mercredi, 7 nov. 2012. 10:54

Quand Marc Bergevin a accepté le rôle de directeur général du Canadien et qu'il a mentionné, entre autres choses, son intention d'assigner un deuxième recruteur au Québec, il y a mis le temps avant de faire connaître son choix.

On a tout de suite pensé qu'il attendait le premier juillet afin de courtiser un homme d'expérience francophone déjà au service d'une autre équipe de la Ligue nationale. Il n'y avait pas mille candidats répondant à cette description : Simon Nolet, Claude Carrier, Alain Chainey et peut-être Michel Dumas, qu'il a côtoyé chez les Blackhawks. Pendant un moment, Carrier, attaché aux Devils du New Jersey, a cru qu'il avait des chances d'attirer l'attention du patron du Canadien, une équipe à laquelle il aurait bien aimé être associé. Pas parce qu'il avait besoin d'un job. Il avait déjà la sécurité et un emploi bien rémunéré au New Jersey. Il aurait abandonné tout cela parce qu'il s'agissait du Canadien.

«Plusieurs personnes impliquées dans le hockey me disaient que le Canadien allait m'appeler, raconte-t-il. Les semaines passaient et on me répétait: «Tu vas voir, ils vont t'appeler». Trois journalistes m'ont demandé si je serais le prochain recruteur du Canadien au Québec. Aux yeux de plusieurs, j'étais un candidat logique. Toutefois, le téléphone n'a jamais sonné.»

Faut dire que des appels, Bergevin en a beaucoup reçus. Des curriculum vitae tout autant. De tous les gens qu'il a embauchés durant l'été, il y en a peut-être quelques-uns qui ont obtenu un job après s'être bien vendus auprès de lui.

Pour Carrier, qui commence sa 30e année comme recruteur chez les Devils, le verdict est tombé le 17 août quand on a appris que le poste avait été octroyé à Donald Audette. Carrier appartient aujourd'hui au groupe de gens de hockey qui ont rêvé de faire partie de la résurrection du Canadien et qui sont passés à côté d'une occasion unique d'y apporter leur contribution.

«Je n'ai pas passé l'été à genoux devant mon téléphone, affirme-t-il. Je me disais que si le Canadien procédait à une réorganisation, j'avais assez d'éducation et de connaissances pour savoir comment orienter mon travail et pour contribuer à son succès. J'étais libre comme l'air après le premier juillet. Avant cette date, je ne pouvais pas leur faire connaître mon intérêt parce que je n'étais pas libre. Toutefois, s'ils l'avaient voulu, ils auraient pu appeler mon patron et lui demander l'autorisation de me parler. J'aurais apprécié un coup de fil parce que cela m'aurait accordé la liberté de choisir.»

Carrier a rencontré Bergevin une seule fois dans sa vie. C'était en février dernier dans le cadre du tournoi des moins de 17 ans en Finlande. Il était accompagné du recruteur québécois des Blackhawks, Michel Dumas, qui a fait les présentations. Il n'y a jamais eu de suite à cette brève conversation.

Étonnant quand même qu'un employé de longue date d'une autre organisation se dise prêt à joindre les rangs d'un compétiteur. Mais Carrier n'est pas un recruteur sans nom et sans intérêt. Il est Québécois, il a de l'expérience et il est respecté dans les cercles du hockey. Comme la majorité des gens de son âge, il a grandi dans l'admiration du Canadien. Bien sûr, il a consacré la très grande partie de sa carrière aux Devils, mais quand on a fait ses débuts dans le hockey mineur dans la région de Québec et quand on a été à l'emploi des Remparts, puis directeur général de la Ligue junior majeur du Québec durant deux ans, on peut comprendre qu'un homme ait un faible pour l'organisation qui a longtemps été la seule à occuper tout le territoire au Québec.

«J'ai effectivement grandi en observant le Canadien, dit-il. J'ai eu mes idoles, moi aussi. Jean Béliveau a toujours été un personnage important à mes yeux. L'intérêt du Canadien pour moi m'aurait honoré, mais ce n'est pas arrivé. Cela m'aurait procuré un beau défi. Mais ça ne veut pas dire qu'on se serait entendus. Il aurait fallu voir ce qu'on aurait voulu m'imposer comme mission.»

Il lui est arrivé de se demander pourquoi il n'a pas eu droit à une certaine considération dans le processus d'embauches de Bergevin. Selon lui, il n'est pas impossible qu'on ait eu peur de lui. L'un des recruteurs du Canadien, Frank Jay, est un ancien Devil. Carrier dit de lui que c'est un homme qui protège ses arrières.

«Peut-être qu'il leur a raconté que ça ne pourrait pas fonctionner avec moi parce que je me fie beaucoup à mes idées et à mon jugement. Ce ne sont pas toutes les équipes qui aiment s'entourer de gens extrêmement déterminés», ajoute-t-il.

Carrier jouit d'une longue feuille de route. Son travail ne se limite pas aux activités du hockey junior québécois. Il observe et évalue des joueurs d'âge junior au Canada, aux États-Unis et en Europe. Au New Jersey, il est l'adjoint du directeur du recrutement, David Conte. Conte et lui sont les deux hommes que le président et directeur général Lou Lamoriello affecte aux événements les plus importants.

Le Canadien l'a déjà approché

Carrier, un travailleur acharné qui a l'habitude d'appeler un chat un chat, a déjà été courtisé par le Canadien. C'était il y a plus de 15 ans, à l'époque de Réjean Houle comme directeur général. Après avoir obtenu l'autorisation de lui parler pour lui offrir le poste de recruteur en chef de l'équipe, il a discuté avec lui par le biais d'un appel conférence auquel le vieux renard qu'est Lou Lamoriello a participé. Les choses ont mal tourné, cependant.

«Réjean avait été un peu gauche avec moi, rappelle-t-il. Durant cette conversation, il m'avait dit qu'il avait des plans pour moi, mais qu'il ne savait pas encore comment les choses allaient fonctionner. Il fallait d'abord qu'il discute avec une autre personne. Je me suis dit qu'il était préférable qu'on en reste là. Il désirait me parler, mais il n'était pas prêt à le faire sans avoir d'abord réglé une autre affaire. Cela m'a placé dans une drôle de situation face à mon patron. J'ai raccroché et Lou, qui ne voulait pas me perdre, m'a accordé un contrat de cinq ans sur-le-champ».

Plus tard, Carrier a appris que Houle était en négociations avec André Savard qui tenait à ce qu'il travaille à ses côtés, mais les derniers détails de son embauche n'étaient pas encore totalement réglés.

«Ce fut peut-être un mal pour un bien parce que Réjean a été remercié un an plus tard. Nous aurions probablement tous perdu nos jobs», conclut le recruteur.

Carrier n'est pas amer, même s'il a raté une occasion de connaître le Canadien de l'intérieur. Une occasion qui ne se reproduira sans doute jamais. Néanmoins, quand on appartient à une organisation qui a remporté trois coupes Stanley depuis la dernière du Canadien, il y a pire dans la vie.