MONTRÉAL – Maxime Crépeau aurait toutes les raisons du monde de revenir à Montréal le torse bombé, un sourire narquois au coin des lèvres.

 

L’Impact, le club qui l’a laissé partir sans lui avoir réellement donné sa chance, est en chute libre. Il vient d’être exclu du groupe des équipes provisoirement qualifiées pour les séries éliminatoires dans l’Association Est et est sérieusement menacé de ne jamais le réintégrer. Rémi Garde et Joël Bats, les deux hommes qui l’ont écarté de leurs plans avant même de lui avoir serré la main, ont été congédiés il y a moins d’une semaine.

 

Crépeau, quant à lui, file le parfait bonheur. Il est vrai que les Whitecaps de Vancouver, dont il défend maintenant les couleurs, vivent eux aussi des jours difficiles. Ils affichent le pire rendement de l’Association Ouest. À l’échelle de la MLS, seul le FC Cincinnati, une équipe d’expansion, fait moins bonne figure.

 

Mais contrairement à l’Impact, les Whitecaps ne sont pas au milieu d’un plan quinquennal qui doit mener à la conquête de la Coupe MLS. Ils sont au tout début d’une phase de reconstruction amorcée ce printemps par l’entraîneur-chef Marc Dos Santos, un autre Montréalais qui en est ses débuts avec l’organisation.

 

Et d’un point de vue personnel, Crépeau offre du jeu à la hauteur de ce qu’il clamait pouvoir livrer à l’époque où il rongeait son frein dans les profondeurs de l’effectif montréalais. En 22 matchs cette saison, il vient au troisième rang parmi les gardiens de la MLS avec 135 tirs reçus et 98 arrêts. Son taux d’efficacité de ,726 le place au sixième rang parmi les 26 portiers du circuit qui ont passé au moins 1000 minutes entre leurs poteaux.

 

Auteur de cinq jeux blancs, Crépeau a aussi brisé un record vieux de 22 ans samedi dernier lorsqu’il a réalisé 16 arrêts dans une défaite contre les Earthquakes de San Jose. Dans le circuit Garber, son nom est sur toutes les lèvres depuis qu’il a réalisé cet exploit, qui lui a d’ailleurs valu sa place sur l’équipe d’étoiles de la semaine pour la troisième fois de la saison.

 

La vérité, donc, c’est qu’il y a probablement un petit feu qui crépite encore dans le bas du ventre de Crépeau alors qu’il s’apprête à fouler pour la première fois la pelouse du Stade Saputo dans le maillot de l’équipe visiteuse. Une flamme qui lui brûle l’intérieur jusqu’au bout des lèvres, qui transporte des mots que personne ne pourrait lui reprocher de prononcer.

 

Mais « Creps » ne revient pas à la maison pour régler des comptes.

 

« La page est déjà tournée, assurait-il sereinement mardi devant un essaim de journalistes digne du vestiaire de l’équipe visiteuse au Centre Bell. Je m’entends super bien avec tout le monde de l’organisation. Je l’ai dit dans toutes mes entrevues, je trouve que c’est important de dire merci à Montréal. Ce sont eux qui m’ont donné l’opportunité quand j’avais 18 ans. Ils m’ont formé. J’ai vu [le directeur de l’Académie] Philippe Eullafroy hier, je lui ai donné un gros câlin. C’est mon premier coach formateur, c’est lui qui m’a mis dans les buts quand j’avais 15 ans. Franchement, je remercie l’organisation. Pour moi, la page est tournée depuis longtemps. Je suis à Vancouver et je suis extrêmement heureux. »

 

Un « no brainer »

 

Crépeau est arrivé avec les Whitecaps en décembre. Même s’il venait d’être élu gardien de l’année dans la United Soccer League (USL), l’Impact l’a échangé aux Whitecaps en retour d’une somme de 50 000$ et d’un choix de troisième ronde au repêchage de la MLS. C’est une aubaine que Marc Dos Santos se félicite encore d’avoir dégotée.

 

« Je connaissais Max. C’est l’un des premiers jeunes gardiens que j’ai appelés quand j’entraînais l’Impact en NASL. Déjà, il avait des très bonnes qualités. C’était un ultra dans le temps, ça fait qu’il chialait après moi. Mais il avait déjà le potentiel. Ce qui a été frappant pour moi, c’est sa saison à Ottawa. Dans une équipe qui ne faisait pas trop bien, une équipe qui a raté les séries, il a réussi à montrer beaucoup de qualité. Donc pour nous, quand l’opportunité est arrivée, c’était un ‘no brainer’. »  

 

Dos Santos n’a pas fait cadeau d’un poste à Crépeau. Durant l’hiver, les Whitecaps ont aussi fait l’acquisition du vétéran Zac MacMath dans une transaction avec les Rapids du Colorado. L’Américain de 28 ans est arrivé à Vancouver avec 132 départs à sa fiche en MLS. Il n’en a ajouté que six depuis la fin du camp d’entraînement alors que le gros du boulot est revenu à la recrue québécoise.

 

« En arrivant à Vancouver pour la présaison, j’ai eu l’opportunité de recommencer à zéro, se rappelait Crépeau. Il y avait 17 nouveaux joueurs dans l’effectif, dont moi. La page était blanche et il fallait que je fasse mes preuves pour pouvoir éventuellement commencer l’année et ensuite garder ce poste. Ça a super bien été. Mais je suis vraiment reconnaissant que l’organisation me donne cette confiance. C’est un vote de confiance et lorsque tu as un vote de confiance, tu dois simplement aller sur le terrain et t’amuser, te lâcher, t’exprimer et te donner à 100%. »

 

Crépeau a aussi gagné en sérieux dans son émancipation post-montréalaise. Sa solide charpente est plus élancée et il admet sans gêne prendre mieux soin de son corps et de son esprit depuis que sa carrière est passée à l’étape supérieure.

 

« Quand tu joues, tu apprends sur toi-même, dit-il. Dans une saison complète, tu apprends à gérer ton corps, surtout avec la réalité des voyages. On est l’équipe la plus éloignée dans l’Ouest, donc on est l’équipe qui voyage le plus. Et sur les actions, tu t’adaptes à la rapidité, à la prise de décision et à la qualité des joueurs que tu as devant toi. »

 

C’est donc avec un cœur d’enfant, mais la rigueur d’un vétéran que l’ancien gardien d’avenir de l’Impact retournera sur le terrain du Stade Saputo. Dans sa tête, la suite de sa belle histoire ne peut connaître qu’un dénouement.

 

« Une victoire chez nous par blanchissage. That’s it. »​