mercredi, 6 nov. 2013. 23:57

Je publie normalement le mardi matin mais je voulais attendre. Pas par manque d’inspiration. Je voulais attendre de voir comment allaient réagir David Desharnais et P.K. Subban après avoir été pointés du doigt publiquement par leur entraîneur suite aux deux défaites au Minnesota et au Colorado. S’il faudra attendre le match à Ottawa jeudi dans le cas du joueur de centre pour connaître sa réaction, dans le cas du récipiendaire en titre du trophée Norris nous avons maintenant une bonne piste de solution. Comme tout, ou à peu près tout, a été dit et redit par les journalistes et observateurs sur la relation entre Michel Therrien et son défenseur étoile, je me suis replongé dans la peau de ces athlètes qui peuplent les vestiaires des équipes de hockey professionnelles que j’ai habités pendant plus de douze ans.

D’entrée de jeu, je n’avais pas le quart du talent brut de Subban, mais comme gardien titulaire pendant plus de six saisons j’ai déjà occupé un rôle prépondérant comparable à l’impact d’un défenseur numéro un. Je n’ai jamais eu de problèmes avec les commentaires négatifs d’un entraîneur devant les autres joueurs ou les membres des médias, tant que ces critiques s’attaquaient à une mauvaise exécution de ma part et non à l’individu que j’étais. Un entraîneur ne perdra pas son temps à pointer du doigt un joueur qui n’a pas d’impact sur le résultat final d’un match. Même si cette réalité est extrêmement difficile à comprendre pour un amateur, sachez que les salves entre coéquipiers sont très souvent encore bien plus virulentes que celles rendues publiques par les membres de la presse. Ce qui n’empêche pas deux fiers compétiteurs s’étant « engueulés » dans le vestiaire de prendre une bière ensemble après le match ou de partager un siège dans l’avion. Jamais un tel ton ne pourrait être emprunté sur le marché du travail entre deux employés d’une PME ou par un patron d’une grande entreprise.

Le sérieux avec lequel un athlète prend ses responsabilités envers ses coéquipiers est exceptionnel. Chaque coéquipier est redevable à son voisin. Même un trophée Norris envers un joueur de quatrième trio. Même un gardien envers un policier. Tout joueur de la LNH accepte volontiers de s’acquitter de son devoir d’imputabilité, qui surpasse toute autre redevance, même si tous n’ont pas la même fonction au sein du groupe. Dans un monde hyper-médiatisé où chaque petite erreur est sur-analysée et où, de façon disproportionnée, seuls les résultats comptent, c’est la seule façon de rester unie pour une équipe, tout en évitant les dissensions qui pourraient découler de contreperformances individuelles coûteuses pour le groupe. On se dit les quatre vérités dans le blanc des yeux et on passe à autre chose. Ce monde me manque parfois, celui dans lequel je vis désormais est bien différent…

Là où je m’insurge cependant, c’est quand on ne donne pas la chance au coureur après l’avoir fustigé sur la place publique. La hargne que j’avais à l’époque envers John Tortorella lorsqu’il était mon entraîneur à Tampa n’a jamais été de m’avoir « planté » dans les journaux, c’est de ne pas m’avoir retourné devant les filets le lendemain de l’avoir fait. Ce cycle dangereux m’a amené à me poser de sérieuses questions sur mes capacités alors que je regardais, depuis le banc, mon équipe. Mon instinct, qui m’avait permis de devenir un gardien numéro un, me quittait alors que je n’étais pas dans le feu de l’action. Un athlète fier veut prouver à son coach, ses coéquipiers, à la planète entière qu’il sait rebondir. On ne rebondit pas très haut lorsqu’on est enchaîné au sol. Je n’étais pas à la hauteur, pas assez efficace entre les poteaux pour le Lightning, je ne l’ai jamais nié. Tout ce que je voulais, c’était une autre chance de me faire valoir, une autre opportunité de prouver que mes détracteurs avaient tort.

Il est là le défi pour le personnel d’entraîneurs des Canadiens dans la gestion de leur pur-sang. Cinq défenseurs, trois du Tricolore, deux des Blues, ont obtenu plus de temps de jeu que celui qui a pourtant le plus grand potentiel de changer l’allure d’un match à lui seul. L’échantillon est beaucoup trop petit pour se lancer dans une analyse profonde. Il y a eu toutes ces infériorités numériques, mais il n’y avait pas d’avance à protéger en fin de match. Therrien s’est dit très satisfait de la tenue de P.K. contre les Blues après avoir été très dur à son endroit. 

Il ne faut pas encarcaner la fougue qui caractérise un joueur d’impact. Il faut la canaliser. Grâce à sa personnalité forte, Subban n’est pas rendu au point de se questionner sur la validité de ses décisions sur la patinoire et il ne doit pas être encouragé à s’y rendre. Penser à l’équipe en premier, jouer selon le pointage et le temps restant au tableau indicateur et gérer les montées à haut risque; voilà autant d’aspects qui sont nécessaires à un défenseur de premier plan et qui s’enseignent.

Ceci n’est donc pas un autre billet à propos de P.K. Subban, c’est ma façon d’aborder d’un autre angle une relation qui ne semble laisser personne indifférent. Avec l’espoir de vous avoir emmenez avec moi dans l’arrière-scène d’un tout petit épisode d’une multitude qui peuplent, au quotidien, le feuilleton que représente une saison de la LNH…