mercredi, 11 avr. 2012. 10:56

J'observais quelques joueurs stratégiquement choisis par la direction de l'équipe pour s'adresser au public par le biais de l'écran géant du Centre Bell, avant le dernier match de la saison contre les Maple Leafs de Toronto. Dans un message rédigé par le département de marketing de l'équipe, ils y sont allés d'un acte de contrition assorti d'une promesse de ne pas répéter pareil gâchis l'an prochain.

À quelques mots près, leur message étaient le même. Les Anglos ont tous ajouté quelques mots de français, sauf Max Pacioretty. Mais bon, quand on est venu près de laisser sa peau sur la patinoire et qu'on revient en force pour devenir le champion marqueur de l'équipe, on a droit à un peu de clémence.

Ils ont reconnu devant les 21 000 spectateurs dont le regard était rivé sur l'écran qu'ils avaient connu une mauvaise saison. Ils s'en sont excusés tout en les remerciant de leur être restés fidèles. Ils ont tous promis que la prochaine saison sera meilleure. Se souviendront-ils de cet engagement formel en septembre? Peut-être qu'ils n'auront même pas à tenir parole si le hockey ferme à nouveau ses portes.

C'est absurde quand on y pense. Durant l'été, la direction de l'équipe aura changé de visage pour le mieux. Peut-être que Patrick Roy sera le nouvel entraîneur. Peut-être que le troisième choix de la séance de sélection du prochain repêchage aura permis au Canadien de repêcher un premier joueur de concession depuis l'ancien numéro 33. Peut-être même que Scott Gomez ne sera plus dans le décor. En somme, tous des éléments positifs qui inciteront les amateurs à piaffer d'impatience à l'aube d'une saison qui ne pourra qu'être meilleure.

Et puis, bang, on nous annoncera que les joueurs et les propriétaires sont incapables de s'entendre sur le partage d'une tarte monétaire de trois milliards de dollars. Dans une ligue qui compte quatre salariés de 10 millions $ par saison, 61 joueurs de six millions et pas moins de 99 patineurs qui empochent au moins cinq millions, cela semble totalement insensé.

Le public aux quatre coins de la ligue ne comprendra pas. Comme en 2004, il se demandera où ils ont tous la tête. Difficile à comprendre en effet quand des centaines de millions sont versés dans le compte en banque d'athlètes qui, décrochés de la réalité pour la plupart, en voudront encore plus.

Pour ébranler la structure financière de la ligue, ils ont fait appel à un négociateur féroce, Donald Fehr, qui voudra d'abord s'assurer d'une autre victoire personnelle à la table des négos. Et pour ce faire, il entraînera ses membres dans son voyage égocentrique. Au fond, Fehr n'en a rien à cirer du hockey, lui qui a triomphé en piétinant les plates-bandes d'un sport vraiment majeur, le baseball. Ce qu'il veut, c'est gagner à tout prix. Au diable le public qui, de toute façon, paiera encore à la toute fin.

Respecter la tradition

Vous les aimez, les joueurs. Très souvent, aveuglément. Pourtant, cette saison, ils vous ont royalement laissé tomber. Vous vous demandez parfois comment ils peuvent vous faire cela. Ils sont grassement rémunérés pour JOUER. Ils sont dorlotés par l'organisation. Ils profitent d'un centre d'entraînement ultra-moderne. Ils sont ovationnés soir après soir dans un Centre Bell qui s'embrase parfois pour des riens. Bref, rien ne manque à leur confort et à leur bonheur.

Tout ce qu'on attend d'eux, c'est qu'ils connaissent du succès en témoignant du respect pour le logo qu'ils véhiculent. Respecter le CH, c'est d'abord offrir un effort honnête. C'est patiner à fond de train pendant les 15 à 20 minutes qu'on leur accorde dans un match. Connaissez-vous beaucoup de chefs d'entreprises qui exigent de leurs employés 20 bonnes minutes de travail par jour?

Respecter le logo, c'est transporter l'équipe sur ses épaules au lieu de se laisser tirer par elle. C'est se donner corps et âme afin de justifier l'admiration démesurée des amateurs. Si les choses se passaient toujours comme ça, une équipe n'aurait jamais l'occasion de couler à pic comme cela s'est produit au cours des derniers mois.

Le Canadien a manqué de respect envers le public le plus fidèle du sport professionnel qui finit toujours par tout lui pardonner. Les patrons ont bousillé l'équipe par leur improvisation cette saison et les joueurs, guidés par tant de cafouillage, n'ont pas fait mieux.
Quand une formation est composée de joueurs issus de huit nationalités, on ne peut pas s'attendre à ce que la tradition du Canadien touche tout le monde. Croyez-vous vraiment que Scott Gomez, qui a obtenu moins de buts cette saison qu'un marqueur médiocre dans une ligue de garage, va passer un mauvais été? Pensez-vous que Rene Bourque, qui joue un match sur cinq ou six, a une petite idée de ce que ça signifie de porter ce chandail? Pensez-vous que le ténébreux Andrei Kostitsyn se couchait le soir en s'inquiétant de la situation du Canadien?

Guy Lafleur se vidait à chaque présence. Avant lui, le Rocket, le Gros Bill et Boum Boum en ont fait autant. Même chose pour Robinson, Gainey, Moore, Shutt, Cournoyer, Lemaire, Roy et des dizaines d'autres. C'est sans doute un hasard s'ils étaient tous Canadiens avant même d'en porter les couleurs.

Markov : Pas brillant

Le comportement d'Andreï Markov dans son point de presse de lundi au sujet de P.K. Subban a été assez représentatif de ce qui se passe dans cette équipe qui n'en est pas une en ce moment. Nous n'aurions pas dû être surpris par ce commentaire. Markov a pris la vilaine habitude de se trouver drôle avec ses réponses courtes et vides de sens ou ses «next question» à propos de tout et de rien.

Le «next question» qu'il a lancé en adoptant un air au-dessus de ses affaires quand on lui a demandé de commenter la progression de Subban a été le dernier clou planté dans cette saison à oublier. Quand une formation traverse une période désastreuse qui l'a fait culbuter jusqu'à la dernière place dans son association, tous les joueurs, du meilleur au moins bon, doivent accepter leur part de blâme. Il faut être vraiment culotté pour que l'un d'eux se permette de diriger les réflecteurs vers un coéquipier en pareilles circonstances.

C'est encore plus disgracieux quand ça vient d'un joueur qui a empoché 11.5 millions $ pour 20 soirées de travail au cours des deux dernières années.

On sait tous que P.K. Subban tombe sur les nerfs de son entourage et qu'il n'est pas un modèle de discipline personnelle. Subban est un cheval fou qui a besoin d'être contrôlé et qui le sera sans doute quand l'organisation se donnera une direction qui aura suffisamment de coffre pour faire régner l'ordre dans un vestiaire qui a déjà énormément de choses à se faire pardonner. Il est temps qu'on le mette au pas, pour le bien de l'équipe et pour le sien à long terme.

De son côté, Markov a raté une belle occasion de se taire. Pendant qu'il disputait ses 20 parties, Subban en jouait 158, totalisant 21 buts et 74 points. Pas mal ces 74 points pour un défenseur au début de la vingtaine qui s'est vu déposer très tôt une tonne de pression sur les épaules justement parce que Markov, dit le quart-arrière, n'était pas là.

Au lieu de jouer au gros gars, Markov aurait pu au moins reconnaître que Subban est celui qui l'a le mieux remplacé offensivement parmi les 16 défenseurs qui ont été utilisés durant son absence. Qu'est-ce que le public aurait eu à se mettre sous la dent si Subban n'avait pas animé le spectacle par son style échevelé mais spectaculaire depuis deux ans?

Quand on n'est pas en mesure d'aider l'équipe et quand on passe si peu de temps dans un vestiaire, la délicatesse recommande la prudence quand on se voit offrir l'occasion d'évaluer le rendement d'un partenaire de jeu qu'on n'aime pas beaucoup.

On a souvent dit de Markov qu'il est un leader. Il a raté une belle occasion de le démontrer.