Cette semaine à Rome, on réalise de façon assez frappante que les jeunes fringants se rapprochent de plus en plus des meilleurs.

 

Malgré une semaine mouvementée à bien des points de vue, les deux premières têtes de série sont quand même encore une fois bien présentes en ronde ultime.

 

Le taureau de Manacor Rafael Nadal survit difficilement face aux pétaradants Jannik Sinner et Denis Shapovalov alors que contre vents et marées (!), Novak Djokovic passe beaucoup de temps supplémentaires (6:00) en quarts et en demies pour s'extirper des pièges proposés par Stefanos Tsitsipas et l'étonnant italien Lorenzo Sonego. 

 

Dimanche, le match de championnat est parfois décousu mais nous offre aussi quelques beaux élans de part et d'autre. On voit bien que ces deux-là se connaissent par coeur. Ce qui fera la différence c'est que pour Nadal, le titre a beaucoup plus d'importance que pour Djokovic. Par moments je trouve que le Serbe semble fatigué et même éprouvant de la lassitude.

 

Nadal quant à lui, peine par moments en présentant des revers hauts et sans vie alors que la stratégie ne fonctionne absolument pas. Peu importe, sur la durée l'Espagnol se donne sans fin avec les moyens dont il dispose cette semaine. Son coup droit d'attaque l'a bien soutenu dans sa quête. Pour lui c'est la meilleure des manières de se préparer pour Roland Garros, soit en gagnant deux titres sur terre.

 

Nadal tentera d'ailleurs d'aller chercher un 14e titre à la Porte d'Auteuil ce qui lui permettrait de devancer Roger Federer avec 21 Grands Chelems. Hallucinant!

 

Bon, les autres honneurs maintenant, alors que j'offre un immense bouquet de roses (bien qu'il mériterait une Rolex!) à Sonego. Farce à part, il prend une toute autre dimension dans ce tournoi! Lui, le moins en vue des Italiens qui n'a jamais été encouragé chez les jeunes, bat 2 top-10 soit Dominic Thiem et Andrey Rublev en plus de forcer Djokovic à disputer une 3e manche en demies.

 

Ses performances et son désir d'amener du grand bonheur à ses proches et partisans l'ont propulsé dans la sphère des grands. J'ai déjà hâte de le suivre à Roland Garros alors qu'il sera tête de série.  

 

Ma palme d'or, je la dépose aux pieds de Denis Shapovalov qui, malgré la défaite, livre toute une performance en ronde des 16 devant nul autre que le roi de la terre, Rafael Nadal. On sait jusqu'à quel point notre Canadien connait des difficultés de tout acabit depuis la fin de l'année dernière.

 

Surtout, cette mauvaise habitude de mal lancer la balle au service lui cause tellement d'ennuis que cela affecte le reste de son jeu. Face à Nadal cependant, Shapo met tous ses problèmes de côté et part à la bataille, armé de détermination, résilience et puissance.

 

Dès le tout début du match jusqu'au milieu du 2e set, notre Canadien est tellement offensif et juste que l'espagnol ne peut tenir. Le match tourne cependant lorsque Denis mène 6-3 et 3-0 et qu'il s'offre une balle de double bris pour mener 4-0. Nadal la sauve et cela lui donne un tel élan qu'il file vers le gain du set 6-4.

 

Shapo peine à se rendre aux balles alors que Rafa semble frais comme une rose. Mais contre toute attente, alors que je pense que notre canadien n'a plus ce qu'il faut pour tenir tête à l'espagnol, il démontre pendant tout le 3e set qu'il possède l'étoffe des meilleurs. Il s'offre même 2 balles de match mais n'arrive pas à en profiter en commettant deux fautes en revers.

 

Grâce à ce feu d'artifice de beaux coups dans cette rencontre, c'est comme si on revenait dans le temps soit en 2017 à Montréal alors que Denis s'était aussi rendu jusqu'au bris d'égalité de la 3e manche face à Nadal. La différence c'est qu'il avait ouvert les vannes jusqu'à la victoire alors qu'à Rome il devient crispé, incapable donc de laisser aller ses coups.

 

Cependant, il peut être extrêmement fier d'avoir bataillé pendant 3:27 face au meilleur de tous les temps sur terre battue. Lors des deux prochaines semaines cependant, il faudra que Denis travaille comme un forcené physiquement pour être capable de tenir en 5 sets à Roland Garros.

 

Pour ce qui est des performances de Félix Auger Aliassime, il commence son tournoi romain avec une victoire à l'arraché face au talentueux Filip Krajinovich. Il y a un peu de tout dans cette rencontre. Ce que je retiens, c'est le courage et la détermination de Félix. Pour renverser de mauvaises tendances on aimerait bien que cela se fasse simplement avec un coup de baguette magique mais cette pensée provient d'Hollywood et non de la réalité. Dans la vraie vie, c'est plutôt en restant discipliné dans le travail et en continuant d'y croire, peu importe les circonstances qu'on y arrive.

 

Qui l'eut cru, qu'un de ses matches les plus faciles cette année et même en carrière face à un top-10 mondial l'attendait au tour suivant. Portant la réputation d'être un des joueurs les plus coriaces sur terre battue, Diego Schwartzman n'y arrive absolument pas cette fois-ci.

 

Les conditions en début de tournoi sont horribles du genre: « il pleut, il pleut bergère, rentre tes blancs moutons ».

 

Diego est démotivé et inconstant tandis que notre québécois y voit une opportunité d'exceller. Malgré des balles joufflues d'eau et un terrain de boue, Félix attaque et ne lui laisse aucune chance de s'organiser. Tout ou presque est une question de perspective dans la vie. 

 

J'espérais que cette grande marque de professionnalisme lui donne un bel élan mais face à l'atypique gaucher Frederico Delbonis, les choses se compliquent après une première manche qu'il aurait pu gagner. Sur terre, l'argentin de 30 ans prouve au fil des années jusqu'à quel point son coup droit peut martyriser les meilleurs et qu'il est aussi capable dans quelques tournois donnés d'être incroyablement résilient. Pour le stopper il aurait fallu que Félix joue beaucoup plus long pour éventuellement être en mesure de l'attaquer en revers. Je comprends qu'il soit un peu décontenancé par ce résultat mais une saison de tennis c'est long et ce n'est pas toujours possible d'exceller sur toutes les surfaces. 

 

La citation de la semaine nous provient de Novak Djokovic qui passe à côté de l'opportunité de servir pour le match à 6-3, 5-4 devant Taylor Fritz au 2e tour. Alors que la pluie tombe dru pendant presque tout le match, le Serbe est exacerbé et crie ceci à l'arbitre: « Encore combien de temps veux-tu nous forcer à jouer? » Les conditions étaient exécrables et le numéro -1- mondial était le seul qui pouvait se lever et s'assurer « que les blancs moutons se réfugient sous la chaumière car même sous les feuillages l'eau tombe à grand bruit... » 

 

Les organisateurs voulaient avancer dans leur tournoi parce que les prévisions de la météo ne sont pas belles lors des premiers jours. De ce côté, je comprends mais il faut tout de même respecter les artistes qui remplissent les coffres. Je ne suis pas toujours d'accord avec les réactions et agissements de Novak mais cette fois-ci, il a bien raison. En tout cas, cela a mis du piquant dans une journée un peu moche tout en nous rappelant qui est le boss...