement a pris part à plus de 90% des matchs à six reprises. En 2020, dans un calendrier écourté par la pandémie, Clément Diop a joué 20 des 23 matchs de l’équipe.

Le deuxième doit généralement se contenter de miettes. Le troisième? Un simple figurant.

On pouvait donc s’attendre à ce que Sebastian Breza soit limité à un rôle de soutien lorsque son arrivée a été annoncée au début du mois d’avril. Diop, dont le contrat a été résilié à la mi-août, semblait à ce moment solidement ancré dans son rôle de numéro un. James Pantemis était clairement identifié comme son dauphin et éventuel successeur. Des minutes de jeu ne semblaient pas à la portée du nouveau venu.

Et pourtant! Alors que les hommes de l’entraîneur-chef Wilfried Nancy profitent de la trêve internationale avant d’attaquer le dernier tiers de leur calendrier, voilà Breza dans les souliers du principal portier.

Appelé à remplacer Pantemis à pied levé lorsque ce dernier a contracté la COVID-19, au début du mois d’août, le Montréalais de 23 ans a disputé les cinq derniers matchs de son équipe. Au cours de cette période, il n’a accordé que cinq buts, dont un sur penalty, a réussi 13 arrêts et réalisé un blanchissage. Avec lui comme ultime soupape de sécurité, le CF Montréal n’a subi qu’une défaite et traverse présentement une séquence de quatre matchs sans revers.

« Je me suis toujours entraîné pour être prêt, a commenté Breza jeudi en visioconférence. Ça reste que c’est vous qui dites que je suis venu ici pour faire le troisième gardien. Moi, je suis venu ici pour faire partie du CF Montréal. Le foot, ça va vite. Je me suis juste entraîné et je suis resté prêt pour quand ma chance allait arriver. »

Prêté au CF Montréal par le club italien de Bologne, Breza n’avait pas vu d’action dans un contexte compétitif depuis 2019 lorsqu’il a été lancé dans la mêlée contre le D.C. United. Il s’est bien tiré d’affaire, faisant face à huit tirs cadrés dans une défaite de 2-1. Une semaine plus tard, il méritait sa première victoire en MLS contre les Red Bulls de New York.

« Oui, ça faisait deux ans que je n’avais pas joué, mais auparavant j’avais joué une cinquantaine de matchs avec Potenza [NDLR : en troisième division italienne], donc je savais déjà c’était quoi aligner les matchs et tout ça. Je dirais qu’après deux matchs, les repères que j’avais auparavant sont revenus.

« Sinon, comment je me suis senti d’avoir joué? Pas très spécial, enchaîne Breza, aussi imperturbable en entrevue que devant son filet. On est payés à jouer au foot. C’est la normalité. »

Pantemis, comme un frère

Avec encore douze matchs à jouer et une qualification pour les séries éliminatoires à l’enjeu, la hiérarchie devant le filet du CF Montréal reste incertaine. Sur le carreau pour les trois premières sorties de Breza, c’est du banc que Pantemis a assisté aux deux derniers matchs des siens. Il faudra probablement attendre la venue du Nashville SC au Stade Saputo, le 11 septembre, avant de savoir si Nancy reviendra avec le gardien le plus expérimenté ou s’il permettra à son remplaçant de luxe de bâtir sur sa série de succès.

Peu importe qui aura la faveur du coach, Breza assure que la relation est et restera bonne entre les deux hommes.

« C’est un super bon gars et j’ai toujours eu une bonne relation avec mes coéquipiers, surtout dans le but, parce que c’est une fraternité un peu inexplicable. N’importe qui n’a pas été gardien ne comprendra jamais le rôle de gardien. Que tu aies été coach, que tu aies joué dans une autre position ou que tu aies été journaliste pendant 30 ans dans le soccer, personne ne peut comprendre sauf les gars avec qui tu t’entraînes. Et je pense qu’on comprend tous les deux que si l’un joue, ce n’est pas la faute de l’autre, il n’y a pas de raison d’être frustré envers cette personne. C’est l’entraîneur qui prend cette décision. Après ça, entre nous, tout va super bien. »

En théorie, l’entente de prêt qui lie Breza au CF Montréal prendra fin au terme de la saison. Ses récents succès pourraient-ils l’inciter à laisser l’Europe dans son rétroviseur et à rentrer au bercail? Le principal intéressé n’a pas l’air fermé à l’idée.

« Au niveau de la vie personnelle, j’ai grandi à Montréal, donc c’est sûr que je me sens bien chez moi. Au niveau du foot, de la carrière, c’est vrai que maintenant je joue les matchs. Mais honnêtement, je n’y ai pas vraiment pensé et je ne pense pas y penser avant qu’on gagne la MLS. Ou en tout cas, avant que la saison se termine! », a répondu l’ambitieux cerbère.