MONTRÉAL - Patrick Côté était en vacances à Hawaii, la semaine dernière, quand son gérant l’a contacté avec le genre de nouvelle qu’il espérait recevoir depuis des mois. Le « gros nom » pour lequel il suppliait ses patrons depuis qu’il s’est mis à enfiler les victoires chez les mi-moyens était finalement tombé dans ses filets.

Depuis qu’il a appris qu’il affronterait Donald Cerrone le 18 juin à Ottawa, Côté jubile. À ses yeux, le « Cowboy » est l’adversaire le plus réputé à s’être retrouvé sur son chemin depuis qu’il a eu le privilège d’affronter Anderson Silva.

« J’ai travaillé pendant toute ma carrière pour avoir des gros combats comme celui-là et je suis content de l’avoir. C’est sûr à 100% que c’est le plus important pour moi depuis mon combat de championnat du monde », affirmait sans hésiter le vétéran de l’UFC lundi.

« Pour vrai, il y a un méchant buzz autour de ce combat, remarque le Prédateur depuis que la nouvelle est tombée. Tout le monde adore cette confrontation, contrairement à ce que ça aurait donné avec des ‘no name’ comme [Tarec] Saffiedine ou [Rick] Story, qui sont dans le top-15 mais dont tout le monde se fout en terme de publicité. Au niveau du marketing et de la visibilité, on est dix fois mieux avec Cerrone. »

Après avoir passé le K.-O. à Ben Saunders en janvier, Côté a mis son poing sur la table. Il venait de signer trois victoires consécutives. Il avait aussi été l’un des rares à tenir tête à Stephen « Wonderboy » Thompson pendant trois rounds dans ce qui demeure, à ce jour, sa seule défaite en cinq sorties chez les 170 livres. Après avoir accepté les ordres de ses patrons sans lever le ton pendant une dizaine d’années de loyaux services, il se croyait en droit d’imposer quelques conditions.

La volonté de Côté était simple. Il voulait se battre contre une grosse pointure ou un rival classé dans le top-15 de sa division. Pour la première option, il a lui-même pris le soin de défier Nick Diaz, rien de moins. Pour la deuxième, il a ouvertement fait connaître ses préférences pour Saffiedine, Story et Johny Hendricks.

La possibilité d’affronter Cerrone est arrivée du champ gauche. Deux semaines après sa victoire contre Saunders, Côté a été approché pour dépanner l’UFC et remplacer à pied levé Tim Means, qui avait échoué à un test antidopage dans sa préparation pour affronter Cerrone à Pittsburgh.

« C’était une belle occasion, mais je ne pense pas que j’aurais été capable de faire le poids parce que je n’étais pas en assez bonne condition physique et je n’étais pas complètement remis d’une blessure au dos, admet Côté. Avoir été un petit nouveau qui n’a pas encore de nom dans le milieu, je l’aurais probablement accepté. Dans les circonstances, ça aurait toutefois été un suicide. »

Mais le projet n’est jamais tombé au point mort. Le 8 mars, il a brièvement fait son apparition dans l’œil du public quand les deux combattants ont commencé à se lancer des invitations par l’entremise des médias sociaux. Cerrone a mis fin à la discussion en prétextant que des motifs personnels l’empêchaient de franchir les frontières canadiennes. Dix jours plus tard, pourtant, le duel était officialisé.

« Il faut croire que l'UFC voulait vraiment faire ce combat! En tout cas, je ne vais certainement pas m’en plaindre, je suis très content », conclut Côté.

Pour l'instant, le choc entre Côté et Cerrone est l'un des deux combats confirmés pour le premier passage de l'UFC dans la capitale canadienne. L'autre opposera Rory MacDonald à « Wonderboy » Thompson.

« La motivation est dans le tapis »

À trois mois de son retour dans l'octogone, Côté ressent une fébrilité qu’il n’avait pas réussi à retrouver avant la toute fin de ses camps d’entraînement précédents.

« C’est ça la grosse différence, acquiesce-t-il avant même qu’on ait fini de lui poser la question. Josh Burkman et Ben Saunders, ce n’était pas du tout des adversaires qui étaient dans mes choix. Aucun de ces gars-là n’était capable de tourner ma switch à ‘ON’ dès le début de mon camp. Ça prenait toujours un peu de temps avant que ça m’allume. Mais déjà là, j’en ai plus dedans, la motivation est dans le tapis. C’est un combat qui est venu me chercher et 13 semaines avant le combat, je suis prêt à me mettre au travail. »

Cerrone (29-7) présente un défi intrigant pour le cogneur québécois. Constamment associé à l’élite des poids légers avant d’effectuer avec succès un virage chez les mi-moyens en 2016, il a montré une fiche de 15-4 à 155 livres depuis que l’UFC a racheté les contrats des combattants de la défunte organisation WEC. Le casse-cou du Colorado est aussi reconnu pour être un bourreau de travail. Il s’est battu 13 fois au cours des trois dernières années, un rythme que n’essaient même pas de suivre la plupart de ses contemporains.

« Ce qui est bon avec Cerrone, c’est qu’il s’est battu tellement souvent qu’il y a beaucoup de vidéos qu’on peut regarder pour faire notre stratégie! »

Et cette stratégie semble déjà claire dans l’esprit d’Équipe Côté, dont le plan de match se résume pour l’instant à un mot : pression.

« Ce n’est pas un secret pour personne, Cerrone a l’habitude de commencer ses combats au ralenti, » explique celui qui occupe le rôle d’analyste lors de la diffusion des galas de l’UFC sur les ondes de RDS.

« Il devient meilleur à chaque minute qui passe. Quand il a le temps de s’ajuster et de prendre son erre d’aller, c’est là qu’il devient dangereux. Mais il commence toujours assez tranquille et c’est comme ça que Rafael Dos Anjos l’a démoli. Il est rentré dedans direct et l’a débordé. Si tu laisses un gars comme ça aller vers l’avant, il va te manger tout rond. Il faut que tu le fasses reculer en étant prêt à souffrir, en sachant que tu vas manger des coups de pied dans les jambes et peut-être en recevoir quelques-uns sur la tête. Mais quand tu le fais reculer, il tombe toujours en déséquilibre et c’est là que tu peux capitaliser. »

Côté (23-9) ne parle pas de sa victoire au conditionnel. Le leader de BTT Canada n’a jamais été aussi confiant et il calcule qu’à l’été, après avoir remporté son duel contre le Cowboy, il aura enfin percé les hauteurs de ce classement auquel il aspire et qui lui ouvriront les portes vers d’autres combats d’envergure.

« Personnellement, je crois que je suis le gars que personne ne veut affronter présentement à 170 livres. J’ai le vent dans les voiles, je suis presque le seul à avoir fait la limite avec Wonderboy, j’ai une bonne mâchoire, je suis endurant. Je ne suis pas une bonne option pour les gars du top-15 présentement. Mais Cerrone, lui, il s’en fout. Il se bat partout et c’est pour ça qu’il est populaire. »