MONTRÉAL - On ne reverra probablement plus de « Big Three » dominer le tennis professionnel comme ce fut le cas au cours des deux dernières décennies à la suite de l'annonce de la retraite du joueur étoile Roger Federer, a déclaré le directeur de l'Omnium Banque Nationale Eugène Lapierre jeudi matin.

On surnomme le « Big Three » au tennis le trio composé de Federer, de l'Espagnol Rafael Nadal et du Serbe Novak Djokovic, qui sont considérés comme trois des plus grands joueurs de l'histoire du tennis masculin. Ensemble, ces trois tennismen ont décroché 63 titres du Grand Chelem: 22 pour Nadal, 21 pour Djokovic et 20 pour Federer.

Le Suisse âgé de 41 ans deviendra toutefois le premier joueur de ce prestigieux groupe à accrocher officiellement sa raquette après la tenue de la Coupe Laver la semaine prochaine, à Londres. Il l'a confirmé dans un communiqué transmis sur son compte Twitter officiel en matinée.

« Il reste un 'Big Two', mais ça va changer. Tous les sports évoluent, et c'est normal qu'il y ait plus que deux ou trois joueurs qui dominent la compétition. De la manière dont la participation au tennis s'est étendue à travers le monde, le tennis est l'un des sports les plus pratiqués au monde, ce sera de plus en plus exceptionnel de voir une poignée de joueurs dominer de la sorte », a d'abord mentionné Lapierre en entretien téléphonique avec La Presse Canadienne.

« On va voir de plus en plus de joueurs s'échanger le premier rang mondial. Peut-être que [le champion des Internationaux des États-Unis Carlos] Alcaraz va nous faire mentir, puisqu'il a 19 ans, mais il y en a d'autres qui poussent aussi, comme Félix [Auger-Aliassime], Casper Ruud, Alexander Zverev et Frances Tiafoe, notamment. Ça se peut qu'il y ait maintenant une rotation au sommet du classement, avec tous ces très bons jeunes athlètes », a-t-il poursuivi.

Une carrière légendaire pour Roger Federer

Lapierre a certes été étonné par l'annonce soudaine de la retraite de Federer, mais celle-ci mijotait depuis un certain temps déjà. Federer a d'ailleurs rappelé que ses nombreuses blessures subies depuis trois ans l'avaient forcé à revoir ses plans.

« On s'y attendait un peu, quand même. On se demandait de plus en plus comment il allait être en mesure d'effectuer un retour au jeu, et encore plus de se retrouver dans le top-10 mondial. Comment allait-il retrouver son niveau de jeu d'antan, et être en mesure de batailler avec tous ces jeunes qu'on voit de plus en plus? Ça confirme donc le changement de la garde dont on a commencé à parler un petit peu », a-t-il évoqué.

Il reste que Federer est probablement l'un des plus grands joueurs qu'ait observé Lapierre au fil de sa longue carrière dans les coulisses du tennis professionnel.

« Il a amené une autre dimension à ce sport-là. C'est un gars qui peut tout faire à un très haut niveau sur le court. Ça n'avait jamais été vu auparavant. Il y a eu Björn Borg en fond de terrain, John McEnroe au filet, Andre Agassi en retour de service et même Pete Sampras en service-retour/volée... Federer a aussi été l'un des rares à être capable d'échanger avec Nadal en fond de terrain sur la terre battue, à être capable de jouer sur toutes les surfaces », a rappelé Lapierre.

« C'était vraiment exceptionnel. Et ce qui était formidable, c'est qu'il donnait l'impression qu'il faisait tout ça sans forcer. Ce n'est pas vrai, évidemment, comme l'ont démontré ses nombreuses interventions chirurgicales subies au cours des dernières années, mais il était tellement fluide sur le terrain... C'est normal que ça ait fait rêver toute une génération de joueurs », a-t-il mentionné.

Lapierre a également rappelé le lien qui unissait l'ex-no 1 mondial à Montréal. Après tout, Federer, qui est né le 8 août 1981, a fêté plusieurs de ses anniversaires pendant le tournoi montréalais.

« Il aimait bien la ville, le fait francophone, et le respect des Québécois. Il était allé manger dans un restaurant de la métropole un jour pendant le tournoi et on lui avait demandé comment il avait fait sans se faire déranger constamment. Il avait répondu que les gens étaient très respectueux, et que c'est ce qu'il aimait de Montréal: les gens sont 'cool' », a continué Lapierre, en rappelant que l'Omnium Banque Nationale est l'un des seuls qui manque à l'impressionnant palmarès du Suisse.

« La dernière fois qu'il avait atteint la finale, ici, (en 2017) contre Zverev, il lui avait demandé lors du discours d'après-match ce que ça faisait de remporter le tournoi de Montréal », a-t-il rappelé, en riant.

Même s'il ne fera bientôt plus de prouesses sur le terrain, Lapierre croit néanmoins que Federer demeurera impliqué dans l'univers du tennis professionnel, d'une manière ou d'une autre.

« Je suis convaincu qu'il va rester. Il est très impliqué dans son agence-boutique, laquelle s'occupe de quelques athlètes dont Coco Gauff, par exemple, et il reste un mordu de tennis. Je pense donc qu'il voudra rester impliqué dans le tennis, de manière à avoir son mot à dire pour l'avenir du sport », a conclu le Québécois.