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MONTRÉAL – Autant il était difficile de penser que le Canadien avait la moindre chance de gagner consécutivement trois parties sans lendemain contre les Maple Leafs de Toronto, autant il est difficile d’imaginer un scénario où il échapperait ses quatre prochains matchs contre les Jets de Winnipeg.

Le Bleu-Blanc-Rouge en demi-finale? Avouez que vous pensez que c’est dans la poche. Et au fond d’eux, enfoui sous une épaisse couche de saine méfiance et de clichés à cinq cennes, les hommes de Dominique Ducharme doivent bien avoir la lucidité nécessaire pour savoir que les probabilités les avantagent.

Dans l’histoire de la Ligue nationale, près de 200 équipes ont accusé un déficit de 0-3 dans une série 4-de-7. Seulement quatre d’entre elles ont réussi à renverser complètement la vapeur. Les Kings de Los Angeles de 2014, qui comptaient parmi eux un certain Tyler Toffoli, sont les derniers à avoir réussi l’exploit.

Alors oui, les chances que le Canadien se retrouve tôt ou tard sur le chemin du gagnant de la série qui oppose l’Avalanche du Colorado aux Golden Knights de Vegas sont plutôt bonnes. Mais c’est un scénario que personne ne voulait se permettre d’envisager après une convaincante victoire de 5-1 dimanche.

« On sait c’est quoi avoir notre dos au mur. On a appris de la première ronde et il faut que ça paraisse encore demain », souhaitait l’entraîneur-chef Dominique Ducharme, visiblement plus détendu qu’il ne l’était deux semaines plus tôt dans la même chaise.

Les Jets n’ont pas que le dos au mur, ils ont les deux pieds dans l’eau et un grille-pain branché au bout des doigts. Leur meilleur joueur est suspendu et celui qui a le mandat de le remplacer n’a jusqu’ici pas été en mesure d’élever son jeu à la hauteur de la situation. Ils sont systématiquement dominés en première période. Depuis deux matchs, ils ont accordé trois fois plus de buts en désavantage numérique qu’ils n’en ont eux-mêmes marqué, toutes circonstances confondues. Dans un duel attendu de gardiens, le leur arrive présentement deuxième dans toutes les catégories.

Et leurs nerfs, clairement, sont à fleur de peau. En troisième période, dimanche, ils ont écopé de trois pénalités mineures successives et ont initié des mêlées desquelles leurs rivaux sortaient ultimement avec le sourire.

« On parle beaucoup du contrôle de nos émotions et de l’importance de les canaliser de la bonne façon, a dit Ducharme. Tu peux jouer de façon émotive, mais d’une façon qui va aider l’équipe. C’est là-dessus qu’on se concentre. On veut gagner, c’est la seule chose à laquelle on pense, la seule chose qui nous importe. On va se préparer pour demain et arriver avec la même mentalité. »

Gagner, le Canadien vient de le faire six fois en onze jours. L’équipe ne montre pourtant aucun signe de fatigue et même si elle bénéficierait sans doute de quelques jours de répit – l’Avalanche et les Knights sont à égalité 2-2 et ne pourront faire un vainqueur avant jeudi – ce n’est pas un scénario que ses joueurs veulent se permettre d’envisager.

Le Canadien offre un autre match pratiquement sans faille

« Je suis dans cette ligue depuis assez longtemps et j’ai assez joué en séries pour savoir que le dernier match est toujours le plus difficile à gagner, a prévenu Brendan Gallagher dans une impressionnante enfilade de lieux communs. Quand vous poussez une équipe dans les câbles, elle trouve généralement l’énergie du désespoir. Ce sont les séries, personne ne va abandonner sans vendre chèrement sa peau. On sait que ça sera difficile. On était de l’autre côté il n’y a pas si longtemps. Aussitôt que l’espoir montre le bout du nez, le vent commence à changer et les deux équipes peuvent le sentir. On ne veut pas leur permettre de se mettre à l’aise, de trouver de l’espoir. On a l’avantage en ce moment, mais ça pourrait changer très vite si notre niveau d’effort ne reste pas le même. »

Le Canadien n’a pas balayé une série depuis 2014, alors qu’il avait éliminé le Lightning de Tampa Bay en quatre parties. Il avait ensuite défait les Bruins de Boston en sept, mais son parcours s’était arrêté en finale d’Association contre les Rangers de New York. Gallagher et Carey Price sont les deux seuls survivants de cette lointaine traversée.

Ils ont dit...

« Est-ce que c’est un quatrième trio? » - Dominique Ducharme, souriant, en réponse à une question sur l’unité d’Eric Staal, Corey Perry et Joel Armia.

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« C’est un gagnant, il l’a toujours été et on peut s’en inspirer, apprendre de lui. » - Nick Suzuki au sujet de Perry.

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« Au football, ils parlent toujours de gagner la bataille des tranchées. En séries, c’est là que sont les vraies batailles, devant le filet. [...]  Il y a de quoi s’amuser! » - Brendan Gallagher, un brin masochiste.

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« Ils ont toujours quelque chose à dire, des petits trucs qu’on devrait essayer. Je n’ai qu’à écouter et apprendre » - Armia au sujet de ses compagnons de trio.