vendredi, 3 mai 2013. 23:20

J'ignore comment chaque joueur du Canadien se sentait dans le vestiaire avant le match, mais ça ne devait pas suinter la confiance malgré le boniment de motivation que Michel Therrien leur a servi.

Après tout, les absents étaient de taille: Pacioretty, Gionta et Eller, soit l'équivalent d'un premier trio. Ajoutez à cela un gardien qui se battait constamment pour la rondelle quand il ne la laissait pas bêtement glisser derrière lui. Disons que les parieurs de Las Vegas ne devaient pas accorder trop de chances au Canadien de revenir dans la série.

Dans le premier match, le Canadien avait exprimé son talent en bombardant Craig Anderson de 50 tirs. Vingt-quatre heures plus tard, c'est leur caractère qui a pris la relève. Et quel spectacle on a eu!

Sans doute, la plus belle démonstration de caractère depuis la spectaculaire victoire de 6-5 à Boston alors que plus personne ne croyait une remontée possible ce soir-là.

Les joueurs du Canadien se sont comportés comme si l'adversité ne les avait pas atteints. Ils ont été combatifs, agressifs, coriaces, tenaces, mettez-en. Ils ont souvent été les premiers sur la rondelle. Ils ont multiplié les mises en échec qui font mal, celles qui font généralement réfléchir ceux qui les encaissent. L'un de ceux-là a été le pilier de la défense des Sénateurs, Erik Karlsson, qui a commis une bévue digne d'un joueur de ligue de garage en faisait cadeau d'une passe parfaite à Ryan White devant son filet. Plus tard, en troisième période, Rene Bourque, qui n'a pas les mains les plus souples, lui a fait prendre une tasse de café en pénétrant à la ligne bleue. Avantage P.K. Subban au jeu des comparaisons.

Moins d'une minute après le but de White,  Brendan Gallagher en a ajouté un deuxième. À partir de ce moment, le match était l'affaire de Carey Price. C'était à lui de le perdre ou de protéger l'avance que ses coéquipiers lui avaient procurée en se défonçant littéralement, présence après présence.

Cette fois, il a été à la hauteur. Il a multiplié les arrêts. Vers la fin de la deuxième période, il a effectué son arrêt de la série jusqu'ici en fermant la porte à l'aide de sa jambière gauche sur un tir puissant projeté à courte distance par Sergei Gonchar. Un but marqué par les Sénateurs sur ce jeu aurait pu faire tourner le vent. C'est le contraire qui s'est produit. Quelques secondes plus tard, Michael Ryder, dont c'était le premier filet en 11 matchs, a probablement ramolli les jambes d'une équipe qui a été débordée pour une seconde soirée consécutive.

Le Canadien n'a plus jamais regardé derrière lui par la suite. Un style discipliné et prudent lui a permis de protéger sa priorité de deux buts en troisième période. C'est un verdict que les Sénateurs n'avaient sûrement pas prévu contre un adversaire décimé par les blessures et sonné 24 heures plus tôt par la douloureuse mésaventure de Lars Eller.

Price, dont la fiche lors de ses 11 dernières parties des séries à domicile est de 2-9, n'a pas fait que repousser des rondelles. En deuxième période, à l'occasion d'une collision entre Tinordi et Latendresse, Price a reçu le patin de son coéquipier dans le masque. Il a perdu une dent sur le jeu. Il s'est relevé, a patiné machinalement vers le banc et a déposé la dent dans la main gantée d'un soigneur. Puis, il a repris sa place sans rien accorder aux Sénateurs par la suite.

Therrien s'est dit très satisfait de ce qu'il a vu de son équipe à l'occasion des deux premiers matchs. « Ce soir, je ne leur ai pas demandé de rebondir après la défaite de la veille. Je leur ai demandé de jouer de la même façon », a-t-il mentionné.

Au hockey, les plus petits détails peuvent parfois faire une énorme différence. Carey Price transpirait la déprime avant ce match. S'il avait flanché encore une fois, il aurait probablement cédé le plancher à Peter Budaj à Ottawa. Il y a 24 heures, on lui reprochait d'être une passoire. Aujourd'hui, il est un héros.

Après avoir eu chaud, il a choisi de refroidir ses détracteurs. La suite du suspense, dimanche.                                                                                                                                                                                                                                               

Marc Simoneau, un gars spécial

Marc Simoneau n'est plus. Une rare forme de cancer de la moelle osseuse diagnostiquée en 2010 a finalement eu le dernier mot. C'était pourtant très rare qu'on arrivait à avoir le dernier mot avec lui. Marc avait des opinions bien arrêtées sur tous les sujets, surtout sportifs.

J'ai eu le plaisir de participer en sa compagnie à plusieurs émissions de la Ligue en questions animée à l'époque par Pierre Houde, à RDS. On débattait Houde, Pierre Bouchard, Marc et moi dans une atmosphère tout à fait détendue. Le disparu était si profondément attaché aux Nordiques qu'il lui arrivait d'enflammer le Québec par ses réparties partisanes au plus fort de la rivalité Canadiens-Nordiques.

Pendant qu'il était un géant de la radio sportive à Québec, rien ne lui faisait plus plaisir que d'être vu et entendu à Montréal. Pour la Ligue en questions, il se tapait quatre heures d'auto aller-retour pour participer à moins de 30 minutes d'émission. Ces quatre heures d'autoroute lui permettaient de jouir d'une précieuse visibilité. Il a toujours cru que ça valait le déplacement.

Quand on l'a informé de son cancer, les spécialistes ont établi sa durée de vie entre un an et huit ans. Il en a fait trois. Il s'est bien battu. Cependant, il y a quelques semaines, il a admis avoir baissé les bras en décembre dernier. Il s'est résigné à partir.

« Je me suis résigné à mon sort parce si je ne l'avais pas fait, ma vie aurait été insupportable pour moi et pour mes proches », avait-il expliqué.

Vu de la Métropole, on n'a jamais su d'une façon certaine si Marc s'est créé un personnage durant cette longue carrière sur fond de controverses ou si ce qu'on a vu de lui correspondait à la réalité. Chaque fois qu'il faisait allusion à tous les petits secrets que contenait son livre d'un bleu Nordiques, il devenait l'amuseur public d'une rivalité qu'il se plaisait à alimenter.

Le devoir de réserve n'a jamais été dans ses cordes, probablement parce qu'il ne se considérait pas comme un journaliste comme tel. Il était un fan qui faisait de la radio. Ce qui, par la force des choses, ne l'a pas empêché de devenir une figure emblématique du milieu sportif au Québec.

Repose-toi bien, mon vieux.