PARIS - Pays du Golfe, Amérique du Nord, Extrême-Orient: les pistes évoquées pour les départs des grands tours marquent une tendance à l'éloignement illustrée par le Giro qui commence vendredi loin de ses bases, aux Pays-Bas.

Un transfert de plus de deux mille kilomètres au soir de la troisième étape attend la caravane du Giro. Par avion pour les coureurs et quelques-uns de leurs accompagnateurs. Par la route, pour les autres. Comme en 2012, quand la course rose s'était élancée du Danemark. Comme en 2014, quand elle avait choisi l'Irlande.

Nécessité financière oblige, puisque les pays d'accueil payent sensiblement plus cher que les collectivités nationales (le même phénomène concerne le Tour et la Vuelta), le deuxième grand tour regarde vers le grand large. Selon des sources concordantes recoupées par l'AFP, il a récemment ouvert la porte à un départ du... Japon pour l'édition 2018.

Une dérogation, accordée pour le départ aux Pays-Bas, est en passe d'être demandée en ce sens au Conseil du cyclisme professionnel de l'Union cycliste internationale (UCI), dont le règlement avait été revu dans un sens restrictif voici quelques années. Afin (déjà) d'endiguer ce qui passe pour une dérive aux yeux des responsables d'équipes soucieux de l'aspect sportif.

La plupart des patrons d'équipes contactés par l'AFP insistent sur la lourdeur et le coût du dispositif pour entourer les coureurs (masseurs, mécaniciens, etc).

« Il faut deux structures différentes, aux Pays-Bas pour les trois premières étapes et en Italie pour la suite du Giro. Seuls, les coureurs seront les mêmes », relève Julien Jurdie, qui dirige sur le terrain l'équipe AG2R La Mondiale.

« On touche aux limites »

« Cela pose des gros problèmes de logistique et ça complique la vie des autres organisateurs », confirme Marc Madiot, le responsable de l'équipe FDJ, très réticent devant cette évolution. « Mais je suis l'un des rares patrons d'équipe à le dire. »

Pourquoi? « Ils y voient un intérêt non négligeable », répond Marc Madiot. « Disons que l'argent arrange beaucoup de choses. »

Du coup, l’hypothèse du départ d'un grand tour sur un autre continent prend de la consistance. Malgré le décalage horaire et la longueur du déplacement.

« Ces idées ne tiennent que d'un point de vue économique », estime Philippe Chevallier, responsable du département sport à l'UCI jusqu'à l'année dernière avant de devenir le manager général de l'équipe AG2R La Mondiale. « Avec ce qui va se passer au Giro, on touche déjà aux limites. »

« On a beau mettre un jour de repos derrière le transfert, il faut de vraies périodes de récupération pour un athlète, ajoute-t-il. Supporter un décalage horaire de plusieurs heures après trois jours de course, cela revient à aller à l'encontre de l'éthique sportive alors qu'on cherche à redonner de la crédibilité à notre sport, qu'on est de plus en plus précis à tous les niveaux, pour l'entraînement, le matériel, la récupération, la diététique. »

« Ce n'est pas raisonnable », insiste-t-il en utilisant le même mot que Marc Madiot. Raisonnable? Dans les années 1990, le Tour de France avait envisagé un départ lointain en Guadeloupe, de l'autre côté de l'Atlantique. Avant de reculer devant les obstacles et de finalement renoncer.