MONTRÉAL – Ça n’a pas toujours été l’amour fou entre Georges St-Pierre et Nick Diaz.

Il y a un peu plus de deux ans, en mars 2013, Diaz était arrivé à Montréal dans le rôle d’aspirant numéro un à la ceinture que St-Pierre se préparait à défendre pour la huitième fois consécutive. Le Québec avait alors fait la connaissance d’un homme tourmenté et incompris, un athlète qui laisse rarement une impression positive dans l’œil du grand public et qui ne s’en soucie guère.

En conférence de presse, quelques jours avant l’événement, Diaz s’était surpassé. Dans un concert de monologues souvent incompréhensibles, il avait fait l’étalage des multiples facettes de sa fascinante personnalité, y allant d’étonnantes confessions sur sa vie privée et de montées de lait difficilement contrôlées.

Georges St-Pierre et Nick DiazLa tension était à couper au couteau, à un point tel que St-Pierre avait perdu le contrôle de son flegme habituel.

« Crois-tu vraiment que j’ai peur de toi, mon gars? », avait à un certain moment gueulé le champion à l’intention de son visiteur. « On verra bien samedi soir si j’ai peur de toi! »

Si Diaz était parvenu à entrer dans la tête de son rival, ce fut là son seul accomplissement. Quelques jours plus tard, le Californien était reparti à la maison bredouille après avoir offert une opposition tiède au champion.

« Nick est quelqu’un de très charismatique, il fait beaucoup parler de lui. Mais ce n’est pas quelqu’un que je déteste. Je n’ai pas de haine envers lui, a précisé St-Pierre lors d’un entretien avec RDS mercredi. Plusieurs choses avaient été dites avant notre combat, mais c’était uniquement au point de vue sportif. Je n’ai rien pris de personnel. »

Diaz a monopolisé malgré lui l’actualité du monde des arts martiaux mixtes à la mi-septembre, quand la Commission athlétique du Nevada (NAC) lui a imposé une suspension de cinq ans pour avoir échoué à un test antidopage. L’Américain de 32 ans a été reconnu coupable d’avoir consommé de la marijuana en marge de son combat contre Anderson Silva à l’UFC 183, le 31 janvier dernier.

Diaz avait déjà été suspendu pour les mêmes raisons en 2007 et en 2012. Le Nevada possède sa propre politique antidopage, qui prévoit une sentence de trois ans pour une troisième offense relative à la marijuana. Celle-ci n’était toutefois pas en vigueur lorsque Diaz a soumis les échantillons d’urine incriminants.

« Personnellement, cinq ans, je trouve que c’est beaucoup, juge GSP. Surtout quand on pense à Anderson Silva et à d’autres gars qui se sont dopés et qui ont reçu une petite suspension comparativement à la sienne. »

« Je pense qu’ils ont voulu se servir de lui pour passer un message parce que c’est un personnage coloré qui parle beaucoup, qui fait beaucoup de bruit. On a voulu montrer l’exemple comme ça avait été fait, dans les sports olympiques, avec Marion Jones par exemple. Malheureusement, c’est tombé sur lui, mais je crois que tout le monde a droit à une deuxième chance. »

St-Pierre croit aussi que la loi du gros bon sens aurait dû s’appliquer quand est venu le temps de punir le mauvais garçon de Stockton. Même s’il se dit contre la consommation de marijuana, il est anormal, selon lui, qu’un fumeur de pot soit jugé selon les mêmes critères qu’un athlète qui fait l’usage de stéroïdes, par exemple.

« C’est une drogue, oui, mais je crois qu’il devrait y avoir des pénalités différentes pour certains produits que les compétiteurs utilisent, parce que là ça n’a pas vraiment de sens. La marijuana peut aider une personne qui souffre d’anxiété, mais ça ne peut pas te rendre physiquement plus fort ou plus puissant, plus performant. Je ne crois pas que ça devrait être jugé de façon aussi sévère. »

Le sort réservé à Diaz a créé un fort courant de solidarité parmi ses frères d’armes. Le mouvement « Free Nick Diaz » (Libérez Nick Diaz) a non seulement été embrassé par des combattants connus comme Ronda Rousey, mais aussi par des athlètes d’autres sports (Floyd Mayweather) et des membres de la communauté artistique (Cher).

À cette liste éclectique, on peut maintenant ajouter le nom de Georges St-Pierre. 

« On a besoin de gars comme lui dans le sport et j’espère qu’il va revenir bientôt. Si je peux l’aider d’une façon ou d’une autre, sans me mettre dans l’embarras, ça va me faire plaisir de le faire. C’est quelqu’un que j’aime bien et je lui souhaite la meilleure des chances. »