MONTRÉAL – Au lendemain de la victoire qui a qualifié l’Impact pour les séries éliminatoires, RDS a discuté avec son président, Kevin Gilmore. Il a été question de la saison qui vient de se conclure, mais aussi des enjeux qui se profilent à court et moyen terme pour l’organisation. Voici notre entretien dans son intégralité, légèrement ajusté pour en faciliter la lecture.

La première question en sera une d’ordre sportif : qu’est-ce que l’accomplissement d’hier, cette qualification obtenue contre vents et marées, signifie pour vous?

On peut regarder ça de plusieurs façons différentes. Dans un premier temps, il y a le fait que ça se soit fait dans un contexte extrêmement difficile. Il y a trois clubs dans la MLS qui ont vécu des conditions vraiment très difficiles et honnêtement, ça me fait mal que Vancouver ne se soit pas qualifié. Nos joueurs sont dans un hôtel du New Jersey depuis le 18 septembre, donc depuis presque deux mois, avec quelques retours à la maison conditionnels à une quarantaine complète. Malgré tout ça, on réussit à se graver une place dans les séries avec une performance qui démontre beaucoup de caractère. Compte tenu de la situation, c’est vraiment un effort colossal. Je reconnais ce que les joueurs ont vécu, même si je ne l’ai pas vécu moi-même. C’est vraiment très impressionnant.

Dans un autre contexte, on parle de succès, mais moi je parle plutôt de progrès. Ce qu’on a fait cette année, ce qu’on a fait hier, c’est un signe que le club va dans la bonne direction. La direction qu’on s’est donnée à l’arrivée d’Olivier Renard, à l’arrivée de Thierry Henry pour vraiment créer une identité pour notre club. Un club qui va vers l’avant, un club qui pousse pour avoir du succès. Hier, c’est plutôt un signe de progrès pour moi.

On a souligné fin septembre le premier anniversaire de l’embauche d’Olivier Renard, l’homme que vous avez mis en place pour gérer les opérations soccer du club. Il a eu à mener quelques gros dossiers cette saison, notamment le départ de quelques vétérans et l’arrivée d’un nouveau joueur désigné. Quelle évaluation faites-vous de son travail?

On peut simplement prendre le match d’hier pour illustrer l’impact d’Olivier Renard. Des joueurs comme Romell Quioto et Victor Wanyama ont joué des gros matchs hier. Le jeune Mustafa Kizza qui embarque alors qu’il n’avait pas joué dans un contexte compétitif depuis six mois. Il faisait du bicycle durant le dernier mois dans une chambre d’hôtel à Montréal! Il embarque sur le terrain et démontre énormément de confiance. Il a centré deux ballons avec beaucoup de confiance et le jeu qu’il a fait a mené au troisième but. Ça prenait du talent et de la confiance.

Donc on regarde le match d’hier : Quioto, Mason Toye, Wanyama, Kizza, trois acquisitions faites par Olivier. On regarde les autres joueurs qu’il a amenés à l’organisation, je pense à un Emanuel Maciel ou à un Zachary Brault-Guillard, qu’il s’est assuré de garder avec l’organisation. Donc moi, je suis extrêmement satisfait du travail qui a été fait non seulement par Olivier, mais aussi par Vassili [Cremanzidis, le directeur adjoint du personnel des joueurs]. Il est non seulement le bras droit d’Olivier, mais aussi son bras gauche… et souvent même ses deux jambes! Je suis extrêmement fier du travail qu’ils ont fait.

Quand les choses vont mal, que ce soit la pandémie ou quatre défaites d’affilée ou le fait qu’on doive s’implanter au New Jersey, ça serait souvent trop facile de changer de direction, de se dire qu’on va se réaligner sur le court terme. Ça n’a jamais changé. Ils ne sont jamais venus me voir pour demander qu’on regarde les choses différemment et ça c’est encourageant. C’est pour ça que je dis que ce qui me fait le plus plaisir présentement, ce n’est pas le succès, mais le progrès. On se dirige vers le succès à long terme et je suis très content du travail accompli jusqu’à maintenant.

À court terme par contre, à quel point les conditions pourraient compliquer le travail d’Olivier? Craignez-vous, si le contexte ne change pas, qu’il soit difficile pour l’Impact d’attirer des nouveaux joueurs à Montréal en 2021?

Si c’est un enjeu d’attirer des joueurs en MLS la saison prochaine, ce n’est pas seulement notre club qui aura ce problème. On voit ce qui se passe présentement. Avec le changement politique en cours aux États-Unis, il se peut que les mesures prises là-bas deviennent aussi sévères que celles qu’on vit au Canada présentement. Je pense que le défi qu’on a eu cette année par rapport aux Américains n’est pas relié à la gestion de la pandémie. C’est juste que leur politique de santé publique était différente et moins restrictive. J’imagine qu’avec ce qui se passe présentement, ce qu’on vit au Canada va finir par se vivre là-bas.

Mais moi j’ai confiance au fait qu’Olivier commence à démontrer, comme on dit en anglais, un track record. Pas juste avec ce qu’il a fait dans ses clubs précédents, mais ce qu’il a fait depuis qu’il est ici. Il convainc Luis Binks de venir s’établir ici et Binks prend de la place, prend beaucoup de minutes, joue contre des hommes et pour lui, sa progression vers un retour ultime en Europe, ça regarde bien.

Il faut se servir de ça comme un exemple de ce qu’on peut faire ici avec les jeunes. Un Maciel, un Kizza qui arrivent et qui ont la confiance de l’entraîneur pour les mettre dans un match si crucial. Je pense que ce sont des actes comme ça et des résultats comme ça qui vont nous donner un avantage dans le recrutement. Donc ce n’est pas quelque chose qui m’inquiète.

En date d’aujourd’hui, êtes-vous en mesure de chiffrer les pertes financières engendrées par la pandémie? Pouvez-vous dire si elles auront une incidence négative sur le portefeuille qu’Olivier aura à sa disposition pour l’année prochaine?

Je ne chiffrerai pas les pertes parce qu’on ne fait pas ça. Je peux juste les qualifier de substantielles, d’importantes, de dérangeantes même. Mais on a un plan en place. Comme on a dit souvent depuis qu’Olivier est arrivé, notre but est d’investir dans des jeunes joueurs et des vétérans clés qui pourront encadrer les jeunes prometteurs. On a les Quioto, Wanyama, Samuel Piette qui jouent des rôles de vétérans. Donc le budget pour l’année prochaine n’a pas été changé, le budget pour l’année prochaine n’a pas été nécessairement fixé. On regarde différents scénarios, mais comme je l’ai dit, notre plan n’a pas changé cette année en raison de la pandémie. On est resté sur le plan et l’idée, c’est de continuer à faire la même chose l’année prochaine.

Les paris de Thierry Henry ont rapporté

On parlait la semaine dernière avec Marc Dos Santos, qui a dû se tourner la langue pour se retenir de livrer le fond de sa pensée quant au traitement réservé aux équipes canadiennes cette année. Y a-t-il des discussions entamées avec la MLS, des requêtes spécifiques que vous avez l’intention de faire pour que certaines choses que se sont passées cette année ne se reproduisent plus?

Je pense qu’on veut tous que les choses qui sont arrivées cette année ne se reproduisent pas, tant au niveau des équipes canadiennes que de toutes les équipes de la MLS et le sport en général. La MLS est consciente que ça a été extrêmement difficile pour ses équipes canadiennes cette année et je pense que c’est quelque chose qu’elle va prendre en considération dans ses discussions pour l’année prochaine. Du moins je l’espère. Nous, on a une voix et on va s’assurer qu’on se fait entendre pour la planification de 2021. Je suis complètement d’accord avec Marc, ça a été difficile pour nous cette année. Je ne mets pas nécessairement le blâme sur la MLS, je mets le blâme sur la situation et le fait qu’on a deux pays qui l’ont gérée différemment.

Comme j’ai dit aux joueurs au tout début, quand on s’est dirigé vers Orlando et qu’on ne savait pas ce qui allait suivre, c’est un couteau à deux tranchants. On a un gouvernement qui est beaucoup plus agressif dans les mesures qu’il prend pour protéger ses citoyens. C’est une bonne chose parce qu’on se sent plus en sécurité avec nos familles. Mais d’un autre côté, ça nous rend la vie plus difficile en tant qu’équipe dans une ligue où la grande majorité des clubs sont aux États-Unis. Ça crée un désavantage, mais on espère tous que c’est une situation qui va changer pour le mieux en 2021.

La clé serait de pouvoir réduire la période d’isolement nécessaire pour quiconque vient au Canada et en repart, non?

Il y a un projet-pilote qui est présentement mis en place par Santé Publique Canada à Calgary pour des gens qui entrent par un processus de dépistage rapide. Ça se limite présentement aux travailleurs essentiels, mais dans le contexte où des entreprises privées qui ont des employés qui se promènent entre les États-Unis et le Canada, dans la mesure où ces entreprises seraient prêtes à assumer les coûts de dépistage, j’espérerais qu’il y aurait une ouverture. Mais on ne peut pas prédire le futur. Est-ce que la situation va empirer, s’améliorer? On parle ce matin d’un vaccin disponible en 2021, est-ce que ça va changer l’approche? Il y a tellement d’inconnu, tellement d’aspects qui affectent la dynamique que ça ne sert à rien de se lancer dans les prédictions. On doit seulement se préparer pour tous les scénarios, en espérant qu’il y en aura un qui nous permettra d’opérer le près possible de la normale.

À plus court terme et de façon plus concrète, vous avez des joueurs qui ont quitté pour aller rejoindre leur équipe nationale et on ne sait toujours pas s’ils pourront prendre part au début des séries. Est-ce qu’à ce niveau, il y a quelque chose que vous pouvez faire pour réduire leur période d’isolement obligatoire à leur retour?

On travaille avec la Ligue pour voir s’il y a des façons dont ça peut être accompli, mais il n’y a rien d’acquis. D’un autre côté, c’est important pour ces joueurs d’aller jouer avec leur pays, ce sont des matchs cruciaux pour eux. On comprend et on respecte le fait que Jukka Raitala et Victor Wanyama veulent aller se battre pour leur pays. On les supporte là-dedans. On espère qu’on va être capable de les réintégrer le plus tôt possible dans l’alignement, mais ça reste à déterminer.

Et l’exode au New Jersey, c’est derrière vous pour cette année?

On travaille pour voir si on devra retourner au New Jersey pour s’entraîner avant le prochain match. On espère que ça ne sera pas le cas, mais on attend.

Vous travaillez dans le monde du sport depuis longtemps. Vous avez vécu le lockout de la Ligue nationale de hockey lors de votre séjour avec le Canadien. Comme président, à quel point cette saison aura été exigeante?

Un lockout, c’est quelque chose de gros, mais dans laquelle il y a une certaine mesure de contrôle. Ici, on a aucun contrôle sur la situation et ça va même au-delà de ce qui se passe sur le terrain. On a 120 employés, excluant les joueurs, qui s’inquiètent pour leur emploi, qui s’inquiètent pour leur famille au niveau personnel. Il y a des enjeux de santé physique et de santé mentale.

C’est une année exigeante…  qui n’est pas finie! On a un staff qui s’acharne à travailler de la maison pour accomplir tout ce qu’on doit accomplir. C’est du jamais-vécu et comme je dis souvent, on l’invente au fur et à mesure. On fait du mieux qu’on peut pour protéger nos joueurs, notre staff, nos employés non seulement au point de vue financier, économique, mais aussi de la santé, la sécurité, etc. C’est assez lourd, mais je dirais que dans beaucoup de cas, la distanciation nous a rapprochés. Le travail qu’on fait, il n’y a pas de cours de gestion qui nous prépare à ça. Mais j’aimerais penser qu’on va s’en sortir encore plus uni et solide comme organisation que quand ça a commencé. »