Contre l'Angleterre, loin de Wembley pour la première fois de l'Euro, le sélectionneur de l'Ukraine Andriy Shevchenko jouera « à domicile », samedi (21h00) à Rome en quart de finale, dans un pays où il a connu ses plus belles heures de footballeur.

Sheva a l'occasion de chasser quelques fantômes anglais, ceux hérités d'une finale de Ligue des champions dantesque perdue avec Milan contre Liverpool en 2005 ou d'un passage mitigé à Chelsea (2006-08) après les glorieuses années milanaises.

Anglais, Shevchenko l'est pourtant désormais un peu: il vit à Londres, avec femme et enfants, depuis des années.

Mais l'Italie coule toujours dans les veines de l'Ukrainien de 44 ans, qui, à Milan, a beaucoup gagné, mais aussi décroché la plus belle des récompenses individuelles, le Ballon d'Or (en 2004).

Les beaux souvenirs qu'il a laissés devraient s'entendre à l'applaudimètre au Stadio Olimpico. En raison des mesures sanitaires s'appliquant aux Britanniques et aux Ukrainiens (quarantaine obligatoire), le public italien pourrait en effet être majoritaire.

« On espère qu'il y aura une importante communauté ukrainienne qui viendra au stade (...) On attend aussi que les supporters italiens viennent au stade et supportent l'Ukraine », a souligné le sélectionneur ukrainien, vendredi à Rome.

Liverpool, ce cauchemar

« L'Ukraine mérite le soutien des supporters, d'abord en raison de la qualité de son jeu. Mais l'Angleterre a aussi très bien joué et ils ont également beaucoup de supporters. Demain, on verra qui supporte qui...», a-t-il ajouté en conférence de presse.

Son adjont italien, l'ex-joueur de Milan Mauro Tassotti, a lui aussi appelé le Stadio Olimpico à « donner un coup de main » à l'Ukraine, dans un entretien à la Gazzetta dello Sport.

« Si les Italiens le font par intérêt parce que nous sommes moins forts, ça nous va aussi. Sheva est vraiment un bon garçon, il a toujours été apprécié de tous », a ajouté l'adjoint.

L'Italie, Shevchenko y débarque en 1999, en provenance du Dynamo Kiev. Il y est peu à peu devenu un attaquant apprécié pour son élégance et son sens du but: il en a signé 175 en 324 matches, en comptant son retour mitigé à Milan en 2008-09, et a terminé deux fois meilleur buteur de Serie A (en 2000 et 2004).

Avec les Rossoneri, il a raflé quasiment tous les titres possibles (Championnat, Coupe et Supercoupe d'Italie, Ligue des champions en 2003 et Supercoupe d'Europe).

Mais il doit au football anglais l'une de ses pires soirées milanaises: la finale de C1 perdue en 2005 contre Liverpool, dans l'un des retournements de situation les plus improbables de l'histoire du foot.

Retrouvailles avec Southgate

Milan menait 3-0 à la pause mais s'est fait rejoindre par Steven Gerrard et les siens avant de perdre aux tirs au but (3-3 a.p., 3 tab à 2).

Shevchenko avait symbolisé la déroute des Rossoneri - et l'état de grâce du gardien des Reds Jerzy Dudek - avec son échec sur le tir au but décisif, juste après avoir manqué une incroyable occasion à trois minutes de la fin de la prolongation.

« Quand j'y repense, je n'arrive pas à croire que le ballon n'était pas entré », se souvenait Sheva, dix ans plus tard.

L'Angleterre ne lui a pas davantage réussi ensuite, avec ses deux saisons oubliables sous le maillot de Chelsea. Même si tout avait bien commencé avec un but lors de son deuxième match contre Middlesbrough, en août 2006, alors entraîné par un certain Gareth Southgate, celui-là même qui sera assis sur le banc anglais samedi à Rome.

Avec le maillot de l'Ukraine, dont il est toujours le meilleur buteur (48 réalisations en 111 sélections), Shevchenko a aussi croisé la route du joueur Southgate lors d'un amical en 2000, pour le premier match entre les deux pays (victoire anglaise 2-0).

S'il triomphe de leur face-à-face inédit comme sélectionneurs, Shevchenko peut offrir à la "Zbirna" une première historique: l'Ukraine n'a en effet jamais fait mieux qu'un quart de finale dans un grand tournoi, au Mondial-2006. Un quart de "Sheva" avait disputé et perdu... contre l'Italie.