jeudi, 17 janv. 2013. 13:00

L'heure est aux matchs de championnats de chaque association dans les éliminatoires de la NFL. Trois des quatre équipes qui se sont invitées cette année dans le carré d'as avaient atteint la même étape en 2012, les seuls intrus étant les Falcons d'Atlanta.

Qui se paiera un billet pour le Super Bowl? La réponse commencera à se dessiner à compter de 15 h dimanche sur les ondes de RDS.

Après la leçon de football que les 49ers de San Francisco ont donnée aux Packers de Green Bay la semaine dernière, je suis impatient de voir le plan de match que leur présenteront les Falcons, et encore plus le degré d'efficacité avec lequel ils l'appliqueront.

La grosse question : l'unité supervisée par Mike Nolan sera-t-elle en mesure d'arrêter le jeu au sol des Niners, l'équipe qu'il a dirigée de 2005 à 2008?

Plus on observe l'attaque au sol des 49ers, plus on réalise à quel point elle représente tout un casse-tête pour les défensives adverses. Souvent, une équipe va compter sur un jeu particulier qui générera beaucoup de succès et vers lequel elle a l'habitude de se rabattre quand la situation le commande. Mais chez les 49ers, ces jeux sont trop nombreux pour les compter.

Le coordonnateur offensif Greg Roman utilise plusieurs styles de courses. Ses hommes peuvent faire du blocage de zone, du blocage homme-à-homme, du blocage en puissance, du blocage pour le jeu d'option, des blocs pièges... Je vais m'arrêter là, mais vous aurez compris que ça arrive de partout! Je vous le dis, l'ancien joueur de ligne à l'attaque en moi adorerait jouer dans ce système, qui sollicite la contribution absolue de tout le monde.

Les possibilités sont illimitées et rassemblées dans un tout, elles forment la base du succès de l'attaque des 49ers. La récolte de 323 verges au sol qui leur a permis d'éliminer les Packers était assez spectaculaire, une performance comme on en voit rarement chez les pros.

Ce qui complique exponentiellement la tâche des défensives qui doivent se frotter à ce monstre aux multiples têtes, c'est l'ajout du jeune quart-arrière Colin Kaepernick dans le portrait et l'implantation de la formation pistolet.

La semaine dernière, Kaepernick a régulièrement su se frayer un chemin sur des tracés extérieurs, inscrivant notamment des touchés de 20 et 56 verges. C'est donc bien évident que les Falcons, dans l'élaboration de leur stratégie, se sont donné comme mission de contenir le jeu d'option et d'empêcher Kaepernick d'attaquer les périmètres. Mais la réponse des 49ers risque d'être la suivante : « Vous voulez jouer de façon plus élargie? Pas de problème. Voici Frank Gore et nous l'envoyons attaquer le milieu du terrain. Essayez de l'arrêter pour voir. » C'est tout un problème à solutionner pour une défensive, qui finit par ne plus savoir sur quel pied danser.

En plus, l'attaque des 49ers va souvent envoyer quelques joueurs en mouvement avant qu'un jeu ne soit lancé. Le but : se donner de meilleurs angles de blocage. Tantôt on déplace le centre-arrière, tantôt l'ailier rapproché. On recherche constamment non seulement un avantage numérique au point d'attaque, mais un meilleur levier dans le but de faire encore plus de ravage lors du contact.

La défensive contre le jeu au sol n'est pas la force des Falcons. Elle n'est pas particulièrement imposante ni très physique, mais elle est très active. Nolan envoie constamment ses joueurs en mouvement pour tenter de créer de l'hésitation de l'autre côté de la ligne de mêlée. J'ai hâte de voir comment ils s'en tireront dans cette facette du jeu.

Les Falcons n'en seront pas à leur premier rodéo contre un jeune quart rapide et athlétique. Deux fois en saison régulière ils ont affronté Cam Newton, des Panthers de la Caroline, qui a connu des matchs de 116 et 86 verges au sol. La semaine dernière, au premier tour éliminatoire, Russell Wilson n'a pas beaucoup utilisé le jeu d'option, mais a quand même trotté pour des gains de 60 verges.

Bref, contre les quarts mobiles, les Falcons ont connu des ennuis. C'est de mauvais augure quand on se prépare à affronter un spécimen qui a fracassé des records à sa dernière sortie.

La semaine dernière, Green Bay s'est entêté à faire du homme-à-homme contre l'offensive des 49ers. Le problème, c'est que lorsque Kaepernick décidait de changer de vitesse et de tourner le coin, tout le monde en avant de lui avait les yeux fixés sur un receveur! Alors j'ose imaginer que les Falcons incorporeront davantage de défensive de zone, un concept où 22 yeux sont constamment rivés sur le quart-arrière. Ça pourrait être une bonne façon de limiter les risques de longs et coûteux gains.

En plus, une défensive de zone forcerait Kaepernick, un quart malgré tout inexpérimenté, à devoir faire une lecture rapide de ses options lorsqu'elles sont en mouvement plutôt que de seulement avoir à identifier une confrontation favorable avant de demander le ballon à son joueur de centre. Dans cet aspect du jeu, je ne suis pas certain que Kaepernick soit rendu au même niveau que Wilson, son rival des Seahawks.

Si les Falcons, lorsque positionnés dans du homme-à-homme, décident de se doter d'un espion, comme les Packers ont tenté de faire, je me permets de leur transmettre les suggestions suivantes. D'abord, utilisez un maraudeur plutôt qu'un secondeur parce que de toute évidence, Kaepernick court beaucoup trop vite pour tout joueur qui gagne sa vie sur le front défensif. Ensuite, placez-le un peu plus profondément sur le terrain pour lui permettre à prendre les bons angles de poursuite. Pour Green Bay, le secondeur chargé de surveiller Kaepernick débutait le jeu à six ou sept verges de la ligne d'engagement. Je suis désolé, mais un coup que la torpille était lancée, les chances de le rattraper étaient presque nulles.

Enfin, quand tu affrontes une attaque qui utilise le jeu d'option comme celle des 49ers, tu dois être à l'aise avec l'idée de placer huit joueurs dans la boîte défensive. Pourquoi? Parce que le quart-arrière n'est pas un touriste dans cette tactique. Il ne se contente pas de donner le ballon au porteur pour ensuite s'effacer dans le champ arrière, non! Il participe, il influence, il court! Alors si tu n'ajoutes pas un joueur dans la boîte, tu te retrouveras toujours en désavantage numérique.

Le problème, c'est que l'arrivée d'un huitième joueur dans la boîte signifie que tu te retrouves avec un seul maraudeur dans le champ centre et conséquemment, soit tu te retrouves homme-à-homme sur les lignes de côté, soit tu à une couverture « numéro 3 » en zone. Dans un cas comme dans l'autre, tu deviens plus prévisible.

Personnellement, je trouve que les équipes qui déploient le genre d'attaque qui fait la force des 49ers sont celles qui comptent sur le meilleur play action parce que la défensive, sachant que le quart représente une menace pour courir, ne peut pas ne pas réagir à ta feinte de remise. Si un maraudeur ne descend pas en appui, on va manquer d'effectifs. Aussi, à chaque jeu, tout le monde doit être au diapason. Qui prend le porteur de ballon? Qui se charge du quart-arrière? Tu ne peux pas avoir de désavantage numérique au point d'attaque, sinon tu es cuit.

Le problème contre Kaepernick, c'est que même si tu lui assignes quelqu'un, il est assez vite et gros pour s'en débarrasser. Ça coûte cher de Tylenol, se préparer pour un joueur comme ça!

Les joueurs de ligne défensive des Falcons devront se concentrer à rester disciplinés. Sur le premier touché accordé à Kaepernick, les Packers ont mis de la pression sans réaliser qu'ils lui ouvraient un large corridor qui menait tout droit à la zone des buts. C'est frustrant parfois d'être discipliné, parce que tu te trouves souvent - et inconsciemment - à être moins agressif et tu n'obtiens pas autant d'opportunités d'appliquer une bonne pression. Mais ce contrôle et cette discipline seront des éléments primordiaux à respecter dans les tranchées pour les Falcons.

Kaepernick démontre jusqu'ici un sang-froid épatant. Mine de rien, il n'est pas facilement intimidable : il a battu Tom Brady, Aaron Rodgers et Drew Brees depuis le début de sa courte carrière. Son prochain test sera sur la route, dans un dôme qui devrait être ultra bruyant. Ça ne sera pas nécessairement facile, mais encore là, ce que j'aime de San Francisco, c'est que même si la nécessité d'utiliser une cadence silencieuse les force à renoncer à tout le mouvement qu'ils aiment créer avant d'exécuter leurs jeux, ils sont assez robustes et dominants pour simplement s'aligner et prévenir l'adversaire qu'ils s'en viennent. Le bruit ne devrait donc pas les affecter tant que ça et si la ligne à l'attaque continue son travail de démolition, ça va être difficile pour Atlanta.

Des Falcons libérés?

De l'autre côté, je me demande dans quel état d'esprit les Falcons amorceront-ils ce match. Cette fameuse victoire contre les Seahawks de Seattle, la première de l'ère Mike Smith/Matt Ryan en éliminatoires, les aura libérés de la pression qui pesait jusque-là sur leurs épaules? Ou ont-ils déjà gagné leur Super Bowl en avançant finalement au match de championnat de leur association?

La clé est assez simple pour les Falcons. Pour une deuxième semaine consécutive, ils devront être capables de répliquer coup pour coup dans la bataille de la robustesse. Ils m'ont impressionné la semaine dernière parce que je ne les pensais pas capables de tenir tête, physiquement, aux Seahawks. Oui, c'est vrai que tout a failli s'écrouler à la toute fin, mais une récolte de 167 verges au sol et autant de plaqués brisés en cours de route? J'ai été agréablement surpris par ce que j'ai vu. Reste maintenant à savoir s'ils sauront en faire autant contre les 49ers, une équipe qui prend un malin plaisir à infliger de la douleur dans le camp adverse.

Je me permets une confession : je ne pense pas que Michael Turner et Jacquizz Rodgers pourront combiner leurs efforts pour 167 verges en fin de semaine, en partie parce que je ne crois pas que les 49ers rateront autant de plaqués que les Seahawks en ont raté. Ça signifie qu'une plus grande partie du destin de l'équipe reposera sur le bras droit de Matt Ryan, qui a commis au moins deux interceptions dans trois de ses quatre matchs éliminatoires.

Mauvaise nouvelle pour « Matty Ice » : les 49er sont la quatrième meilleure défensive par la passe de la NFL, eux qui ont à peine accordé 200 verges aériennes par rencontre cette saison. Mais... ils sont humains! Brady a lancé pour plus de 400 verges contre eux. Wilson les a battus avec quatre passes de touché. À l'opposé, ils ont su limiter les dégâts contre Brees, Rodgers et Eli Manning. Ça ne sera pas un pique-nique pour Matt Ryan.

Un point important, toutefois, dans le clan de San Francisco : il faudrait retrouver le truc pour appliquer de la pression sur le quart-arrière. Dernièrement, c'est une faiblesse de cette unité qui réussissait pourtant à le faire à profusion dans les trois premiers quarts de la saison. S'il y a un ajustement à apporter au plus vite, ça serait celui-là parce que Ryan, ce n'est quand même pas un chaudron et ses receveurs sont excellents. S'il a trop de temps pour faire son travail, les 49ers pourraient sentir la soupe chaude assez rapidement.

La semaine passée, contre la ligne offensive plutôt ordinaire de Green Bay, les Niners n'ont réussi qu'un sac du quart en 39 passes tentées. Pour moi, le défi de leur défensive sera de faire mieux à Atlanta.

Je pense que les hommes de Jim Harbaugh ont appris de leur expérience crève-cœur de l'année dernière. Ce n'est pas à négliger. Il y a un an, ils ont peut-être été surpris par toute la nouveauté qui entourait leur incursion dans le carré d'as. Selon moi, la leçon a été retenue.

Dans le vestiaire des Falcons, coach Smith n'aura pas à se creuser les méninges bien longtemps pour motiver ses troupes. L'équipe a dominé le classement de l'Association nationale en saison régulière et aura l'avantage marqué d'évoluer devant ses partisans, mais est néanmoins négligée par les preneurs aux livres. C'est une méchante claque au visage, mais je crois qu'au final, Harbaugh saura garder ses joueurs concentrés sur la tâche à accomplir.

Je vois les 49ers retourner au Super Bowl pour la sixième fois de leur histoire, la première fois en 18 ans.

*propos recueillis par Nicolas Landry