BUFFALO – Les accusations de copinage ont teinté la couverture des activités du Canadien depuis les chambardements qui ont touché la haute direction de l’équipe l’hiver dernier.

Jeff Gorton a embauché Kent Hughes, un complice de longue date, comme son principal bras droit dans ses fonctions de vice-président des opérations hockey. Il a aussi rapatrié à ses côtés Nick Bobrov, qui avait travaillé pour lui chez les Rangers de New York, et en a fait son codirecteur du recrutement amateur.

Hughes, quant à lui, a jeté son dévolu sur Martin St-Louis quant est venu le temps de trouver un successeur à Dominique Ducharme. St-Louis n’avait pratiquement aucune expérience dans le métier, mais Hughes et lui se croisaient régulièrement dans les arénas depuis quelques décennies, plus récemment parce que leurs fils jouaient dans la même équipe à l’Université Northeastern.

Le Canadien était devenu un country club, ont vite accusé les observateurs les plus intransigeants. À ceux-là, le prochain repêchage de la Ligue nationale qui se tiendra à Montréal à compter du 7 juillet pourrait fournir l’occasion de déchirer une autre chemise.

Jack Hughes est un joueur de centre de 18 ans qui vient de finir sa première saison dans le réseau universitaire américain. Il a conclu son année avec 16 points en 39 matchs pour les Huskies de Northeastern. « Pas une grande année », nous confie un espion, mais la Centrale de recrutement de la LNH le voit néanmoins comme le 26e plus bel espoir de sa cuvée en Amérique du Nord.

Le Canadien, qui détient dix choix dans les quatre premières rondes du prochain repêchage, pourrait-il en utiliser un pour obtenir les droits sur le fils de son DG? C’est peu probable. Notre source : le fils du DG lui-même.

« Je veux jouer dans la LNH, peu importe où. S’il fallait que ça soit à Montréal, j’en serais ravi. Mais je ne crois pas que c’est un souhait que partage mon père », a confié le sympathique jeune homme samedi.

« Il ne veut pas nécessairement mettre toute cette pression sur mes épaules s’il n’a pas à le faire. S’il pense que je suis le meilleur joueur disponible quand viendra leur tour, ça pourrait arriver, mais il m’a dit que c’est quelque chose qu’il voudrait préférablement éviter. »

Être le fils du patron, particulièrement dans un marché qui est scruté aussi agressivement que celui Montréal, peut assurément générer un brin de pression supplémentaire. Le jeune Hughes en a eu un aperçu cette semaine lorsqu’il s’est présenté à une entrevue à laquelle il avait été convié par l’état-major du CH.

« J’attendais mon tour à l’extérieur de la pièce et quand la porte s’est ouverte pour me laisser entrer, mon père a dit qu’il allait sortir pour celle-là. Ils m’ont demandé si je préférais qu’il reste. J’ai répondu non, mais ils m’ont dit que ce n’était pas à moi de décider. Martin Lapointe lui a dit qu’il n’en était pas question, qu’il allait rester. »

« Ça a assurément joué sur mes nerfs de savoir qu’il serait là. »

Retraite repoussée

Historiquement, toutefois, la présence d’un père impliqué dans les hautes sphères du hockey a apporté beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients à Jack Hughes.

Il n’avait pas encore 2 ans quand il s’est fait trimballer à la fête privée de Vincent Lecavalier après la conquête de la coupe Stanley par le Lightning de Tampa Bay en 2004. Quelques années plus tard, il a participé aux célébrations estivales du triomphe des Bruins de Boston sur les terres québécoises de Patrice Bergeron. Le capitaine et sa famille ont d’ailleurs souvent été invités chez les Hughes pour fêter l’Action de Grâce.

« J’ai passé mon enfance entouré de gars comme ça. J’ai aussi des souvenirs avec Kris Letang. Je les vois d’un œil un peu différent aujourd’hui. J’espère jouer contre eux dans un avenir proche, alors je ne suis plus autant en admiration devant eux, mais je ne nie pas que c’était pas mal cool de les côtoyer comme je l’ai fait. Je n’ai pas eu une jeunesse complètement normale avec ces gars-là dans le portrait. »

Kent Hughes a aussi été un père présent et investi dans le développement de ses enfants. Il a dirigé ses deux fils au hockey mineur et a toujours tenu à les faire profiter de sa grande expérience dans le sport. Jusqu’à tout récemment, il a aidé son plus jeune à se préparer pour ce camp d’évaluation qui se tenait cette semaine à Buffalo.

Mais Jack admet que son père est un peu plus distant depuis qu’il voit au bon déroulement des opérations de l’une des concessions phares de la LNH. C’est un développement qui l’étonne, non pas parce qu’il ne le croyait pas digne d’aspirer à ce poste, mais plutôt parce qu’il le sentait prêt à ralentir le rythme après tant d’années à personnifier l’un des requins alpha dans le monde de la représentation sportive.

« On était surpris, ça c’est sûr, quand il nous a appris qu’il laissait son entreprise pour se joindre au Canadien. Je crois que j’avais pris pour acquis qu’il s’approchait tranquillement de la retraite. Il parlait de plus en plus qu’il voulait prendre du temps pour s’améliorer au golf durant l’été. Il était un agent depuis longtemps, certains de ses clients avaient accroché leurs patins. Il faut croire que je m’étais trompé et qu’il ne peut pas vraiment se passer de hockey! »

« Mais dès qu’il a eu le job, on savait qu’il ferait du bon boulot, conclut le fier fiston. C’est ce qu’il fait depuis le début et je crois qu’au repêchage en juillet, il en fera la preuve encore une fois. »