C'est bien évident que cette édition de Roland-Garros, jouée en automne, est bien spéciale. Les joueurs prouvent une fois de plus jusqu'à quel point ils sont les rois de l'adaptation et qu'ils sont tous des champions dans l'âme. Lors des dix premiers jours, le temps est froid, la terre est lourde et la pluie, cette vilaine, est presque toujours de la partie. Heureusement que le toit sur le central Philippe Chatrier est prêt pour cette édition parce que ce tournoi aurait pu se transformer en calvaire pour toutes les personnes impliquées de près ou de loin.

 

En général, les joueurs acceptent avec dignité les horribles conditions de jeu durant la quinzaine et se battent farouchement pour nous offrir un spectacle de grande qualité. C'est certain qu'il y a des absentes de marque chez les dames, mais celles qui passent méritent notre respect au plus haut point. Dommage qu'en finale, la championne des Internationaux d'Australie, Sofia Kenin, soit blessée à la cuisse gauche. Ceci étant dit, la Polonaise de 19 ans Iga Swiatek est épatante tellement elle possède tous les coups. Vous savez comme moi que pour être en mesure d'étaler tout son arsenal, Iga se doit d'être rapide sur la balle. Swiatek est d'ailleurs tellement plus explosive et constante que Kenin en ronde ultime. La Polonaise l'emporte en deux sets consécutifs comme elle l'a fait pendant toute la quinzaine, y compris une victoire très convaincante face à première tête de série Simona Halep. 

 

Iga Swiatek s'impose à Roland-Garros

Sans l'ombre d'un doute, une étoile est née à 19 ans et cela sera intéressant de la suivre pour la voir continuer de se développer. Je me demande cependant comment les dirigeants du circuit des dames tenteront de pallier au manque de tournois d'ici la fin de l'année. Pourtant chez les hommes, il y a trois épreuves cette semaine dont une de la série 500. Rien chez dames...désolant de constater le gouffre qui existe entre les deux circuits. Difficile de continuer de se développer quand il n'y a pas de tournois.

 

Chez les hommes durant la quinzaine, les trentenaires prouvent une fois de plus qu'ils savent garder le contrôle de leur destinée contre vents et marées. La nouvelle génération a beau s'annoncer comme celle qui est prête à prendre toute la place, mais force est d'admettre que ceux qui font le spectacle depuis une quinzaine d'années sont encore les meilleurs. Alors, en finale El Conquistador Rafael Nadal i el numero uno del mondo Novak Djokovic, se battent pour le titre.

 

Étonnant de constater aujourd'hui jusqu'à quel point Novak est perdu en début de rencontre alors qu'il utilise l'amorti, que cela fonctionne ou pas. Est-ce que le Serbe se sert  beaucoup de cette stratégie, qui peut être très efficace sur terre, parce qu'il a des problèmes au coude gauche, ou parce qu'il se sent trop juste physiquement? Quoi qu'il en soit, Nadal court sur toutes les balles, ne rechigne aucunement devant le travail à accomplir, ce qui l'amène à mener deux sets à zéro en plus d'avoir le bris à 3-2.

 

Le Serbe redouble d'ardeur, ajuste finalement son revers et hausse le tempo dans l'échange pour revenir au 3e set. Cela tiendra jusqu'à 5-5, mais il commet à nouveau trop de fautes pour empêcher le roi de la terre de l'emporter en trois sets. Nadal donne tout et mérite pleinement ce 13e titre à Roland Garros. Novak, avec ses 52 fautes en 3 sets, me laisse cependant perplexe, surtout que Nadal n'en commet que 14! Ce n'est donc pas un hasard si Rafa bat Djoko 7 fois sur 8 à Roland Garros. Nadal est intelligent tactiquement et plus stable émotivement que Djokovic en ce jour. Cent victoires à la Porte d'Auteuil pour le Majorquin, un immense champion!

 

Nos Canadiens

 

Quelques mots sur nos Canadiens qui nous font honneur semaine après semaine sur le grand circuit. Denis Shapovalov se présente à la Porte D'Auteuil gonflé de confiance après avoir livré tellement de grands matchs depuis le US Open! Denis est beau pour son premier tour devant le fier compétiteur français et ancien top-10 Gilles Simon, mais se bute sur l'Espagnol Roberto Carballes Baena, 8-6 au 5e set après 5 heures de très durs labeurs face à un vrai terrien. Cette rencontre est tellement difficile physiquement que Baena doit abandonner au tour suivant face à Grigor Dimitrov, malade comme un chien...Soyons patients avec Shapo, il porte des trésors en lui et les amener à la lumière du jour peut être plus compliqué que l'on pense...

 

Pour ce qui est de notre Québécois Félix Auger-Aliassime, malheureusement le rapide transfert de la surface dure du US Open à la terre battue de Rome et Paris, se fait difficilement. Félix s'incline devant Yoshihito Nishioka en trois manches consécutives à Roland-Garros sans être en mesure de jouer à la hauteur de son talent. Rien n'est donné ou offert sur ce circuit et il faut tellement se positionner favorablement mentalement pour chaque match pour espérer exceller.

 

Nos dames maintenant. Genie Bouchard peut être très fière de la façon qu'elle prouve qu'elle mérite pleinement ce bel honneur en recevant une invitation dans le grand tableau. Elle se comporte si bien pour se faire une place au 3e tour face à la jeune merveille Iga Swiatek...championne de l'épreuve. Certes Eugenie est frustrée de ne pas répondre positivement aux assauts de la Polonaise, mais se réjouit sûrement de réaliser qu'elle arrache, avec 5, autant de parties à Swiatek que la finaliste et 4e mondiale Sofia Kenin. 

 

Bouchard passe de la 168e place à la 140e avec son beau parcours. Cependant, comme nous, Genie est peinée par le manque d'options disponibles aux joueuses, surtout celles classées au-delà de la 100e place mondiale après ce Roland Garros. Diantre, let's go la WTA, et je le répète, si c'est possible pour les hommes d'organiser de nouveaux tournois dans ces temps de Covid, pourquoi pas pour les dames? 

 

Leylah Fernandez, pour sa part, m'épate durant le tournoi, alors que la championne de Roland-Garros chez les juniors l'an passé, obtient sa place grâce à son classement de 100e mondiale. Fabuleuse cette année avec des victoires, notamment sur Sloane Stephens et Belinda Bencic (deux top-10) en plus de s'extirper des qualifications à Acapulco pour se rendre jusqu'en finale, elle navigue le grand circuit avec panache.

 

Forte d'entrée face à la 31e tête de série Magda Linette, Leylah dispose aussi de la top-50 Polona Hercog au 2e tour avant d'affronter la double championne de Wimbledon, Petra Kvitova. Vous connaissez peut-être cette belle histoire que l'on conte aux enfants de bas âge aux États-Unis qu'on intitule :"« The Little Train that could » (le Petit Train va loin). Il s'agit d'une oeuvre née en 1930 et créée pour les tout-petits pour leur apprendre et mettre en valeur le travail et une attitude positive. Pour moi, Leylah est ce train qui atteindra des niveaux insoupçonnés. Chou Chou!

 

Je dois vous avouer cependant que je crains que notre Québécoise se fasse démolir par la puissance de la Tchèque bien que je sais également que Fernandez ne recule devant rien ni personne. Après un faux départ, elle brise la grande championne trois fois et s'offre même deux balles de premier set!!! Wow cela est tellement formidable que je n'ai pas de mots pour décrire jusqu'à quel point je suis fière de sa performance. Bon, ok... il lui manque un petit quelque chose pour garder la dragée haute fin de premier set et vaincre la pétaradante Petra, mais pour une première expérience dans le grand tableau à 18 ans, c'est quand même grandiose.

 

J'ai aussi voulu retenir pour vous quelques citations durant la quinzaine et en voici quelques-unes. 

 

Djokovic : « Après l'épisode au US Open, et avant le début du dernier Grand Chelem de l'année., le moment est venu de renaître de mes cendres et de ne jamais arrêter d'apprendre de mes erreurs. »

 

Shapovalov : « Fallait s'y attendre que je me blesse dans ces conditions lamentables et en plus avec cet horaire médiocre, ils s'attendent à ce que je joue mon double après 5 heures en simple? Trashy! »

 

Nadal avant sa finale : « Je ne me donne pas le droit d'échouer côté attitude. »

 

Voici aussi quelques coups de coeur chez les dames à part Iga Swiatek qui possède tous les talents, j'aurai toujours un faible pour les belles histoires humaines. Je retiens très certainement celle de l'Argentine Nadia Podoroska qui vit un conte de fées durant ce Roland-Garros. Elle se qualifie et file jusqu'à la demie pour un total de 9 matchs joués! À 23 ans et n'ayant participé qu'à un seul match jusque là dans un tableau principal en Grand Chelem (US Open 2016), elle souffre d'une blessure grave au poignet il y a deux ans. Hors circuit pendant 8 mois et sans-le-sou, un mécène intervient et subventionne son rêve. Wow, quelle joie de pouvoir explorer plus en profondeur le potentiel qu'elle sait posséder. Elle passe d'ailleurs de la 131e place au classement à la 48e. Mais c'est fantastique!

 

Même genre d'appréciation j'ai pour l'Italienne de 26 ans Martina Trevisan qui se qualifie et va de victoire en victoire jusqu'aux quarts de finale. Martina a souffert beaucoup d'anorexie en raison du divorce de ses parents, ce qui l'a amené à se blesser souvent. Elle est donc forcée de prendre un temps d'arrêt entre 2010 et 2014. Durant cette quinzaine, son énergie est si belle et sa capacité de trouver des solutions au coeur de ses matches, est remarquable. Je n'ai jamais vu une joueuse sourire autant en pleine compétition, bien consciente qu'elle se voit enfin offrir une chance en or d'étaler ses grands talents de terrienne au monde entier. À 26 ans, Trevisan passe de la 159e place à la 83e, mais c'est formidable!

 

Que dire aussi de l'immense sérieux et talent affiché par le Next Gen Yannick Sinner. Un top-10 assuré je crois qu'il sera, en plus de nous épater dans les prochaines années alors qu'il fera partie de ceux qui partiront à la conquête des plus grands titres.

 

J'espère que vous avez passé une belle quinzaine... moi, oui.