ROEHAMPTON, Londres – Wimbledon a invoqué la forme cette année en augmentant le tableau des qualifications féminines à 128 joueuses, pour concorder avec le tableau des hommes.

Cependant, même avec 32 places supplémentaires disponibles, le nombre de Canadiennes qui y participent demeure à... zéro.

 

Et combien figureront dans le tableau principal, lorsque l’événement principal débutera au All-England Club lundi?

 

Une seule.
 

C’est Eugenie Bouchard. Et la finaliste de 2014 n'a disputé que deux matchs depuis trois mois et demi – un seul sur gazon. 

 

On ne le sait jamais. Mais on ne s’attend quand même pas à des miracles.

 

Même la championne junior de Roland-Garros, Leylah Annie Fernandez, ne sera pas au All-England Lawn Tennis Club. Elle a jugé bon de ne pas mettre pied sur gazon cette année.

 

La situation des Canadiennes est l’autre côté de la médaille canadienne, celui avec beaucoup moins d’éclat.

 

Félix Auger-Aliassime (no 19) et Denis Shapovalov (no 29) ainsi que le vétéran Milos Raonic (no 16), seront tous têtes de série dans le tableau du simple masculin.

 

Vasek Pospisil, ancien quart de finaliste en simple et champion en double en 2014 avec l'américain Jack Sock, effectuera son retour après une intervention chirurgicale au dos l’automne dernier.

 

Brayden Schnur a mérité sa place dans le dernier tour des qualifications mercredi en battant un autre Canadien, Steven Diez.  S’il peut gagner contre l’Italien Salvatore Caruso jeudi – c’est un trois de cinq sets – ils seront cinq dans le tableau principal.

 

Le gros trou noir du côté féminin aurait été mitigé quelque peu si Bianca Andreescu, en principe la tête de série no 25, n'avait pas été forcée de tirer un trait sur sa saison sur gazon en raison du problème qui persiste avec son épaule droite.

 

C’est inquiétant. Dans le tennis féminin, les problèmes d’épaule sont plus souvent qu’autrement extrêmement délicats. Aleksandra Wozniak, l’ancienne top-25 québécoise, n’a jamais été en mesure de les résoudre. La superstar Maria Sharapova est aux prises avec le problème depuis plus de dix ans. 

 

Mais le temps le dira. Elle continue de s’entraîner dans le gymnase et de renforcer l’épaule, dans l’espoir de pouvoir revenir en force pour les tournois en Amérique du Nord cet été – notamment la Coupe Rogers dans sa ville natale de Toronto.

 

Qui d’autre?

 

À la retraite pendant presque cinq ans avant son retour en février 2018, Rebecca Marino est actuellement classée no 142. C’était assez pour jouer les qualifications cette semaine. Mais la joueuse de 28 ans souffre d’une fasciste plantaire. Elle a le pied gauche dans une bottine.

 

Françoise Abanda, une ancienne demi-finaliste junior à Wimbledon, s'est qualifiée et a atteint le deuxième tour lors de son début « professionnel » en 2017. Mais la joueuse de 22 ans demeure hors du terrain (et cela, depuis le mois de mars) en raison d’un problème à l’épaule qui la gêne depuis le résultat junior de Wimbledon en 2012.

 

Katherine Sebov, une Torontoise de 21 ans classée 249e, a raté les qualifications de peu. Dans le top 350? Il n’y en a pas d’autres.

 

On s’entend, il y a un peu un élément de loterie dans les succès au tennis.

 

Qui aurait cru que le Canada pourrait produire deux ados comme Auger-Aliassime et Shapovalov – dans une même génération?

 

L’arrivée fulgurante d’Andreescu cette année, quelque peu prématurée, était un boni pour le côté féminin.

 

Mais la question se pose : la relève, est-elle en formation? Pour le moment, Andreescu est toute seule.

 

Eugène Lapierre, directeur de la Coupe Rogers et vice-président du tennis professionnel au Québec, en est confiant.

 

« Je vois toujours la vie en rose. Je pense que ça arrivera. Peut-être qu’Eugenie passera à travers ce qui se passe dans sa tête et dans sa vie. Peut-être que Rebecca nous démontrera le tennis qui lui a rendue no 38 au monde. Et Bianca, nous savons qu’elle a le potentiel pour être parmi les meilleures », a déclaré Lapierre.

 

Lapierre a noté qu’il y a un groupe de jeunes filles de 13 et 14 ans très talentueuses, localisées principalement à Toronto.

 

« Les joueuses que nous avons en ce moment feront tourner la roue. Et l’augmentation des taux de participation que nous constatons finira par porter fruit à un certain moment, a-t-il déclaré. Parce que les enfants voudront être comme Eugénie, Bianca, Félix et Denis. Ce que l’on se doit de faire, c'est être prêt à accueillir la nouvelle clientèle. »

 

Mais jusqu’à ce que cela se concrétise, il faut se préparer pour une disette.

 

Le classement junior actuel nous le confirme.

 

Mise à part Fernandez au no 3, il y a une seule fille dans le top-50 du classement de la Fédération internationale de Tennis. La Gatinoise Mélodie Collard, qui s'entraîne à l'extérieur de la structure de Tennis Canada, n'a pas encore joué en simple au niveau du Grand Chelem. Elle fêtera ses 16 ans samedi. Elle est encore jeune – mais on ne peut la qualifier de « phénomène ».

 

Les six Canadiennes qui suivent Fernandez et Collard au classement (de la no 121 Alexandra Vagramov à la no 397 Erica di Battista) ont déjà 17 ou 18 ans.

 

Autrement dit, elles arrivent à la fin de leur éligibilité junior. Elles ont joué en masse de tournois, mais elles n’ont pas encore réussi à percer au plus haut niveau des juniors. Percer dans les pros, c’est un défi encore plus énorme.

 

C’est dingue, quand même. Avant l’ouverture du centre national d’entraînement en 2007 et les millions versés sur le développement et la haute performance, les Canadiennes se débrouillaient assez bien, merci.

 

Il y a moins de dix ans, quatre Québécoises frappaient à la porte du top-100 et encore.

 

Wozniak, Stéphanie Dubois, Marie-Ève Pelletier et Valérie Tétreault ont su rouler leur bosse sur le circuit féminin, certaines avec plus de succès que d’autres. Mais lorsqu’elles jouaient la Coupe Rogers à Montréal, elles figuraient bien contre les meilleures au monde et avaient un public qui les soutenait à fond.

 

Leur impact sur le succès de l'événement à Montréal au cours de leurs carrières n’est pas à dédaigner. S'il n’y avait pas de « stars » canadiennes qui brillaient à l’époque, elles offraient une belle profondeur sans toutefois pouvoir rêver du support financier apporté aux jeunes de la nouvelle génération.

 

 

En 2019, Tennis Canada serait en extase s’il avait quatre ou cinq joueuses dans le top-150 (on peut inclure Heidi el Tabakh et Sharon Fichman avec les quatre Québécoises).

 

Le programme de développement, volet féminin, a subi quelques modifications pour tenter de trouver la formule gagnante.

 

Pendant 10 dans, on relocalisait les filles de partout à travers le pays au centre à Montréal. Mais Tennis Canada a déterminé qu’elles ne prospéraient pas dans cet environnement.  (Andreescu n’a jamais déménagé à Montréal à temps plein. Tennis Canada s’est relocalisé vers Toronto).

 

Maintenant, les efforts sont donc plus régionaux que nationaux.

 

Moins de tournois locaux

 

Un autre élément à noter est qu’au cours des six premiers mois de 2019, il n’y a pas eu un seul tournoi professionnel permettant aux Canadiennes de compétitionner à domicile.

 

Lorsque la FIT a procédé à une réorganisation fort mal avisée de leur structure pour la saison 2019, Tennis Canada a décidé d'annuler les tournois qu’ils organisaient au niveau 15 000 $ et 25 000 $.

 

Ainsi, jusqu’à présent en 2019, les Canadiennes devaient voyager au Mexique, en Tunisie ou encore à des petites villes des États-Unis pour prendre de l’expérience.

 

Cela leur coûte beaucoup plus cher.

 

(Les hommes n’étaient guère plus gâtés. Ils avaient un seul tournoi – un Challenger de 50 000 $ à Drummondville au mois de mars).

 

Nous attendons dans les prochaines semaines l’avis officiel que la Coupe Banque Nationale à Québec s’éteindra. Ce sera une autre opportunité perdue tant pour les joueuses et pour la visibilité du tennis féminin au Canada.

 

« Nous avons constaté que le retour sur l’investissement n’était pas à son maximum (au Québec). Ça coûte beaucoup d’argent pour les quelques joueuses qui vont gagner quelques points (de classement) », a déclaré Lapierre. 

 

« Ce sera dommage à court terme. Mais nous voulons le remplacer par un autre événement, ou encore d'autres activités pour développer le sport à Québec. »

 

Pour le moment - si elle peut bien retrouver la santé - Andreescu devra porter le flambeau pour le tennis féminin Canada et, espérons-le, contribuera à maintenir l'investissement corporatif à un niveau suffisant pour aider celles qui veulent la suivre.

 

Mais si jamais une ou deux de cette génération de jeunes adolescentes réussissent à percer, il faudra – comptons-les – sept ou huit ans pour célébrer une autre Andreescu. Minimum. 

 

Et beaucoup d'investissement. Et d’espoir.

 

Quelques prières, en plus? Ça ne ferait pas de tort.