mercredi, 17 juil. 2013. 16:26

La première mission des Alouettes doit être de rebâtir la confiance de la ligne offensive puisque tout part de cette unité au football. Tu as beau posséder les meilleurs joueurs autour, si le quart n’est pas protégé adéquatement, rien ne peut fonctionner.

C’est impératif d’élaborer un plan de match amical pour la ligne à l’attaque.

Du côté positif, je connais tous ces joueurs et je peux vous dire qu’ils sont très fiers. Ils vont tout donner pour replacer les choses rapidement. Ceci dit, c’est avec la sélection des jeux qu’on peut ramener de l’ordre dans cette situation.

Lors des deux derniers matchs, je dois vous avouer que les joueurs de ligne offensive étaient constamment confrontés à des situations de un contre un en raison de l’abondance des passes. C’est simple, c’est le scénario le plus difficile à cette position étant donné que le joueur de ligne défensive sait qu’une passe s’en vient. Il adopte donc sa position de sprinter et il réfléchit à ses esquives et son approche pour battre son bloqueur.

Inévitablement, ça crée une situation de surcharge pour les joueurs de ligne à l’attaque qui doivent essayer de freiner ces imposants et rapides athlètes.

Ce n’est pas pour rien que ces exercices sont fréquents dans les entraînements. Les entraîneurs savent que si leurs joueurs de ligne à l’attaque se débrouillent dans ce contexte, ils pourront tenir le coup dans un match qui présente des situations plus variées.

Quand je regarde les deux dernières parties, je ne peux m’empêcher de me dire que les joueurs de ligne à l’attaque se sont retrouvés dans cette position très exigeante trop souvent.

En plus de ne pas posséder un niveau de confiance très élevé actuellement, la ligne à l’attaque vient de perdre deux de ses soldats en Scott Flory et Andrew Woodruff. Ainsi, c’est déjà 40 % de l’unité qui est modifiée. Je précise qu’il s’agit des deux joueurs évoluant au poste de garde. C’est important d’en parler puisqu’ils doivent s’occuper de la profondeur de la pochette en compagnie du joueur de centre. De leur côté, les bloqueurs doivent protéger la largeur de celle-ci en jouant aux extrémités.

Sans trop oser, je peux prétendre que les gardes et le centre sont plus importants que les bloqueurs étant donné le style peu mobile d’Anthony Calvillo et le système basé sur la passe des Alouettes. Si l’intérieur de la pochette s’effondre, le jeu avorte presque toujours.

Les bloqueurs peuvent élargir la pochette en faisant courir leur adversaire vers l’extérieur. Dans ce cas, le quart peut avancer, mais le bloc doit tenir le coup devant lui.

Depuis le début de la saison, les Alouettes ont emprunté un sens unique avec la passe et les protections de passes peu variées. En ajoutant à cela un quart peu mobile, ça devient une tâche colossale pour les cinq joueurs de ligne offensive.

Je peux vous confier que je ne serais pas très content de ce contexte si je jouais encore.

Il faut savoir une chose, quand les entraîneurs de ligne défensive remettent un rapport de dépistage pour préparer un match, ils utilisent souvent une feuille avec un dessin de fer à cheval pour illustrer la pochette. Ça devient une carte avec des X pour identifier les endroits d’où proviennent les passes du quart-arrière.

En ce qui concerne les Alouettes, il y a pratiquement un seul X sur la feuille et il est toujours situé au même endroit. Cette feuille devient comme une carte au trésor pour les joueurs de ligne défensive qui veulent atteindre cette cible le plus rapidement possible. Ça devient pesant pour une ligne offensive de protéger une telle situation.

Anthony CalvilloVoilà pourquoi je m’attends à une panoplie de jeux en croisé des Stampeders samedi pour compliquer la vie de la ligne offensive des Alouettes. Ils vont sans doute élaborer plusieurs jeux avec des blitz vers le centre pour surprendre les joueurs moins expérimentés de cette unité. C’est clair que le centre de la ligne sera testé à répétition. Il ne faut pas oublier que le bruit hostile de la foule compliquera la vie du « quintette » qui devra recourir à la cadence silencieuse à l’occasion.

Ce n’est pas tout, le centre Luc Brodeur-Jourdain avoue que Flory était le cerveau du groupe et que ses recommandations étaient précieuses. Le dicton anglais dit : « Before you can throw it, can you protect it », donc c’est bien beau d'avoir un merveilleux groupe de receveurs et de développer de superbes concepts de jeux, mais il faut avant tout protéger Calvillo assez longtemps pour que ça fonctionne. La protection demeure la première étape de tous les jeux aériens.

Ceci dit, il existe une multitude de façons de protéger un quart et de limiter les occasions dangereuses de pression contre la passe pour qu’un chasseur de têtes puisse se payer la traite. Ce n’est pas compliqué et voici une petite énumération :

• Si vous avez lu mes dernières chroniques, vous savez que les jeux de course demeurent la meilleure protection. Ça me fait suer un peu parce que cette facette a été abandonnée dans des matchs serrés ce qui s’annonce inquiétant pour des écarts plus importants.
• La course ouvre ensuite la dynamique d’une feinte pour effectuer une passe. La ligne à l’attaque joue un rôle d’agresseur comme sur une course et peut bloquer avec confiance.
• Les passes pièges sont aussi importantes car elles freinent les ardeurs des ailiers défensifs qui foncent de façon trop agressive vers le quart.
• Les courtes passes avec des protections rapides deviennent très utiles. Le recul du quart est court et les joueurs de ligne offensive peuvent attaquer les genoux de leurs adversaires.
• Bien sûr, tu peux aussi faire bouger la pochette, mais cette option est moins propice pour Montréal. Tout de même, ça peut fonctionner à l’occasion.
• Avec un quart intelligent comme Calvillo, tu peux aussi envoyer sur le terrain des formations avec six receveurs de passe pour des décisions rapides. Avec un champ arrière libre, la défense doit se déployer davantage et ça crée un portrait plus clair dans la boîte défensive.
• Finalement, les Alouettes pourraient opter pour une protection maximale avec deux ailiers rapprochés et un porteur de ballon. Tu utilises moins de receveurs, mais tu peux isoler un receveur contre un athlète moins fiable.  

Ce sont tous des outils importants que tu dois déployer tôt dans la partie pour faire réfléchir l’autre équipe. Quand je parle de plan de match amical pour la ligne à l’attaque, voilà ce que j’ai en tête et ce sera primordial.

L’exemple intéressant des Roughriders

Les Alouettes peuvent aussi se comparer avec les autres équipes. Par exemple, ce sont les Roughriders de la Saskatchewan (3-0) qui présentent la meilleure attaque de la LCF et la ligne offensive reçoit une tonne d’éloges. Je suis d’accord pour vanter ce groupe, mais j’ai remarqué que les Riders mènent la LCF avec 85 courses et ils sont derniers pour les passes tentées avec 79. Ça me semble l’exemple parfait d’équilibre. Je comprends que c’est la LCF et que la passe joue un rôle prédominant, mais la Saskatchewan prouve que la variété rapporte.

Les Riders sont aussi premiers pour les sacs accordés avec seulement quatre donc un par 20 passes. En observant leur style de jeu, les Riders accordent à peine 10 vraies chances de pourchasser leur quart dans une partie. En moyenne, ils optent pour 26 passes par rencontre, mais ils ont recours à toutes les options énumérées plus haut pour protéger leur attaque.

C’est simple, les Alouettes doivent en arriver à un portrait semblable. À mon avis, ce ne serait pas normal si Brandon Whitaker ne touchait pas au ballon au moins 20 fois (incluant les passes) contre les Stampeders. Il doit toucher au ballon plus souvent. Dans le dernier match, il a effectué seulement cinq vraies courses donc je me demande, en blaguant, pourquoi il y avait autant de porteurs de ballon au camp des Alouettes!

Je vais souvent assister aux entraînements de l’équipe et je suis encouragé par la communication qui existe entre Calvillo et son coordonnateur offensif Mike Miller. Il semble se développer une relation entre les deux hommes ce qui est crucial. Je me souviendrai toujours de Marc Trestman qui avait raison en disant que la relation la plus importante dans le sport professionnel était celle entre le quart et celui qui sélectionne les jeux. Ils doivent être au diapason.

Trestman avait le tour de rendre Calvillo heureux en plus d’insister sur son rôle crucial. Il faut protéger le quart parce qu’un rendement moins efficace peut affecter toute l’équipe. Après tout, il y a 11 autres joueurs avec lui dans le caucus et ils savent tous s’il n’est pas confiant ou pas dans son assiette.

C’est encore plus vrai cette année puisque Calvillo ne compte plus sur un entraîneur des quarts comme dans le passé avec Scott Milanovich ou Marcus Brady. Cette fois, Miller occupe les deux fonctions donc la relation doit être excellente.

Dans le passé, Calvillo pouvait sans doute se confier à une autre personne. Mais je suis rassuré de voir la communication entre les deux hommes car Calvillo ne peut pas se tourner vers un autre entraîneur.

Pour revenir sur la Saskatchewan, les Riders concèdent un sac aux 20 passes. Pour ceux qui aiment les statistiques, on parle d’un sac aux 8 passes (13 sur 99) pour Montréal. Il faut donc faire un effort pour aider la ligne. Si tu aides ce groupe, tu rends le quart plus à l’aise et l’attaque du même coup. On aimerait assister à un tel effet domino positif.

Propos recueillis par Éric Leblanc.