RDS.ca, Francis Paquin vendredi, 26 avr. 2013. 08:27

Chaque nouvelle décennie de vie s’accompagne généralement d’une remise en question. Pour les membres de la génération Y, le passage à la trentaine est le moment idéal pour jeter un coup d’œil dans le rétroviseur afin de réaliser tout le chemin parcouru au fil du temps.

Certains pensent avoir déjà connu leurs meilleurs jours et sentent qu’ils ont plafonné, alors que d’autres se désolent en se comparant à leurs semblables. Mais il ne faut oublier les éternels optimistes qui sont fiers de leurs accomplissements et qui ont encore plusieurs défis à relever. Le nom d’Antonin Décarie se retrouve indiscutablement dans ce troisième et dernier groupe.

Même s’il n’a pas encore réalisé son rêve de devenir champion du monde et qu’il évolue dans l’ombre de Jean Pascal et Lucian Bute depuis plusieurs années, Décarie n’a nullement l’impression d’être passé à côté de quelque chose jusqu’à maintenant. Dans les faits, il est convaincu qu’il s’apprête à vivre ses plus beaux moments depuis le début de sa carrière.

Quelques mois seulement après avoir célébré son 30e anniversaire de naissance, Décarie se battra devant plus de 40 000 spectateurs, alors qu’il affrontera l’Argentin Luis Carlos Abregu, samedi soir, à l’Estadio José Amalfitani de Buenos Aires en Argentine. Une victoire lui permettrait de mettre la main sur la ceinture d’argent des poids mi-moyens du WBC et le propulserait automatiquement au rang de premier aspirant au titre détenu par le meilleur boxeur « livre pour livre » de la planète : Floyd Mayweather fils. Rien de moins.

« Ça fait pas mal longtemps que je fais partie des 10 premiers aspirants au championnat du monde », a rappelé Décarie au RDS.ca pendant un long entretien tenu avant un entraînement la semaine dernière. « Mais j’ai hâte que les gros combats significatifs commencent. Mon dernier combat (contre Alex Perez) sur HBO m’a ouvert des portes. C’est à moi d’en profiter. »

« Je ne suis pas encore établi et je dois prendre ce combat (contre Abregu) comme un levier qui va me permettre d’atteindre le prochain niveau. Je ne me suis pas tourné les pouces ces dernières années, mais ce n’est plus le temps de niaiser. C’est un combat que je n’aurais pas accepté il y a trois ans. »

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Au mois de mai 2010, alors que la quasi-totalité des médias québécois n’en avaient que pour le combat qu’Éric Lucas disputait contre Librado Andrade au Colisée Pepsi de Québec, Décarie affrontait Souleymane M’baye pour le titre intérimaire des mi-moyens de la WBA en France.

Même si la défaite a été plus qu’honorable - Décarie s’est incliné par décision unanime des juges (116-113, 116-113 et 116-112) -, il ne ressemble aujourd’hui en rien au boxeur invaincu qui s’était présenté sur le ring à ce moment-là. La trentaine amène peut-être son lot de questions, mais l’expérience permet d’y répondre beaucoup plus facilement que dans la vingtaine.

« Le combat contre M’baye m’a fait réaliser un paquet de choses, autant à l’entraînement que dans la manière de percevoir un combat », avoue Décarie. « Pour mon (dernier) combat contre Perez, j’étais beaucoup moins nerveux qu’à l’habitude. »

« Ça prend toujours une minute ou deux avant que le boxeur local ne monte dans le ring. À la télévision, ç’a l’air vite, mais contre M’baye, j’avais trouvé ça tellement long! Mais contre Perez, je n’ai pas eu ce sentiment-là. »

« Je ne vois plus ce moment-là comme une tâche à accomplir. Je me considère juste vraiment chanceux d’aller boxer contre Abregu chez lui en Argentine sur HBO. Et je suis surtout convaincu que je peux revenir ici avec la victoire. »

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La croyance populaire veut que la plupart des gens et des athlètes apprennent le plus dans l’adversité et la défaite. Pour Décarie, c’est plutôt sa récente victoire aux dépens de Perez qui a tout changé.

Appelé à trois semaines d’avis pour se mesurer à l’un des plus beaux espoirs du promoteur Lou DiBella, Décarie a choqué le monde de la boxe en l’emportant par arrêt de l’arbitre au sixième round, malgré le fait qu’il était pourtant négligé à cinq contre un.

Il faut se rappeler qu’Yvon Michel avait l’embarras du choix lorsque DiBella l’avait contacté pour mettre sur pieds un combat de remplacement à celui qui devait opposer Zsolt Erdei à Issac Chilemba. Lorsque Michel a demandé à l’entraîneur Marc Ramsay lequel de ses protégés était le plus apte à relever pareil défi, un seul nom avait été évoqué, celui de Décarie.

« Je me garde toujours en forme et le plus prêt possible », explique Décarie. « C’est évident que c’est très réconfortant de savoir ton équipe derrière toi. »

« Sauf que tout ça est maintenant à refaire. La préparation a été difficile et pénible, mais elle a été amusante. C’était souffrant, mais j’étais content de la faire. Ça va donner des résultats. »

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Des résultats, Décarie est malheureusement condamné à en avoir. Il ne peut se fondre dans une équipe et continuer à encaisser son chèque de paye en se traînant les pieds. Mais si Décarie faisait partie d’une équipe, il en serait assurément le capitaine.

« (Antonin) est bien plus important que ce que les gens voient », a révélé Michel pendant une rencontre avec les journalistes tenues dans les locaux de son groupe la semaine dernière. « Lorsque nous nous réunissons tout le monde, les autres boxeurs lui demandent conseil. »

« Même Jean jase souvent avec lui! Antonin est un bonhomme très important dans notre organisation. C’est un homme intelligent capable de tirer le meilleur de lui-même dans n’importe quel département. »

Cette vivacité d’esprit permet à Décarie d’aborder n’importe quel sujet sans verser dans l’arrogance ou la complaisance. Ainsi, lorsqu’il parle d’argent ou du combattant le plus populaire de la planète, cela ne sonne pas du tout faux.

« La boxe, c’est une business, il faut trouver un moyen de monnayer tout ça », affirme Décarie. « Tu as beau être le meilleur boxeur au monde, s’il n’y a personne qui te suit, ce n’est pas très payant. C’est clair que je veux prendre plus de place sur l’échiquier québécois. »

« Je m’inspire beaucoup de Georges St-Pierre, qui a été populaire partout sur la planète avant de l’être au Québec. J’ai utilisé ça comme motivation. Aller me battre en Argentine, c’est un pas dans la bonne direction. »

Quand Décarie franchira sa prochaine décennie et qu’il réalisera tout le chemin parcouru, il y a de fortes chances qu’il se dise que ses années de trentaine auront été les plus glorieuses de sa carrière.